Un ami me dit souvent que l’amour n’est pas une opération comptable. On ne peut ajouter, soustraire ou diviser une donnée d’un problème simplement comme on le ferait sur un bout de papier. Ce qu’on vit, n’est pas un chiffre avec une valeur définie ou une équation avec un résultat indiscutable. Les données s’additionnent, se soustraient aléatoirement avec parfois de drôles de résultats.
Souvent, quand tout semble fonctionner, quand la tête, le cœur, les tripes et le sexe sont au diapason, il arrive que ça ne fonctionne toujours pas. Le timing, le cheminement personnel, la peur d’être aimé, de l’inconnu ou de souffrir sont autant de raisons de reculer et trop souvent, de disparaître. Et même avec beaucoup de discussions et de persuasion, rien n’y fait, le sentiment est refoulé jusqu’à disparition complète (c’est ce qu’ils prétendent, du moins).
La suite peut se solder par de la colère difficilement exprimable et/ou canalisable. Guidé par l’insatisfaction de différents obstacles amoureux et l’espoir d’un revirement, ça sort « tout croche », avec une méchanceté déguisée, une incompréhension obsédante, une incrédulité déconcertante, une agressivité contenue, mais accusatrice et une tristesse débordante. Trop longtemps réprimées, les émotions peuvent faire beaucoup de ravages. Difficile, direz-vous, de bien s’exprimer quand on évalue, à tort, que chaque parole peut avoir une incidence désastreuse sur le cours des choses, comme si, un pas de trop dans un sens ou dans l’autre nous ferait passer automatiquement du purgatoire à l’enfer. Et naturellement, la colère dictant sa loi, le moment tourne au vinaigre, on regrette, on voudrait effacer l’ensemble de nos paroles et obtenir une seconde chance pour nos « dernières paroles ».
C’est un intense et fréquemment injustifié besoin de donner un sens, de trouver des réponses, de comprendre, mais aussi de bien paraître, de plaire, de convaincre qui façonnent maladroitement le cours des événements. C’est aussi et surtout un manque de confiance en soi et en la vie, de même qu’une incapacité à se respecter soi-même et à se faire respecter des autres qui dirigent la réflexion dans la mauvaise direction. Être en colère, la vraie, la laide, ça signifie qu’on n’a pas écouté suffisamment sa petite voix intérieure, qu’on a refoulé, enfoui, annihiler la moindre parcelle de ce qui compte vraiment : soi-même et son bonheur. Ça signifie aussi qu’on a peut-être mis de côté nos valeurs, nos besoins, nos envies pour quelqu’un ou quelque chose qui ne répondait pas favorablement à nos attentes. Faque, on devient frustré, pis on EXPLOSE!
Une partie de la solution c’est de partager nos réactions sans considérer l’autre comme responsable de nos sentiments. C’est le meilleur vecteur de changement. Simplement se mettre en colère ne changera rien, parce qu’on répètera encore et encore les mêmes « patterns ». Il faut aussi comprendre qu’on ne peut contrôler la véritable conclusion de nos histoires. Seule la vie sait vraiment où elle s’en va et il est à notre avantage de lui faire confiance. Ensuite, se faire confiance à soi-même, parler et s’écouter un peu, beaucoup, juste assez. Trouver un juste milieu entre s’exprimer, se contenir et devenir inutilement agressif. Finalement, accepter et avancer.
Je sais aujourd’hui que j’aurais dû m’exprimer davantage, autrement et qu’il aurait été pertinent de faire entendre ma petite voix à temps. Je l’ai fait, mais pas assez souvent et pas toujours de la bonne manière. J’ai trop fréquemment et inconsciemment choisi l’escalade à l’apaisement.
Je sais aussi que j’aurais dû, il n’y a pas si longtemps, le faire avec toi. Simplement parce qu’on le valait bien.