Au début de mes petites vacances, j’ai voulu me faire un petit carnet de voyage et chaque jour avoir une réflexion sur tout et n’importe quoi : ce que je vois, ce que je sens, sur la vie, ya know. Surtout pour m’occuper, continuer d’aiguiser mon intérêt pour l’écriture et travailler d’autres parties de mon cerveau qui se sent trop souvent dépassé. Pis comme de raisan, j’ai changé d’idée. J’ai plutôt beaucoup dormi, profité du beau temps et je me suis laissé emporter par le vent de la paresse. Ça sert un peu à ça, les vacances.
Je suis donc débarqué aux Îles-de-la-Madeleine vendredi 14 août. Toujours un peu à reculons, mais toujours content quand même. C’est que j’ai la chance d’avoir une mère native de ce coin de pays, une Madelinienne* pur-sang avec une gigantesque famille festive et bigarrée. J’ai donc passé l’essentiel de mes étés d’enfance à jouer dans les champs à perte de vue, à faire des châteaux de sable sur des plages infinies, à participer les yeux grands ouverts à des soupers de famille animés chez tante Denise à Gros Cap** avec Alain et Alphonse qui violonnaient et feu sainte Maria de l’Étang-du-Nord qui dansait comme un sourire. Maria, c’est le seul grand-parent que j’ai vraiment connu et elle avait un cœur en or. Ça fait de maudits beaux souvenirs à porter pour tout être humain. Si j’avais à mettre le doigt sur une partie de ma vie qui m’a défini, qui m’a comblé, qui a mis des étoiles dans mes yeux et qui m’a rendu heureux, ce serait celle-là. Ce sont des souvenirs d’une grande douceur.
* Au féminin, on dit Madelinienne et pas Madelinote, mais on dit parfois Madelinoune parce qu’on est puérils.
** C’est ok, vous pouvez rire. Puérils bis.
Mais je n’ai pas toujours été reconnaissant d’être « originaire » de là par extension. Je n’ai pas toujours su profiter au maximum de ce que cette vie avait à m’offrir. Au début de l’adolescence, j’ai souvent chigné à l’idée d’ENCORE passer mes vacances aux Îles. C’était plate, c’était calme, y’avait rien à faire à part visiter les vieilles tantes de ma mère et gosser tout seul dehors ou avec les enfants de ses amies que je connaissais à peine. Combien d’après-midi ai-je passés à juste attendre et les écouter discuter au son du cliquetis de l’horloge et du grincement des chaises berçantes. L’AN-GOISSE.
Comme de raisan, j’ai fini par arrêter d’y aller. Une bonne dizaine d’années. J’avais envie de plus d’action, moins de répétition. Pis tante Denise nous a quittés, Marcel et memé*** d’amour aussi. Et un jour, j’ai décidé de revenir pour faire visiter à un chum, pis à un autre. Et, de fil en aiguille, j’ai retrouvé un simili plaisir à revenir sur la terre de mes ancêtres et à apprécier le moment. Et cette année (il était temps), j’ai compris que j’avais une chance incroyable d’être fils de Madelinienne et d’avoir ma place ici. Pour la première fois, j’ai senti le lien unique qui m’unit à ces Îles, à cet endroit paradisiaque, à cette famille incroyablement imparfaite et imparfaitement incroyable. Je me suis senti fier, je crois.
*** Aux Îles, on dit pas grand-maman, mais memé.
D’ailleurs, c’est pas mal le seul endroit sur Terre où j’arrivais à décrocher et à bien dormir, sans effort. Le calme plat, la noirceur, le vent, la recette gagnante pour une nuit réussie. Je dis « j’arrivais », parce qu’évidemment, cette année, à la seconde où j’éteignais la lumière, mon cerveau partait en vrille pour toutes sortes de raisons. J’ai ruminé sur mille trucs hors de mon contrôle, j’ai senti le poids d’un système nerveux sursollicité, d’une absence de poigne sur tellement d’aspects de ma vie personnelle et professionnelle, des deux dernières années en montagnes russes (je raconterai, éventuellement), mais aussi, un désir PROFOND de modifier tout ça. Comment? Aucune idée, mais je n’ai pas envie de rester les bras croisés. Augmenter ma dose, continuer à bien manger, à faire du sport, à me trouver bon et beau; retrouver une certaine paix intérieure en faisant ce qui me fait du bien avec ceux qui me choisissent, mais aussi en arrêtant de tourner en rond et de répéter les mêmes patterns qui n’aboutissent à rien. On ne demande pas à un junkie de l’étourdissement de devenir calme et posé du jour au lendemain, mais ça viendra.
Les vacances devraient toujours être une grande parenthèse, un vrai temps d’arrêt, un large espace dans le fil de la vie. Les passer à angoisser au retour, c’est les réduire à une simple virgule au grand vent. Et tout le monde sait que l’été, c’est fait pour jouer.