La récente poursuite d’une personne non binaire contre un salon de coiffure me fait BEAUCOUP sourciller. Bien que la question soit délicate, bien que je respecte le fond de l’histoire, j’ai certaines réserves sur la manière et la finalité. Je suis bien évidemment encore prêt à me faire lancer des roches de manière constructive. J’ai par ailleurs pris connaissance du jugement du Tribunal des droits de la personne, d’articles de journaux, de l’entrevue avec Patrick Lagacé.
J’ai des réserves, donc. Et je vais m’en permettre un peu parce que je fais partie de cette large communauté 2ELGBTQI+ qui ne cesse de s’élargir. Ce n’est pas une raison, me direz-vous. M’en fout, je fais c’que j’veux :p
Je ne suis pas un vrai boomer, mais mon entourage dirait que parfois oui. J’ai, à l’occasion, un peu trop souvent, régulièrement, tendance à trouver que certaines situations dépassent le gros bon sens façon grand-papa Legault. J’ai envie de croire que malgré tout, au final, je sais être nuancé. Quand je suis né – l’équivalent de « dans mon temps » –, les notions de non-binarité, de demi-sexualité ou encore d’intersexualité n’existaient pas dans l’imaginaire collectif. Il y avait les gays, les lesbiennes et les bisexuels, c’est pas mal tout. On comprend tous, avec l’acronyme exponentiel actuel, que ça manquait de nuances pour plusieurs. C’est ok, chacun a bien le droit de se sentir bien dans sa case. Qui suis-je pour juger, anyways? Je fais partie d’une communauté marginalisée depuis des siècles et on commence à peine à penser que c’est peut-être normal qu’on existe librement. Et je ne peux que supposer la difficulté existentielle pour une personne qui ne se sent « fitter » dans aucune des catégories disponibles de vouloir défoncer sa porte et celles des autres. La société actuelle nous permet la liberté de discuter de tout, donc bring it on.
Sur le fond, si on revient au sujet précité, quand on regarde la formule du salon « coupe garçon » et « coupe fille » au même prix, c’est vrai que c’est inutilement genré. Si, à la rigueur, le prix avait différé, on aurait pu croire que la longueur des cheveux habituellement portés par les hommes ou les femmes aurait peut-être pu justifier le « gars » et la « fille » dans la description. C’est vrai, donc, que dorénavant les options proposées pourraient/devraient être en fonction de la longueur des cheveux à coiffer et non du sexe du client. Legit. Le fond, je l’accorde, mérite toute notre attention. Genrer les coupes de cheveux ne sert strictement à rien. Évoluons.
La forme, cependant, gosse.
Mandater la Commission des droits de la personne pour départager s’il s’agit de « discrimination fondée sur l’identité de genre », ok. C’est far fetch en titi pour une simple coupe de cheveux. Qu’à cela ne tienne, sur le principe, le Tribunal tranche que oui, c’est discriminatoire et c’est très bien. La Charte canadienne des droits et libertés existe bien pour une raison. C’est, à juste titre, sacro-saint dans notre société. En revanche, condamner le salon de coiffure à payer une amende de 500 $ pour avoir involontairement discriminé, tout en ayant offert des incitatifs pour accommoder et en expliquant ouvertement et constructivement la situation au plaignant, c’est très, très moyen. C’est à mon avis une sanction morale disproportionnée malgré la petitesse du montant. Éduquer, oui, punir, non. Et la partie plaignante d’en ajouter une couche en parlant de détresse émotionnelle, de dépression et de pensées suicidaires. Il y a quand même une pas pire marge. Une. Coupe. De. Cheveux, sacrament. Il y a des limites à faire porter le poids de toutes les maladresses sociales à des grains de sable.
Cette cause est devenue rapidement ridicule sur la forme. Le salon de coiffure a d’emblée fait amende honorable pour accommoder le partie plaignante, mais cette dernière semblait vouloir plus, plus gros, plus bruyant, plus punitif. Plus payant aussi, peut-être? Je comprends aussi que l’expérience subjective de l’exclusion est cumulative et peut, pour des « riens », devenir lourde à porter. Mais la cible est mal choisie et la manière, tout autant. Faire valoir ses droits pour faire avancer la cause, aider son prochain à ne pas vivre le même inconfort ou la même discrimination, accompagner l’entreprise à comprendre sa méconnaissance de l’enjeu, c’est très bien, c’est valeureux même. Ne rien demander en échange autre que le respect de l’esprit de la Charte, la reconnaissance de la différence et de la dignité humaine, c’est encore mieux. Mon vieil oncle avocat répète ad nauseam que mieux vaut la pire des ententes que le meilleur des procès. Il a plutôt raison.
Tout ce tapage n’a pas aidé grand monde, d’après moi. Juridiquement, elle clarifie un principe important, soit. C’est symbolique. Mais ça n’a pas convaincu le vrai boomer coincé en 1950 à comprendre l’importance de l’inclusion et du respect de la différence. Ça n’a fait que le conforter dans son idée que ce qui ne lui ressemble pas est, par définition, exagéré et, limite, illégitime. Ça commence à sentir la toast brûlée autour des droits des minorités, gays, lesbiennes et bisexuels compris. Ce serait l’fun qu’on ne mette pas le feu à toute la maison en même temps.