Nouveau départ escamotable

J’ai vécu en Angleterre pendant 9 mois au début de ma vingtaine. J’y suis allé dans le cadre du bac, échange étudiant facultatif au demeurant, mais que j’ai pris à bras le corps pour l’expérience et sortir des jupons de ma mère-pas-si-vieille à l’époque. Je voulais un endroit où ça parlait anglais et j’hésitais entre la côte Ouest américaine et l’Angleterre. Ce fut au pays de la cuisine brune que j’ai élu domicile le temps de deux semestres.

N’attachez pas votre tuque, y’a pas vraiment de punch à cette histoire haha.

Je me suis donc rendu à la caisse pop pour faire un prêt semi-étudiant, à Ottawa pour obtenir mon visa et j’ai regroupé les documents nécessaires pour mon départ. Fallait aussi que je me trouve une place où loger. Le Lulu de 2004 a fait ses recherches parmi les différentes « accommodations » et s’est tapé dans les mains d’avoir choisi Sentinel Towers, un immeuble moderne, drette et calme, habité par des « graduate students », pas loin de l’université et du centre-ville. LE spot parfait selon le moi de l’époque.

J’arrive, je m’installe, je commence les cours et je réalise assez vite que je suis tout seul dans ma bulle. En fait, tout était comme sur le prospectus, rien à dire là-dessus. Mais le fun, I mean LE FUN, se passait complètement ailleurs, à 40 minutes de marche d’où j’étais. Là-bas, les chambres étaient grandes, les gens – pas mal tous Erasmus – étaient jeunes, insouciants, festifs, bruyants et le coin l’était tout autant. Restaurants, bars, environnement pittoresque, toute.  Pis moi, le grand champion, j’ai choisi le boutte dortoir de la ville, su’l bord de l’autoroute.

Clap clap. Classique Lulu.

2026, vingt-deux ans plus tard, je dois me trouver un nouvel endroit pour vivre. Je cherche pas loin de l’appart que je vais quitter pour continuer d’aller à mon gym (r‘garde, je l’aime, mon gym). J’en visite un premier, un 3 ½ typique, charmant, plancher un peu croche, pas d’isolation acoustique ou thermique, full équipé (sauf la clim), petites pièces, mais confortables. Un peu cher en proportion, mais dans mon budget. Puis un autre, un demi-sous-sol au prix similaire, toujours pas loin de mon quartier adoré, mais aménagé par un raton laveur sur la meth avec des racoins pas de bon sens et une proprio Patsy Gallant style, potentiellement pompette depuis le réveil.

Je fais refresh régulièrement sur Marketplace espérant trouver LA perle rare.

Pis là, j’en visite un autre, moderne, structure en béton, dans un grand building construit y’a moins de 10 ans, TOUT équipé, incluant la clim pis un système d’haut-parleurs intégrés, méga terrasse privée, pas loin d’la job. Pas besoin de changer de gym et mes habitudes tant que ça. Tout ce que j’ai à payer, c’est mon loyer pis l’Hydro. Je l’ai visité 3 fois. Trois. J’y pensais la nuit. J’imaginais l’aménagement, la déco, je m’y voyais déjà. Me suis dit, j’le trouve cool, j’ai pas vraiment l’temps, tout est là, GO.

Faque l’appart, c’est un 3 ½ sur 2 étages (…), cuisine et coin repas en haut, terrasse, « chambre-salon » et chiottes en bas. Je dis « chambre-salon » par que le lit est escamotable, le sofa-style-salle-d’attente est pogné après, ça limite certaines options, mais me suis dit ÇA VA LE FAIRE.

Le jour du déménagement, j’avais un peu envie de pleurer. C’est finalement plus petit qu’anticipé, ça fait un peu studio d’étudiant, le lit, une fois escamoté prend TOUTE la place (je l’ai ouvert lors de la visite pis me suis dit ÇA VA LE FAIRE), le coin repas, c’est une banquette pour quatre aussi confortable qu’au McDo (d’après moi y’ont eu un deal sur les coussins raides comme une barre). Je ne croise JAMAIS personne dans les corridors, c’est calme comme dans un salon funéraire et le fun, I mean LE FUN, il est ailleurs ENCORE.

Same-same, but different.

Pourquoi je ne suis pas déménagé dans le Village où je passe le plus clair de mon temps ou dans Hochelaga où la majorité de mes amis habitent? Pourquoi je n’ai pas choisi un appart « normal », sur un seul plancher, avec des murs pis des portes? C’est avant tout une question de moyens. Vivre à deux, ça permet du plus spacieux pour moins cher. Je ne voulais pas racheter 1000 meubles, il fallait donc être pragmatique. Je cherchais aussi confort, facilité, abordabilité, proximité avec ma récente « vie d’avant ». J’ai donc fait le choix de la tranquillité d’esprit, un peu comme en 2004.

Je dis tout ça, mais ça va le faire pour vrai. J’ai juste eu cette réflexion sur les décisions du Lulu d’avant et celui de maintenant, sur ce combat intérieur « confort-fun ». Ce n’est pas un contrat à vie, mais une transition. Aussi, on a tous une certaine image – et j’en suis – de là où l’on devrait être rendu. Un lit escamotable et une salle-à-manger-banquette, ça n’entre pas vraiment dans le cadre idyllique que j’avais imaginé. C’est niaiseux, je sais. C’est un super appart. Mais le regard qu’on pose sur soi-même (et celui des autres, peut-être), il ne se négocie pas toujours à la logique.

Cet appart ne correspond donc pas exactement à ce que j’aurais souhaité à ce stade-ci de ma vie, mais à ce que je suis capable de me permettre. MAIS – et c’est le plus important – il correspond à la bulle que j’avais envie et besoin de me créer. Une fois rangé et aménagé à mon goût – avec quelques modifs exagérées que le locateur n’est pas obligé de savoir tout de suite – ça va le faire. Ça vient juste avec quelques petits compromis.

Au fond, je devrais me sentir libre. Nouvelle place, nouveau chapitre, page blanche. Mais je dois faire quelques deuils. Surtout celui du « là où je devrais être rendu ». C’est peut-être ça, la vraie affaire : apprendre à réécrire le film qu’on s’était fait pour habiter celui qui joue pour vrai.

Un gars s’attache

Gâ, je l’ai juste pas. Je ne sais pas quoi vous dire. L’expérience de mon âge vénérable n’y change STRICTEMENT rien. Ces années d’apprentissage, de remises en question, de travail sur moi, de réflexion sur la vie et les relations ne sont d’aucune utilité. Je ne sais pas dater casually. Je m’attache, j’entrevois, je désire, j’envie. J’aime le monde, il est beau et intéressant, il me donne envie de le connaître. Je réalise que je suis plutôt à l’opposé de la majorité de mes amis qui sélectionnent plus précisément, qui ont une idée assez claire de ce qu’ils souhaitent et qui refuseront potentiellement toute relation qui ne sera pas comme celle de Shane et Ilya (j’adore cette nouvelle référence). Je crois être assez ouvert, sans diminuer leur sincère ouverture et très curieux aussi. J’aime l’humain et la découverte. On a juste une approche différente, je crois.

Je date casually, mais je m’attache. Parce que je n’entre pas en « symbiose » de manière transactionnelle. Un contact sincère est nécessaire, j’ai besoin de connaître son prénom, d’être séduit, d’avoir un minimum confiance, de sentir une drive. Ça, mes amis, c’est TRÈS incompatible avec le casual dating. Avec tout ça, j’ai aussi BESOIN de ma liberté, de ne pas me sentir contraint par qui ou quoi que ce soit. J’ai besoin de ÇA.

Ça marche po.

J’ai peu dormi la nuit passée. Une nuit blanche à proprement parler. Parce que je vis mal avec le « rejet » instantané et l’inconnu qui s’en suit. Je vis mal avec les mixed signals, les « je te veux », mais « je te friend zone sans explication ». Tout mon être est en mode défense émotionnelle extrême. Et je ne veux surtout pas revivre ce pattern DÉ-GUE-LASSE d’anxiété liée au dating trop souvent vécu dans ma tendre jeunesse. Je ne souhaite pas revivre ces moments de suranalyse, de « qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour qu’on en arrive là », de « pourquoi il a dit ça, mais fait le contraire », de refaire la genèse des textos et moments. Je suis trop vieux pour ça. Trop vieux pour cette game-là.

Que faire, donc?
Arrêter de dater?

C’est peut-être difficile à croire, mais je suis bien seul, vraiment. J’aime ma liberté. J’aime me réveiller la matin, avoir la journée devant moi, choisir ce que j’en ferai, ne pas avoir de plan et m’en créer. J’ai envie de gérer mon quotidien comme je l’entends, loin de toute contrainte ish. Mais j’ai aussi besoin de contact physique, comme tout le monde.

Il m’intéresse. Il me plaît. Il, c’est lui, mais ça pourrait être un autre. Je suis curieux, j’aurais du sexe sans lendemain avec lui et à répétition, je passerais un dimanche matin à bruncher et à le trouver beau. Je n’ai pas envie d’une relation, j’ai envie de lui, de ça. Spécifiquement. Le brunch, le sexe, la curiosité, repeat. Et avoir un truc similaire avec un autre, varier les plaisirs et les dividus. Est-ce que ça se peut? Suis-je gearé pour ça?

Avec mon récent couple, j’avais réussi avec le temps à vivre mieux avec une certaine ouverture, mais ç’a demandé BEAUCOUP de travail et de discussions et d’angoisses et d’avance-recule. Et de détachement at some point. L’ouverture n’a pas propulsé notre rupture, mais le processus n’a pas aidé, je crois. Parce qu’au début, on n’était pas au diapason sur le comment et le pourquoi. Et même si on a fini par l’être, les fissures générées par tant d’incompréhensions et de discussions animées et d’inquiétudes ont laissé des traces. Et le détachement est devenu « inattachable ». On n’oublie pas ces moments-là, malheureusement.

Je suis aussi broken-en-reconstruction. Tout ça ne se règle pas en un claquement de doigts. Même si le deuil était partiellement amorcé et que je vis bien avec notre décision, c’est beaucoup de changements et de « bouleversements » du quotidien. Avec la job et son chaos, le déménagement « rapide », la garde partagée du petit-chien-qui-pue, c’est beaucoup en même temps. Faut que je m’adapte. Le temps fera son oeuvre avec un peu de soleil et de chaleur, j’en suis convaincu.

Bref, ce que j’ai senti la nuit passée m’épuise, naturellement. Le flou, l’attente, le changement de cap, l’analyse, la suranalyse. C’est drainant. Je vis assez mal avec ça, c’est un constat. Je comprends FUCK ALL à tout ce processus et je ne sais sincèrement pas comment gérer tout ça. L’écrire et le partager m’aide, évidemment. Mais j’aimerais avoir cette lucidité adulte, cette solidité émotionnelle, ce pragmatisme-qui-n’est-pas-moi de vivre ces flirts avec plus de légèreté, moins d’attache et de remise en question. Et pas de nuit blanche.

Parce que personne à part ma job ne mérite mes nuits blanches.

Salut, ça va?

Je ne vous cacherai pas que ça brasse un peu dernièrement. Professionnellement, depuis 2 ans, ç’a été un shit show innommable de ups and downs malgré la belle vitrine et les bonnes ventes. Personnellement, ç’a aussi été ups and downs pour un tas de bonnes et mauvaises raisons. Ça fait que, mon couple et moi, on a décidé de se séparer pour arrêter de se tirer vers le bas. Difficile constat, au demeurant, mais lucide et adulte aussi, je dirais. Pis on a bien fait ça; dans le calme et l’écoute, avec beaucoup d’affection et de respect. Comme quoi, on peut bien réussir son couple-pendant-que-ça-dure que sa séparation.

Donc, de retour à la case célibat. Pas fâché, mais pas content-content non plus. Après presque 6 ans de travail sur notre entité quasi matrimoniale, on s’imagine toujours qu’on va finir par trouver une solution à toute, qu’on en a vu d’autres, qu’on s’aime et que c’est tout ce qui compte. Mais c’est justement l’accumulation de ces « autres » qui a fait en sorte qu’on vivait un genre de « divorce silencieux ». Vous irez lire là-dessus. Psychologie de garage de couple 101.

Faque, rebelotte les applications spécialisées. Pas obligatoire, mais comme instinctif. Un peu pour contrer cette nouvelle solitude, un peu pour passer au travers de l’hiver éternel, un peu pour potentiellement rencontrer de nouvelles personnes. Pas pour se matcher, évidemment, on sort d’un long fleuve pas toujours tranquille, ça prend un temps pour se poser. Parce qu’après chaque rupture, il y a une sorte de reconstruction nécessaire. On a fonctionné si longtemps au diapason d’un duo désormais révolu, au rythme de compromis et concession, d’ajustements et de discussions qu’on finit par se demander qui ont est réellement, finalement. L’avantage avec l’âge – il y en a parfois, ça me rassure – c’est qu’on sait un peu plus, un peu mieux qui ont est en toutes circonstances, mais ça use tout de même de se questionner après un moment. Ça fait douter. Parce que pour en arriver à se dire que c’est fini, c’est qu’il y a eu beaucoup d’étapes déstabilisantes où l’on a remis tout ou presque en question dont soi-même. Bref, les applications de rencontres pour réapprendre à marcher en société.

Premier constat, ÇA NE ME MANQUAIT PAS DU TOUT PANTOUTE. Jésus, Marie, Joseph. C’est beaucoup d’efforts, très, très peu de résultats, du gros magasinage de photos et des « Salut, ça va? » qui ne mènent nuuuuuuuuuuuuulle part. En plus, faut faire et re-faire le topo de sa vie à des inconnus un soir de semaine quand on ne voit jamais personne du dimanche au vendredi depuis bien longtemps. Maiiiiiiis ça occupe l’esprit et ça divertit dans la mesure du possible. Parfois c’est naturel, souvent non. Rien à dire cependant sur les quelques rencontres en personne que j’ai faites dernièrement : les discussions coulaient de source, ils étaient intéressés et intéressants, un verre, deux, trois, on parle de tout, de rien, j’ouvre mon grand livre de red flags spontanément pis ça choque par-sonne. Chose certaine, ça ne me dérange pas/plus de me rendre vulnérable. Je trouve ça même très pertinent de le faire rapidement, ça évite les pommes pourrites.

On va se le dire parzemple, c’est quand même énergivore. Et décevant souvent. Parce que même si je ne le fais pas pour rencontrer l’amour du reste de ma vie, je m’attends toujours à un minimum de respect? de suivi? de closure quand ça marche pas? Je sais pas, je ne souhaite pas être un item jetable comme je ne souhaite en faire de même avec les autres. Tu ne peux pas dire à quelqu’un après moults échanges intéressés « t’es ma top priorité » pis disparaître dans les limbes sans rien dire. C’est bizarre. C’est clair et pas clair à la fois. C’est le mal du siècle, d’après moi. Je dis ça, mais je ne dis rien.

Second constat, j’ai changé de catégorie d’intérêts aux yeux de plusieurs. C’est subtil, mais c’est un fait. J’ai beau être en forme, bien me présenter, savoir m’exprimer, avoir des intérêts divers, être willing, j’ai 45 ans et ça, dans la tête de certains, ça fait une grosse différence. Bien que l’âge puisse être vu à la fois comme une aura de stabilité ou de maturité ou d’expérience, ma barbe grisonne, mon expérience parle, ma patience a des limites :p C’est ok, je vivais déjà bien avec le fait de vieillir, mais je sens juste que ça prend beaucoup de place au moment de me vendre. C’est peut-être juste dans ma tête. À cette question existentielle et pour faire la conversation, j’ai écrit à un dude : « Qu’est-ce qui fait que UnTel, 33 ans, puisse s’intéresser à Lulu, 45 ans presque 46? ». La question bon enfant était le reflet de ma surprise de croire que je puisse encore plaire à un gars vraiment plus jeune. Rien à voir avec SON âge, mais avec le mien. La question n’a pas passé au conseil, il m’a unmatch sur-le-champs, sans explication. My my. Ça en dit long sur sa marge manœuvre, nulle au demeurant.

Où s’en va le monde (a-t-il vraiment jamais arrêté d’aller là)?

Je suis déjà las de tout ce processus ahah! Je réalise aussi que si peu de gens sont sur ces apps par rapport à ce qu’on peut croiser dans les bars, par exemple. Ça parle. Si seulement le printemps pouvait s’installer pour vrai, avec les terrasses, les parcs et les shorts-shorts, ça serait beaucoup plus simple. Je suis aussi dans un entre-deux de quelques fins et de nouveaux départs (entreprise, rupture professionnelle et personnelle, déménagement, etc.). Je peux bin me donner une chance sans trop me prendre la tête.

Ça brasse donc. Professionnellement, personnellement, sentimentalement. Mais au fond, il y a quelque chose d’étrangement vivant là-dedans. Dans le chaos des apps, des conversations qui ne mènent nulle part, des unmatchs gratuits et un peu violent, des barbes qui grisonnent, je me redécouvre un peu. Je n’ai pas laissé mon couple pour me retrouver instantanément dans une autre relation, mais pour ressentir de nouveau le sentiment de la liberté sans avoir de compte à rendre.  Je sais encore qui je suis, même si parfois je doute. Je sais ce que je ne veux pas, même si parfois ce n’est pas clair. Je sais ouvrir mon grand livre de red flags sans m’excuser. Ce n’est pas rien, à 45 ans presque 46, de repartir avec ça dans les poches.

Ça brasse, mais ça finit toujours par se placer.

Show de boucane

La récente poursuite d’une personne non binaire contre un salon de coiffure me fait BEAUCOUP sourciller. Bien que la question soit délicate, bien que je respecte le fond de l’histoire, j’ai certaines réserves sur la manière et la finalité. Je suis bien évidemment encore prêt à me faire lancer des roches de manière constructive. J’ai par ailleurs pris connaissance du jugement du Tribunal des droits de la personne, d’articles de journaux, de l’entrevue avec Patrick Lagacé.

J’ai des réserves, donc. Et je vais m’en permettre un peu parce que je fais partie de cette large communauté 2ELGBTQI+ qui ne cesse de s’élargir. Ce n’est pas une raison, me direz-vous. M’en fout, je fais c’que j’veux :p

Je ne suis pas un vrai boomer, mais mon entourage dirait que parfois oui. J’ai, à l’occasion, un peu trop souvent, régulièrement, tendance à trouver que certaines situations dépassent le gros bon sens façon grand-papa Legault. J’ai envie de croire que malgré tout, au final, je sais être nuancé. Quand je suis né – l’équivalent de « dans mon temps » –, les notions de non-binarité, de demi-sexualité ou encore d’intersexualité n’existaient pas dans l’imaginaire collectif. Il y avait les gays, les lesbiennes et les bisexuels, c’est pas mal tout. On comprend tous, avec l’acronyme exponentiel actuel, que ça manquait de nuances pour plusieurs. C’est ok, chacun a bien le droit de se sentir bien dans sa case. Qui suis-je pour juger, anyways? Je fais partie d’une communauté marginalisée depuis des siècles et on commence à peine à penser que c’est peut-être normal qu’on existe librement. Et je ne peux que supposer la difficulté existentielle pour une personne qui ne se sent « fitter » dans aucune des catégories disponibles de vouloir défoncer sa porte et celles des autres. La société actuelle nous permet la liberté de discuter de tout, donc bring it on.

Sur le fond, si on revient au sujet précité, quand on regarde la formule du salon « coupe garçon » et « coupe fille » au même prix, c’est vrai que c’est inutilement genré. Si, à la rigueur, le prix avait différé, on aurait pu croire que la longueur des cheveux habituellement portés par les hommes ou les femmes aurait peut-être pu justifier le « gars » et la « fille » dans la description. C’est vrai, donc, que dorénavant les options proposées pourraient/devraient être en fonction de la longueur des cheveux à coiffer et non du sexe du client. Legit. Le fond, je l’accorde, mérite toute notre attention. Genrer les coupes de cheveux ne sert strictement à rien. Évoluons.

La forme, cependant, gosse.

Mandater la Commission des droits de la personne pour départager s’il s’agit de « discrimination fondée sur l’identité de genre », ok. C’est far fetch en titi pour une simple coupe de cheveux. Qu’à cela ne tienne, sur le principe, le Tribunal tranche que oui, c’est discriminatoire et c’est très bien. La Charte canadienne des droits et libertés existe bien pour une raison. C’est, à juste titre, sacro-saint dans notre société. En revanche, condamner le salon de coiffure à payer une amende de 500 $ pour avoir involontairement discriminé, tout en ayant offert des incitatifs pour accommoder et en expliquant ouvertement et constructivement la situation au plaignant, c’est très, très moyen. C’est à mon avis une sanction morale disproportionnée malgré la petitesse du montant. Éduquer, oui, punir, non. Et la partie plaignante d’en ajouter une couche en parlant de détresse émotionnelle, de dépression et de pensées suicidaires. Il y a quand même une pas pire marge. Une. Coupe. De. Cheveux, sacrament. Il y a des limites à faire porter le poids de toutes les maladresses sociales à des grains de sable.

Cette cause est devenue rapidement ridicule sur la forme. Le salon de coiffure a d’emblée fait amende honorable pour accommoder le partie plaignante, mais cette dernière semblait vouloir plus, plus gros, plus bruyant, plus punitif. Plus payant aussi, peut-être? Je comprends aussi que l’expérience subjective de l’exclusion est cumulative et peut, pour des « riens », devenir lourde à porter. Mais la cible est mal choisie et la manière, tout autant. Faire valoir ses droits pour faire avancer la cause, aider son prochain à ne pas vivre le même inconfort ou la même discrimination, accompagner l’entreprise à comprendre sa méconnaissance de l’enjeu, c’est très bien, c’est valeureux même. Ne rien demander en échange autre que le respect de l’esprit de la Charte, la reconnaissance de la différence et de la dignité humaine, c’est encore mieux. Mon vieil oncle avocat répète ad nauseam que mieux vaut la pire des ententes que le meilleur des procès. Il a plutôt raison.

Tout ce tapage n’a pas aidé grand monde, d’après moi. Juridiquement, elle clarifie un principe important, soit. C’est symbolique. Mais ça n’a pas convaincu le vrai boomer coincé en 1950 à comprendre l’importance de l’inclusion et du respect de la différence. Ça n’a fait que le conforter dans son idée que ce qui ne lui ressemble pas est, par définition, exagéré et, limite, illégitime. Ça commence à sentir la toast brûlée autour des droits des minorités, gays, lesbiennes et bisexuels compris. Ce serait l’fun qu’on ne mette pas le feu à toute la maison en même temps.

Jacob et la télé magique

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, je n’en reviens toujours pas. Certains diront que ça frôle l’obsession. Sachez que je suis beaucoup plus zen depuis quelques semaines même si la flamme brûle encore. Cette missive s’adresse au réalisateur/créateur de la série et comme je n’ai pas moyen de lui envoyer personnellement, je le fais ici. Tsé, si les étoiles s’alignent.

Ça va comme suit :

J’ai, comme la planète entière ou presque, visionné avec grand intérêt votre nouvelle série sur Crave. Elle m’a tellement bouleversée que j’en suis à la 3e écoute, ce qui n’est pas habituel chez moi. Troisième écoute donc, mais lentement cette fois, patiemment, un épisode de temps à autres pour faire durer le plaisir et entretenir la flamme. Je choisis aussi le moment pour être dans le bon « mood » pour en absorber tous les bienfaits.

Cette série est magnifique.

Le 26 décembre 2025, Merry Cottage Day, j’ai vécu un grand jour de petites victoires. J’ai aussi ressenti un vide immense à l’idée de devoir attendre une date encore inconnue pour la suite de cette fascinante histoire d’amour.

On a le même âge, apparemment, vous et moi. Je vais avoir 46 ans en octobre prochain. Ça donne envie d’être votre ami. Du haut de mon âge « vénérable », je n’avais pas réalisé que j’avais sans doute perdu espoir de voir au petit ou au grand écran une histoire d’amour sincère, authentique, réciproque et positive entre deux hommes qui ne finit pas mal. Positive malgré les embûches, leur « position » dans la société et l’image qu’ils « doivent » maintenir. Positive surtout parce que, malgré ce qui s’en vient dans The Long Game, elle finira bien, éventuellement.

Je vous écris pour vous dire que ce que vous avez fait, Rachel Reid avec ses livres et vous avec cette incroyable écriture, a changé quelque chose en moi. Une envie de plus, de mieux, d’étincelles et de beau plus souvent. Ça me donne envie d’être une meilleure personne, d’être plus en forme, de briller le jour comme le soir malgré les effets du temps qui passe. Parce que même si on n’est plus si jeune, même si on change de catégorie d’intérêt avec la quarantaine aux yeux de certains (ou plusieurs?), on mérite tous d’être le Ilya ou le Shane de quelqu’un. On mérite tous d’être regardé avec le même désir.

Votre série a provoqué de bonnes discussions avec mon amoureux. Sur nous, sur notre manière d’aimer, sur ce qu’on veut maintenant et pour la suite. Elle nous a rappelé qu’on REFUSE de croire que la passion a une date d’expiration. Que c’est obligatoire que les « vieux » couples ralentissent. Que le désir soit condamné à s’étioler avec le temps. Vous savez, une discussion saine et préventive. J’ai aussi un ami dans la trentaine, toujours à la recherche d’une histoire d’amour réciproque, qui m’a affirmé qu’il refuserait désormais toute relation qui ne serait pas équivalente à celle de Shane et Ilya. You. Go. Girl.

On ne savait pas qu’on avait besoin de cette histoire-là à ce moment-là. Mais elle est arrivée à point nommé et a étouffé tous les bruits négatifs ambiants. Elle a réveillé chez plusieurs une passion pour cette improbable histoire de hockey et pour les acteurs incroyables. Je sens une ferveur qui ne m’a pas habitée depuis l’adolscence. Je me sens jeune à nouveau. Je me sens beau à nouveau. Je me sens prêt à reprendre le temps que j’ai pu perdre.

Pour tout ça et pour la suite, merci.

p.s. j’ai une entreprise de scones et j’aimerais pouvoir vous en envoyer comme marque de mon appréciation

Réfléchir indépendamment

Je n’aime pas la chicane. Je dis ça, mais si on m’y pousse, je vais sauter dans le ring et je tenterai de ne pas me laisser faire. Avec le temps cependant, avec l’âge et l’expérience j’ajouterais, je tente de mieux la « gérer » si ça se peut. Fermement, mais calmement, toujours en tentant d’éteindre le feu et d’être à l’écoute. Ce n’est pas toujours évident. Malgré tout, je suis un grand émotif et je ne suis jamais à l’abri de me retrouver près de rideaux faciles à grimper.

La chicane, cependant, c’est pas mal ce qui fait vivre les politiciens d’opposition et les politiciens en général. On n’est pas d’accord, on en fait un plat bien gras. On s’objecte avec théâtralité et on s’indigne pour des virgules. Je comprends le concept, je comprends la joute politique et l’intention derrière ces interventions outrées, mais c’est épuisant à la fin.

Je ne me ferai pas d’amis ici, mais les sorties dramatiques des derniers mois du chef du Parti Québécois m’agacent beaucoup. D’abord, parce que ça sonne de plus en plus comme du « chialer pour chialer » et ça, ça m’a toujours exaspéré. Trump le fait en respirant, Poilièvre le fait même en dormant, Coderre transpirait la chicane, Drainville en a fait une carrière. On n’a pas besoin de ça. La CAQ est en chute libre, les libéraux avancent de reculons, QS est « omniabsent ». Ce serait pourtant le temps, tous partis confondus, de parler avec une passion contagieuse des projets qu’ils souhaitent réellement mettre de l’avant une fois au pouvoir. Parce que ce qu’on retient, c’est la maudite chicane. Ce serait aussi le temps de s’élever au-dessus de la mêlée et de ne pas verser dans le populisme excessif dans le but d’être élu, même si je constate tristement que ça fonctionne de plus en plus. Ça devient une seconde nature, je crois. Ça donne de la prestance, de la force, on sait se tenir debout, qu’ils doivent se dire.

C’est du grand n’importe quoi et ça rend le débat, la politique dis-je, stérile.

À ce stade-ci, je ne voterai pas pour le PQ. C’était mon intention jusqu’à tout récemment. J’avais espoir d’une différente façon de gouverner propulsée par une nouvelle génération de politiciens comme PSPPTUVW. Le PQ a souvent été derrière de grands changements qui ont modernisé notre société, pour lesquels on a gagné respect, rapport de force et dignité. Mais le ton alarmiste et la posture victimisante à outrance des derniers mois m’épuise. C’est quoi, au-delà de ton projet d’indépendance, ton maudit projet de société?

Je viens d’une famille souverainiste de mère en fils et la dissidence n’est pas encouragée. On ne peut pas aller à contre-courant du mouvement sans que ça ne génère des hauts cris de disgrâce. On a un oncle ouvertement fédéraliste et ç’a fait des flammèches régulièrement dans les soupers de famille par le passé. Bien que le personnage ait pu être polarisant d’emblée, je le soupçonne d’avoir joué volontairement au loose canon par plaisir de faire fâcher les matantes bin trop crinquées pour s’en rendre compte.

Je suis un mou, donc. Je voterais oui à un référendum sur la souveraineté, mais j’ai toujours été fier d’être Canadien. Je suis un fervent monarchique pour la mémoire vivante et la continuité incarnée, mais je suis pour un régime parlementaire sans gouverneur général, avec des sénateurs élus et un chef d’État incarné par le premier ministre ou un président symbolique. Je suis un mou et un fucké, apparemment. Bref, je ne suis pas dogmatique, ce qui fait défaut à la majorité des partis et politiciens qui aspirent au pouvoir.

Je veux un gouvernement qui me gouverne pour mon bien et pour tout le monde. Je veux un gouvernement avec de grandioses projets de sociétés porteurs d’espoir et de prospérité, comme on a su le faire à plusieurs reprises ces 60 dernières années. Je veux un gouvernement logique, qui dépense intelligemment, pas électoraliste, à l’écoute de ce qui se passe en bas et qui ne s’époumone pas sur un 3e lien inutile ou une charte des valeurs clairement dirigée vers certaines communautés ethniques et religieuses. Je veux aussi des oppositions qui félicitent les bons coups sans « mais ».

Si on se fie aux sondages et qu’on écoute nos voisins, la souveraineté, on n’en veut pas à ce stade-ci. Les sondages le disent, mais la conjoncture aussi. On est moins fâchés, peut-être. On se tient plus serrés, comme tout un peuple face à l’adversité. Je suis aussi d’avis qu’on est plus forts unis. Je suis de ceux qui croient qu’on est actuellement mieux servis dans un Canada fort face au potentiel envahisseur américain. Ça n’enlève rien au fait que je souhaiterai toujours plus d’autonomie pour le Québec pour faire vivre pleinement nos différences notables en matière de toute et de gros bon sens. On est quand même, depuis belle lurette, la barrière morale aux éventuelles dérives canadiennes. Niaise-nous pas, on va te sortir. T’es trop populiste ou rétrograde, tu ne passeras pas. Je suis aussi pour le maintien du Bloc Québécois à Ottawa pour rappeler au ROC qu’on existe et qu’on est bin bons pour se tenir debout. GO FIGURE.

Le truc avec l’indépendance, c’est que ça ne réglera pas tout. Pouvoir décider de tout en toutes matières ne nous protègera pas contre les mauvais gouvernements ou les dérives de différents partis ou politiciens. Des idiots comme premiers ministres, on en aura encore. Ce sera juste plus rushant parce qu’on aura moins de contrepoids institutionnels qui ne pensent pas exactement comme nous. Il y a eu des moments difficilement excusables dans l’histoire passée et récente de la confédération canadienne, ouvertement contre le Québec, mais on est moins là, je crois. Il y a certes encore des insensibilités, des maladresses et du Québec bashing dans certaines régions du Canada. Honnêtement, je crois qu’à certains moments, on l’a cherché comme une preuve de plus qu’on n’est pas les bienvenus dans c’te pays-là.

J’aurais tendance à croire qu’on y gagnerait tous à être moins fâchés tout le temps, à jouer le jeu du système tout en maintenant fermement notre nécessité d’autonomie et de société distincte. On base encore trop souvent notre colère actuelle sur les messes basses du passé qui remontent parfois jusqu’à la Conquête (misère). Si on essayait de ne pas oublier, de se tenir debout, de parler franc, mais d’être bons joueurs dans une période qui mérite unité et solidarité? Parce qu’à force de dire qu’on ce sont les autres le problème, on en devient peut-être un.

Exister sans s’excuser

Je viens de terminer la première saison de Heated Rivalry sur Crave. Je l’ai regardée un peu par hasard, parce qu’un ami qui travaille chez Bell m’a dit « tu vas aimer ça ». Évidemment, comme n’importe quel bingewatcher de ce monde, j’aurais fini par être rattrapé par le hype mondial entourant cette magnifique série.

Aimer, donc, est un euphémisme. J’ai désiré cette série de tout mon corps. J’ai eu mal d’attendre comme lorsqu’on attend des nouvelles d’une nouvelle idylle. J’ai attendu chaque vendredi avec une impatience infantile à en devenir irritable. J’ai chéri le moment de l’écoute comme on prend soin d’un nouveau-né. J’ai pris des pauses pour ralentir le rythme. J’ai eu des frissons, la larme à l’œil, des bouffées de « wow » avant, pendant et après chaque épisode. J’ai applaudi. J’ai reculé certaines scènes pour faire durer l’émotion et la grandiloquence de certains moments. J’ai regardé plusieurs fois les épisodes 1, 2 et 5. Je ne fais jamais ça, écouter de nouveau ce qui est terminé.

De son propre aveu (traduction libre), l’écrivaine a écrit ces livres pour dénoncer l’environnement masculin toxique du sport en général, et du hockey en particulier, qu’elle aime pourtant depuis toujours. Elle ressentait un malaise face à cet univers qui exige le silence et la conformité. Elle voulait brasser la cage, exposer les tensions et pointer du doigt la honte imposée à celles et ceux qui n’entrent pas dans le moule.

On sort donc des sentiers battus du cinéma et de la télévision. Des histoires gays, on en a vu encore et encore, mais toujours sur les mêmes tons : le méga drame, l’humour, le ridicule ou le second plan. Les personnages sont généralement marginaux, troublés, seuls, renfermés, vivent des situations difficiles à la maison, avec leurs parents, leurs amis. Ce n’est jamais simple et c’est souvent dark. On a rarement, voire jamais, vu le sujet abordé sous un angle positif, sain-dans-la-mesure-du-possible, où il devient le cœur même du récit.

La scène où Scott Hunter (François Arnaud) invite son amoureux gardé secret pour célébrer sur la glace la victoire de la coupe est incroyablement bien ficelée. Fini les cachettes. Je t’aime et je veux que tout le monde le sache. Juste WOW. Au hockey, par-dessus le marché. C’est du jamais vu et ça fait du bien.

On peut critiquer le physique parfait des protagonistes. Ce sont des joueurs de hockey… doit-on s’attendre à autre chose ? On peut critiquer les dialogues simplistes, les scènes de sexe quasi explicites, la rapidité de la ligne du temps, mais on ne peut nier le rendu exceptionnel de certaines scènes et ce doux message qui brise l’isolement.

Je pense que ça peut résonner pour plusieurs : je me suis non seulement senti vu, mais entendu et compris dans cette série. J’ai eu le sentiment qu’on comprenait l’inconfortable bataille intérieure que j’ai vécue plus tôt dans ma vie face à ma réalité. Je ne suis pas sportif, je n’ai jamais fait réellement partie d’une équipe sportive, et je ne m’y suis jamais senti le bienvenu non plus. Pas assez bon, pas assez masculin, next. Mais j’ai aussi eu le désagréable sentiment que la société me demandait de ne pas compliquer la « machine », de ne pas être un poids, de faire ma petite affaire dans mon coin, de ne pas déranger personne. Le mouvement gay est justement né de cet encabanement involontaire, de ce mépris de l’amour et de la liberté au nom de la rectitude morale.

Je n’ai cependant jamais eu ce mur de béton armé de stéréotypes et d’homophobie dans ma vie per se, mais j’ai fait mon coming out à une époque où l’on parlait de tolérance et non d’acceptation, où le gay bashing était encore possible en pleine rue un samedi après-midi, où il était fortement déconseillé d’embrasser un homme dans un bar hétéro. Ne pas faire de vagues, se fondre dans la masse, prendre son mal en patience et attendre son time to shine discrètement. Récompenser la conformité et étouffer la dissonance.

Heated Rivalry nous offre tout le contraire. Les épisodes 5 et 6 montrent un monde bien plus doux. Un monde qui fait du bien. Ça peut bien finir, parfois. It gets better, finalement.

De vivre cette intimité au petit écran, ce processus d’acceptation lent mais certain, cette histoire d’amour dans un monde compliqué, entre risque et vérité, entre cultures et authenticité, à la fois saine et étouffée entre Shane et Ilya…tout ça me redonne, l’espace de six trop courts épisodes, espoir en l’humanité.

Pas de coming out triomphant, juste le processus trop souvent malaisant de l’acceptation de soi. Un triomphe en soi, si je puis me permettre. Cette série, comme l’a justement dit Colton Underwood, est une reconnaissance du processus. Et ce processus mérite d’être nommé.

On a fait du chemin, mais c’est encore fragile. Et cette série arrive à un moment très précis. Même François Arnaud s’est fait déconseiller par ses gérants américains d’y participer. On est encore là. À une époque où certains groupes de droite brûlent d’envie de faire plusieurs pas de recul, où la haine prend de plus en plus place, où le monde semble constamment au bord de l’apoplexie.

Cette série est canadienne. On ne peut qu’en être fier. Le Canada, ce pays de bonnes-gens-polis-qui-s’excusent-sans-cesse-d’exister, fait le tour du monde avec une histoire d’amour entre hommes, envers et contre tous. C’est un FUCK YOU visuel à la fois doux et puissant à tout ce bruit dissonant.

J’avoue ne pas avoir lu, vu ou écouté les nouvelles durant cette période. Et je l’ai fait sans doute inconsciemment pour préserver ces moments comme un refuge qu’on ne partage qu’avec celles et ceux qui savent encore écouter ou de précieux trésors de réconfort à protéger.

Et quand tout s’est finalement posé, doucement, presque sans bruit, j’ai compris que ce n’était pas seulement une série que je regardais, mais une façon de me rappeler que l’amour, quand il ose exister, n’a pas besoin de s’excuser. Il suffit qu’il soit là.

Et parfois, ça change tout.

Juste un peu d’humanité

Allô. It’s been a boutte. Avant j’écrivais généralement pour ventiler, ça m’aidait à mettre mes idées en place et éventuellement, faire la paix avec la vie et ses aléas. Puis, un jour, les aléas sont devenus plus grands que nature, boostés par le stress et l’anxiété de la job beaucoup trop stressante et anxiogène et j’ai arrêté d’écrire. Je suis devenu incapable de mettre sur papier le trop-plein préférant anesthésier le concert de bruits devant la télé et bingwatcher avec Outrance, sans Parcimonie (elle, tsé). J’ai essayé plusieurs fois de m’y pencher, juste pour moi puis, rien. Le seul texte que j’ai réussi à composer était pour la mort d’un ami proche. L’émotion était trop forte, à juste titre.

Le truc, c’est que je ne peux pas craquer. Et ce que j’écris en ce moment, a un potentiel de craquage élevé. L’émotion est encore trop forte, à d’autres titres. Mieux vaut écrire et essayer de conjurer le craquage. Mais j’en ai envie, de flancher, je pense que ce serait libérateur, en fait. En revanche, si je me rends jusque-là, je ne me relèverai pas, pas rapidement en tout cas. Et j’ai besoin de rester debout pour plein de bonnes raisons. J’ai souvent cette peur qu’un moment donné, mon cerveau va juste tilter de trop de stress pis virer légume.

La dernière année fiscale a été I-N-T-E-N-S-E. Rien de tout ce que j’avais imaginé n’a abouti (pas encore, du moins). Ma route professionnelle a été jonchées d’embûches à l’allure insurmontable. Tout a déboulé quand la banque s’en est mêlée, pour un détail. Et quand elle s’en mêle, il n’y a pas d’émotion. C’est brut. C’est sec. C’est cartésien. Mais tout le monde sait, sans même être entrepreneur, qu’être en affaires, c’est souvent une question d’émotions autant que de faire de l’argent. L’idée arrogante qu’on va révolutionner le monde professionnel dans lequel on se lance. L’idée que le produit qu’on met au monde va faire le tour de l’Univers et plaire à tous. L’idée que son idée est l’idée du siècle et qu’elle, après le succès, apportera la richesse. Mais quand la banque s’en mêle, c’est le reality check que personne ne veut. Tu comprends à ce moment-là qu’il y a des entités et des gens qui n’ont pas de patience et qui ne disent pas « on va s’arranger » pour te rassurer. Un peu comme le gouvernement. T’es dans ‘marde, pas grave, on va te tirer vers le bas au maximum quitte à t’étouffer pour gagner pas grand-chose au final. Combien d’entreprises auraient pu survivre avec un peu plus de patience, d’aide et d’humanité de leur banquier, justement?  À partir de là, tout le monde le monde devient nerveux et tout le monde met de la pression, même ceux qu’on n’en pensait pas capable.

C’est lourd à porter.

Puis, tu te rappelles que c’était ton choix, cette aventure. Que des gens comptent sur toi, que tu ne veux pas décevoir, que tu ne veux pas « échouer » et perdre tout cet argent investi et ces amitiés généreuses. Donc, tu te relèves les manches, tu supprimes l’ensemble des émotions qui font surface, tu augmentes la dose pis tu joues la game. Je veux réussir. On veut tous réussir. Puis vient un moment où c’est plus fort que tout, plus que la logique, la santé mentale et l’équilibre émotionnel.

J’ai failli arrêter. Plus d’une fois. Récemment encore, avant une série de bonnes nouvelles, j’avais fait la paix avec « mettre la clé dans ‘porte » au risque de perdre beaucoup plus que des cennes. Pis là, pif paf pouf, tout s’arrange, encore. Des montagnes russes toujours difficiles à suivre. Et si une autre fois, tout ne s’arrangeait pas?

On a fait ce qu’il fallait faire. J’ai fait ce que je fais de mieux, faire aller mes antennes et s’entourer de gens compétents et chérants pour remonter l’abrupte pente. On est sur le point, un an et deux mois plus tard, de voir une lueur au bout du tunnel. Rien n’est réglé, c’est fragile, mais on a un bon produit et il y a de l’intérêt pour ce qu’on fait. C’est juste long. Toujours très long.

Aujourd’hui, on attend une nouvelle. On a reçu une approbation il y a PLUSIEURS mois, on devait recevoir les sous il y a PLUSIEURS semaines déjà, mais quelqu’une dans leur organisation a décidé de présenter notre projet devant son CA pour une deuxième fois. Juste pour être certaine qu’ils n’avaient pas dit oui les yeux fermés et les oreilles bouchées. Je suis sur le gros nerf depuis des semaines, je ne dors plus, je suis figé par la barge d’émotions qui m’assomme. Au moment de mettre en ligne, j’ai reçu la réponse que je souhaitais : on continue. Soulagement de feu, mais petites « séquelles » de tête tout de même. On ne se remet jamais vraiment de ces épreuves, je crois.

Il y a des humains derrière tout ça. Ici comme là-bas. Mais les humains ici n’ont pas beaucoup de grip sur la couvarte. Et on réussit tant bien que mal à enfouir la lourdeur du processus quelque part au fond de notre corps sous une couche épaisse de « toute va bin été » les doigts croisés, le chapelet accroché. Souvent ça va, souvent ça ne va pas. Je dis régulièrement que les succès sont petits et courts par rapport aux multiples petits et grands revers. Vient qu’on ne sait plus sur quel membre danser.

Ce qui me manque plus que tout, c’est d’entendre des histoires brutes d’échecs-succès. Qu’on le sache quand ça va mal ou du moins, qu’on ne fasse pas d’esbrouffe pour tout camoufler et qu’on se questionne. Une grande entreprise de prêt-à-manger a fait une faillite retentissante récemment, mais son ex-présidente flashait tout ce qu’elle pouvait dont son argent sur les réseaux sociaux. Pourtant, la marde était pognée en background avec bin du monde qui allait perdre. C’est certain que c’est moins glamour de montrer la rushante réalité, mais disons que ça donnerait l’impression qu’on n’est pas tous seuls à ramer.

Tout ce que je demande, au final, c’est davantage d’humanité. Ça irait tellement mieux pour tout le monde.

Un vrai conte de fée

Non, mais hen. Tsé, j’veux dire. Une belle année. Féérique pis toute.

Au boute du boute de toute ça, ça fera une année complète (peut-être plus) que la vie aura installé des speed bumps aux deux, trois mètres dans notre quotidien. Pour la majorité d’entre nous, on aura tout de même appris quelques petits trucs : apprivoiser la solitude, prendre le temps, ne rien prendre pour acquis, faire des économies, se garder une petite gêne, pleurer un peu pour rien et s’ennuyer à mourir de cette vie trépidante et un peu rushante que ça-fait-don’-longtemps-qu’on-n’a-pas-vécu. Pis on aura amplifié la plainte à un niveau jamais vu, comme si c’était possible de le faire plus.

Ce qui m’a fait réagir récemment? Le mot « retrouvailles » généralement associé à des réunions de familles lointaines ou à un rassemblement de mottés du secondaire une fois aux 10 ans. Cette fois, il s’adresse à chacun d’entre nous, à nos amis chéris, à notre famille adorée et à tous ces gens qu’on croisait ici et là, avec qui on échangeait des petits riens ou de grandes choses et qu’on n’a pas serré dans nos bras depuis le 21 mars 2020. C’est long, c’est plate, mais ça aura peut-être redéfini certaines valeurs.

Esti que ça finit pu.

Y se passe tellement rien, qu’on n’a pas tant de trucs à raconter. Ce qui ne signifie pas qu’il ne se passe rien en dedans. Et j’ai compris qu’on avançait pas mal tous tête baissée en se disant que ça allait finir par passer. Qu’en serrant les dents un peu plus longtemps, qu’on s’apercevrait que cette situation est enfin derrière nous. C’est en parlant avec des amis proches que j’ai compris que certains d’entre eux avaient perdu pied à un moment ou à un autre. Un genre de flash qui leur a fait réaliser que c’est pas ça, la vie, que c’est pas d’même qu’ils la voulaient, leur vie. C’est la première véritable épreuve collective des générations Boomer, X, Y et Z et c’est aussi la première fois que l’Occident au grand complet est soumis à un phénomène trop souvent vécu ailleurs. Parce que tsé, ici, en Occident, on est toujours épargnés des drames qui se passent ailleurs. C’est peut-être le karma?

C’est aussi une période où la communication est plus que jamais confrontée à un flot incessant d’opinions personnelles basées sur des croyances personnelles souvent à mille lieux de la vérité. C’est important de discuter de ce qui nous arrive, de ceux qui nous dirigent, des décisions qu’on nous impose, de l’information qui nous est rapportée. C’est aussi important de conserver un certain équilibre dans tout, dans la critique comme dans l’opinion. Ce que je pense de la situation du monde n’intéresse que les gens qui m’entourent et encore. C’est cependant et maintenant permis de dire tout ce qu’on pense de la manière qui nous chante et ce, peu importe l’interlocuteur. Les niveaux d’empathie, d’écoute, d’analyse et d’ouverture sont proches de zéro et c’est bien désolant. D’une discussion surréaliste avec un dude « qui avait fait ses recherches », j’ai retenu la chose suivante : je ne cherche pas à avoir raison, mais à nous faire réaliser qu’on a peut-être tous tort. Parce que je ne crois pas en la vérité absolue ni en des médias entièrement impartiaux ni en un gouvernement qui ne veut que notre bien. L’équilibre, moi j’dis.

Ceux qui ont faits leurs recherches, les « covidiots », sont finalement idiots du simple fait de ne rien mettre dans la balance, de contester l’ordre établi parce qu’on touche à leurs droits et libertés indivuels sans jamais penser à la collectivité. Eux, leur bien-être, leurs voyages, leur possibilité de choisir ou non de porter un masque ou de se regrouper. Eux. En oubliant que notre confinement en est un de luxe, qu’on est extrêmement chanceux d’avoir été pris en charge par leur gouvernement – qui a rapidement pris la mesure de l’aide à apporter sans trop broncher – et que le système de santé à ses limites, qu’il ait été bien financé au fil du temps ou pas. On a rapidement oublié également qu’il y a quelques mois à peine, les morts étaient empilés dans des remorques réfrigérées pas plus loin qu’à New York, le coeur de la première puissance du monde. La seule chose qu’on nous a vraiment demandé, c’est de porter un esti de masque en public et de restreindre nos déplacements et rassemblements avec notre entourage. C’est pas toi qu’on vise maudit criss, mais l’ensemble de la société. Un effort collectif. Pour le bien commun. Ça ne me semble pas bien compliqué. On n’est pas en train de restreindre tes droits et libertés pour t’en passer une belle, mais pour essayer de s’en sortir sans trop de séquelles. Pour que tu puisses encore jouir de tous tes privilèges à la fin de tout ça. Je ne vois pas où il devrait y avoir de débat. C’est juste un boute plate à passer, sans plus.

Reste que chu vraiment fru de voir qu’aux États-Unis, entre autres, le monde s’en criss, que ça continue de faire le parté pendant que des restrictions sommes toutes managable sont imposées. Chu fru de voir des smartass chez nous continuent de partager des photos de leurs soirées de groupe pendant qu’on essaie tous de garder la tête hors de l’eau. C’est ne pas comprendre le principe de société qu’on s’est donné. C’est vouloir prendre seulement ce qui nous avantage sans rien donner en échange. C’est individualiste et égoïste pis c’est pas du monde que je veux côtoyer.

C’est clair cependant qu’entre le ton larmoyant et formaté de Justin Trudeau et cette succession de décisions contradictoires et mal ficelées de Québec, on a perdu le fil de la logique depuis un certain temps. On n’y comprend plus grand chose et ça peut nous rendre un peu plus cynique chaque jour. Chose certaine, je ne voudrais pas être à leur place et devoir choisir entre l’économie et la santé ni à devoir faire une balance entre les deux. On choisit du monde pour nous représenter, nous devrions tous leur lever notre chapeau en ce moment et être solidaire de cette gestion de crise qui ne pouvait être que chaotique. J’aurais fait mille choses différemment, mais c’est pas moué qui décide et c’est peut-être mieux comme ça.

Je rêve qu’après cette épreuve le monde soit plus généreux, plus sensible, plus authentique et plus collectif. Qu’on comprendra mieux ce que c’est, vivre en société et que l’état Providence, c’est une idée géniale. Je rêve aussi que mes voisins pellètent la neige devant mon escalier de temps à autres. Ce serait l’fun qu’on soit juste un peu plus fins entre humains.

C’est la fête

Aujourd’hui, je deviens un adulte. Même si ce n’est pas ce que je ressens à l’intérieur, c’est un constat qui me semble assez juste. Théoriquement et statistiquement, j’ai vécu 48,5% de ma vie. Ce n’est ni positif ou négatif, mais ça ressemble à la moitié d’un tout. C’est beaucoup pour l’enfant médusé qui se rappelle avec vigueur le 40e anniversaire de son désormais vieux père. D’abord, du haut de mes 13 pommes, tous les gens présents semblaient bien grands et vieux. Ensuite, pour une raison que je préfère ne pas comprendre, tous portaient des épaulettes dans des accoutrements suivants différents tons de bruns, tant les hommes que les femmes. Je dois admettre que dès lors, cette étrange mode a eu un peu raison de mon espoir en l’humanité.

Je ne sais pas si j’ai aimé être un enfant. J’ai été anxieux et/ou « braillard » comme on s’évertue encore à me le rappeler, assez solitaire, pis bin bin accroché à la jupe de ma mère. Un instant loin d’elle et je pleurais. Malgré tous ses énormes efforts pour faire de moi un enfant indépendant, j’ai fini par ne jamais participer aux activités auxquelles elle m’inscrivait tant je pleurais de désespoir à son départ. Pas de karaté, de natation, de louveteau, ou autre activité éducative et bonne pour le développement de l’infint. Rien. Je pleurais.

Je voulais être astronaute, pape ou princesse héritière d’un grand empire.

Petit, frêle, gêné, coincé, toujours à ma place et têteux de prof, j’ai fait mon entrée au secondaire en longeant les murs sans trop vouloir me faire remarquer. Puis un jour, face à une injustice flagrante, j’ai affronté-effronté des p’tits bums de secondaire 3 qui nous sommaient, mes amies et moi, de quitter LEUR cafétéria. J’AI DIT NON! Mon premier véritable acte de bravoure m’a valu un lançage de roches en bonne et due forme à la sortie des classes ce jour-là. Qu’à cela ne tienne, mon objectif de vie était désormais d’essayer de toujours me situer au-dessus de la mêlée, de « vaincre » avec ma tête et non mes bras. Cinq années passèrent, j’étais fier finissant (et étrangement populaire) pendant qu’eux avaient redoublé 2 ou 3 fois, fuckers. J’avais gagné.

J’ai poursuivi mon chemin vers le cégep, volontairement loin de tous ces gens de la folievalente, pour entamer les études de ma première carrière : l’architecture. Je ne serais donc pas astronaute. Attentif, travaillant, doué pour le dessin, j’ai bûché encore et encore, sans jamais festoyer et sans alcool (it’s been a while) pour finir avec une cote R fort enviable (35,7) m’ouvrant les portes de toutes les universités dans ce domaine contingenté.

Fuck off, j’ai envie de vivre et de voyager, je vais travailler.

Premier job en achi, premier mentor (merci JFSD), premiers gros projets, premières responsabilités. Un peu plus sûr de moi et un peu plus baveux, j’ai crié tant de fois à mes collègues « chu pas yienqu’un dessinateur » avec la fougue et l’arrogance du débutant prêt à déplacer des montagnes. On m’a fait confiance, ils ont eu raison et j’ai passé au total 10 ans (14 en comptant les énièmes pauses) à dessiner des ostis d’escaliers en acier et des bâtiments institutionnels en tout genre. Vers la fin de ma carrière, je comptais pour 50 millions de dollars de projet sur mon seul bureau. J’avais gagné encore, je crois.

Entre temps, j’ai accepté mon HOMOSEXUALITÉ et je suis devenu un peu plus exagéré (allô RL).

Puis, un homme (I know) et le goût du défi m’ont mené en relations internationales à l’université, ici et en Angleterre. Rien de trop beau pour la classe ouvrière, j’avais décidé que l’avenir m’appartenait. La pédale dans l’tapis, avec toute l’assurance du monde, mon dernier travail de l’université de Leeds portait la mention « outstanding« . Même si tout n’a pas été rose et simple, je pouvais tourner cette page la tête haute.

Dans l’intervalle, j’ai vu Paris au moins 10 fois.
J’ai pris une photo avec Céline Dion, la vraie.
J’ai reçu une lettre de recommandation de la Déléguée générale du Québec à Atlanta suivant une fabuleuse entrevue.

Puis est venue la politique, court et intense passage auprès (pas si près) de Pauline Marois, ma première première ministre. Du beau, du grand, de l’impossible, du cassage de plafond de verre, mais aussi du weird, du « pas fin » et beaucoup, beaucoup d’apprentissage. J’ai compris à ce moment-là qu’il fallait parfois se faire violence pour changer de trajectoire. Je ne serais donc pas pape ni princesse héritière d’un grand empire. NON. HABEMUS. PAPAM.

Le reste, c’est de l’histoire.

Je ne sais pas si j’ai envie d’être un adulte. Chose certaine, je ne retournerais pas en arrière. Certes, j’aurais fait beaucoup de choses autrement : j’aurais été plus patient, plus léger, j’aurais appris à être moins émotif pour TOUTE, j’aurais sans doute pris d’autres chemins, surtout amoureux et moins douloureux, j’aurais voulu étudier autre chose, être plus indépendant financièrement plus tôt (ou ever haha!), être plus discipliné, plus musclé (lol), ne pas perdre mes chfeux, pleurer moins et trouver l’homme de ma vie pour la vie à 21 ans.

Ce que je vais faire, maintenant? Continuer à essayer de devenir une meilleure version de moi-même, apprécier mes petites victoires, solidifier les amitiés que j’ai déjà, faire la fête dans d’autres pays sans pandémie, manger plus de foie gras, boire plus de champagne, profiter de la présence de mes vieux parents, m’émerveiller devant mon cactus de Noël en fleur, essayer de devenir un muscle man au gym Halères & Go (j’adore le jeu de mot douteux), siester le plus souvent possible et tenter de dompter les maudites petites angoisses du quotidien une fois pour toute.

La chose qui m’a beaucoup rassuré en voyant le temps passer récemment, c’est que j’ai réalisé que je profitais enfin du moment présent. Comme ça, sans faire d’effort. Sans m’en rendre compte donc, la boule que je trainais depuis si longtemps s’est dissipée. C’est peut-être ça, vieillir.

Je ne sais pas si je suis devenu un adulte aujourd’hui. Je suis aussi anxieux qu’avant, plus du tout frêle, fonceur, frondeur, plutôt baveux (parfois trop, à ce qu’on dit), confiant, reconnaissant et prêt à tout. C’est moi. C’est le moi de quarante ans.

Et si c’est ça, être une adulte, je suis pas si déçu du Lulu que je suis devenu.