Lève-toi et marche!

Je l’ai encore désinstallé. Ça doit bin faire 20 fois en 20 jours. J’ai développé une relation amour/haine intense avec les logiciels « de rencontres » que sont les Grindr, Scruff et autres supercheries du genre. Veux-tu bin m’dire pourquoi on est branché là-dessus?!

L’affaire, c’est ce que ça t’offre du rêve. L’espoir de trouver quelqu’un pour la nuit (surtout) ou pour la vie (on sait jamais) est au bout de tes doigts. C’est tellement plus simple, enfin, le croit-t-on. Tu navigues dans un catalogue de photos de beaux gars, avec ou sans torse, avec ou sans tête, avec ou sans queue, tu lis des textes remplis de fautes et tu te fais rapidement une fausse image de la personne à qui tu n’écriras pas. Y’a de tout, pour tous. Vraiment.

Parfois, tu fais de belles rencontres, très belles même, mais c’est rare, rare x 1000. Il y a beaucoup de morrons sur la planète virtuelle (et je suis sans aucun doute le morron de quelqu’un) et beaucoup de gens jugent rapidement avec l’intempestif bouton « block » (j’en fais souvent partie). Pas le temps de niaiser, je me cherche du divertissement NOW (not!).

Pour certains, ça offre une pause (vraiment?!). Bin avachi sur ton sofa, tu jases avec des inconnus, de tout, mais surtout de rien. Ça t’empêche de trop penser aux vraies affaires, tsé celles qui font mal. Là-dessus, tu ne pourras possiblement pas discuter de la récente campagne électorale ou du dernier roman de Gabriel García Márquez (je sais, son dernier a été publié en 1997, pis?), mais tu pourras exercer ta dextérité à écrire « Salut! », « Comment ça va? », « Tu cherches quoi? » et qui sait, si t’es vraiment efficace et déterminé, obtenir un premier rendez-vous « galant » ou te tremper le pinceau avant le lever du soleil. Tout ça, si et seulement si, t’as pas la PIRE déception de ta vie (ce qui est assez fréquent) quand le gars ouvre la porte (il est plus petit, plus laid, plus gras, il parle du nez, a un mono sourcil et il ne ressemble à AUCUNE de ses photos). Sinon, après quelques minutes d’une discussion qui ne mène généralement nulle part, tu passeras au suivant, puis au suivant jusqu’à avoir envie de garrocher ton téléphone ou ta tablette (les photos sont plus grosses) sur le mur et t’acheter un chat. Au moins, t’as arrêté de penser à ce qu’il ne fallait pas. Petite, petite victoire.

Puis, un jour, après avoir changé de photo 12 fois et avoir obtenu des résultats inégaux, tu réalises que ça ne fait que vaguement revitaliser ton égo vidé de sa confiance après une rupture retentissante, ton célibat prolongé ou une mauvaise décision amoureuse. Pis là, tu lâches ta machine, tu commences à faire des activités qui te plaisent, tu t’arranges pour sortir, tu rencontres du nouveau monde réel (oui, oui, ça existe) et tu jases avec un beau gars live qui te sourit et te trouve charmant, là, devant toi, vrai comme chu là. Fiouuuuuuuu! Bon, ça demande évidemment un peu plus d’efforts parce qu’il te faut voir derrière la brume virtuelle, sortir de chez toi, réfléchir plus rapidement (quand t’écris, t’as plus de temps) et ouvrir ta bouche pour en faire sortir quelque chose de beau. Mais t’es capable. T’es beau aussi (ou belle, mais y’a pas de fille sur ces affaires-là). Vas-y, fais-le pour toi!

En gros, ça sert à rien. En fait, oui. Ça sert à réaliser que ce n’est pas ça, la vie, que t’as pas nécessairement envie de trouver l’homme de tes rêves dans un catalogue et que tu vaux plus qu’une photo et une description sommaire. Même juste pour du sexe. Tu. Vaux. Plus. Que. Ça. Tu m’entends?

Et rappelle-toi une chose: l’homme de ta vie ne sortira pas des craques de ton sofa. Faque, lève-toi et marche!

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