J’ai vécu en Angleterre pendant 9 mois au début de ma vingtaine. J’y suis allé dans le cadre du bac, échange étudiant facultatif au demeurant, mais que j’ai pris à bras le corps pour l’expérience et sortir des jupons de ma mère-pas-si-vieille à l’époque. Je voulais un endroit où ça parlait anglais et j’hésitais entre la côte Ouest américaine et l’Angleterre. Ce fut au pays de la cuisine brune que j’ai élu domicile le temps de deux semestres.
N’attachez pas votre tuque, y’a pas vraiment de punch à cette histoire haha.
Je me suis donc rendu à la caisse pop pour faire un prêt semi-étudiant, à Ottawa pour obtenir mon visa et j’ai regroupé les documents nécessaires pour mon départ. Fallait aussi que je me trouve une place où loger. Le Lulu de 2004 a fait ses recherches parmi les différentes « accommodations » et s’est tapé dans les mains d’avoir choisi Sentinel Towers, un immeuble moderne, drette et calme, habité par des « graduate students », pas loin de l’université et du centre-ville. LE spot parfait selon le moi de l’époque.
J’arrive, je m’installe, je commence les cours et je réalise assez vite que je suis tout seul dans ma bulle. En fait, tout était comme sur le prospectus, rien à dire là-dessus. Mais le fun, I mean LE FUN, se passait complètement ailleurs, à 40 minutes de marche d’où j’étais. Là-bas, les chambres étaient grandes, les gens – pas mal tous Erasmus – étaient jeunes, insouciants, festifs, bruyants et le coin l’était tout autant. Restaurants, bars, environnement pittoresque, toute. Pis moi, le grand champion, j’ai choisi le boutte dortoir de la ville, su’l bord de l’autoroute.
Clap clap. Classique Lulu.
2026, vingt-deux ans plus tard, je dois me trouver un nouvel endroit pour vivre. Je cherche pas loin de l’appart que je vais quitter pour continuer d’aller à mon gym (r‘garde, je l’aime, mon gym). J’en visite un premier, un 3 ½ typique, charmant, plancher un peu croche, pas d’isolation acoustique ou thermique, full équipé (sauf la clim), petites pièces, mais confortables. Un peu cher en proportion, mais dans mon budget. Puis un autre, un demi-sous-sol au prix similaire, toujours pas loin de mon quartier adoré, mais aménagé par un raton laveur sur la meth avec des racoins pas de bon sens et une proprio Patsy Gallant style, potentiellement pompette depuis le réveil.
Je fais refresh régulièrement sur Marketplace espérant trouver LA perle rare.
Pis là, j’en visite un autre, moderne, structure en béton, dans un grand building construit y’a moins de 10 ans, TOUT équipé, incluant la clim pis un système d’haut-parleurs intégrés, méga terrasse privée, pas loin d’la job. Pas besoin de changer de gym et mes habitudes tant que ça. Tout ce que j’ai à payer, c’est mon loyer pis l’Hydro. Je l’ai visité 3 fois. Trois. J’y pensais la nuit. J’imaginais l’aménagement, la déco, je m’y voyais déjà. Me suis dit, j’le trouve cool, j’ai pas vraiment l’temps, tout est là, GO.
Faque l’appart, c’est un 3 ½ sur 2 étages (…), cuisine et coin repas en haut, terrasse, « chambre-salon » et chiottes en bas. Je dis « chambre-salon » par que le lit est escamotable, le sofa-style-salle-d’attente est pogné après, ça limite certaines options, mais me suis dit ÇA VA LE FAIRE.
Le jour du déménagement, j’avais un peu envie de pleurer. C’est finalement plus petit qu’anticipé, ça fait un peu studio d’étudiant, le lit, une fois escamoté prend TOUTE la place (je l’ai ouvert lors de la visite pis me suis dit ÇA VA LE FAIRE), le coin repas, c’est une banquette pour quatre aussi confortable qu’au McDo (d’après moi y’ont eu un deal sur les coussins raides comme une barre). Je ne croise JAMAIS personne dans les corridors, c’est calme comme dans un salon funéraire et le fun, I mean LE FUN, il est ailleurs ENCORE.
Same-same, but different.
Pourquoi je ne suis pas déménagé dans le Village où je passe le plus clair de mon temps ou dans Hochelaga où la majorité de mes amis habitent? Pourquoi je n’ai pas choisi un appart « normal », sur un seul plancher, avec des murs pis des portes? C’est avant tout une question de moyens. Vivre à deux, ça permet du plus spacieux pour moins cher. Je ne voulais pas racheter 1000 meubles, il fallait donc être pragmatique. Je cherchais aussi confort, facilité, abordabilité, proximité avec ma récente « vie d’avant ». J’ai donc fait le choix de la tranquillité d’esprit, un peu comme en 2004.
Je dis tout ça, mais ça va le faire pour vrai. J’ai juste eu cette réflexion sur les décisions du Lulu d’avant et celui de maintenant, sur ce combat intérieur « confort-fun ». Ce n’est pas un contrat à vie, mais une transition. Aussi, on a tous une certaine image – et j’en suis – de là où l’on devrait être rendu. Un lit escamotable et une salle-à-manger-banquette, ça n’entre pas vraiment dans le cadre idyllique que j’avais imaginé. C’est niaiseux, je sais. C’est un super appart. Mais le regard qu’on pose sur soi-même (et celui des autres, peut-être), il ne se négocie pas toujours à la logique.
Cet appart ne correspond donc pas exactement à ce que j’aurais souhaité à ce stade-ci de ma vie, mais à ce que je suis capable de me permettre. MAIS – et c’est le plus important – il correspond à la bulle que j’avais envie et besoin de me créer. Une fois rangé et aménagé à mon goût – avec quelques modifs exagérées que le locateur n’est pas obligé de savoir tout de suite – ça va le faire. Ça vient juste avec quelques petits compromis.
Au fond, je devrais me sentir libre. Nouvelle place, nouveau chapitre, page blanche. Mais je dois faire quelques deuils. Surtout celui du « là où je devrais être rendu ». C’est peut-être ça, la vraie affaire : apprendre à réécrire le film qu’on s’était fait pour habiter celui qui joue pour vrai.