Je revenais d’une charmante soirée passée avec une amie dans un resto près de chez toi. Je venais tout juste d’enfourcher mon BIXI – la station de vélos la plus près était au coin de ta rue – en me disant que j’allais « innocemment » passer devant chez toi. À peine deux révolutions et trois mètres en direction de ton appart que je changeais d’idée et faisais demi-tour, au nom de ma santé mentale. Et comme ces choses-là arrivent au moment où on s’y attend le moins, tu étais là, à pieds, tournant le coin de ta rue.
Nos regards se sont croisés et, hésitants, nous nous sommes arrêtés. Les salutations – à distance raisonnable – ont été « chaleureuses » et la discussion, très cordiale. Tu as pris de mes nouvelles, j’ai pris des tiennes. Comme d’habitude, on avait beaucoup de choses à se dire, naturellement, sans effort. Je m’intéressais à ce que tu disais, et tu étais attentif. On a même ri un peu. C’était un dialogue très casual, sans terrain glissant ou détonateur à portée de main. J’ai senti beaucoup de respect et même un peu d’affection. À un moment, j’ai conclu avec un « bon bin, j’vais y aller » parce que je commençais à avoir peur de ne plus pouvoir m’arrêter de parler, de m’enfarger dans mes pensées et que ça dégénère, comme trop souvent. On s’est dit « au revoir » comme on le dit à un ami et nous nous sommes éloignés.
J’ai évidemment réfléchi à ce qu’on s’était dit, à tes réactions, à ton rire magnifique. Juste un peu. Je t’ai trouvé beau, comme toujours. Malgré tout, t’avais l’air bored, avec un genre de « crissez-moi patience » dans le geste. Souriant, agréable et sincère, mais bored.
Plus je roulais et plus je pensais à ma propre réaction et j’étais fier de moi. Je t’ai parlé avec ouverture et simplicité, sans animosité ou rancœur, comme si j’étais rendu là. En fait, je ne sais toujours pas où j’en suis rendu, mais j’ai eu l’impression d’avoir fait quelques pas en avant sur mon petit bonheur de chemin.
Quand j’ai raconté l’épisode à un ami le lendemain, il m’a dit avoir vu des étoiles dans mes yeux, une petite étincelle de victoire. Et il a vu juste, parce qu’après toutes mes lettres sans réponse, mon espoir déçu, mes larmes répandues, tes silences convaincants, le retour du petit paquet, ton fameux texto – assez dégueu, merci – sur le principe de « passer à autre chose » et l’impression d’être devenu un débile mental à tes yeux, cette petite parenthèse m’a permis de me remettre résolument à marcher, la tête haute.
Tu ne reviendras pas, j’en suis presque convaincu aujourd’hui, mais avec cette courte discussion, je t’ai montré le Lulu que t’as connu et ça, pour moi, ça vaut plus que tout les retours inattendus.