Fermer la porte

Mes deux dernières relations amoureuses se sont terminées de la même façon: « je t’aime, mais je ne peux pas ». Cet aveu, quoique plutôt joli en théorie, est bin bin laid dans la vraie vie. C’est rempli de candeur, c’est peut-être même d’une sincérité indéniable (ce n’est pas parce qu’on laisse qu’on n’aime plus). Mais on a beau mettre son cœur sur la table, se montrer sensible, le dude qui nous fait face ne le prendra pas mieux. Parce que malgré l’authenticité de la déclaration, c’est aussi une façon sournoise (et souvent inconsciente) de conserver un ascendant sur l’être-aimé-dont-on-ne-veut-plus. On veut bien faire, être fin, mais en ne fermant pas la porte, en émettant des « peut-être », on donne l’impression qu’on garde l’autre comme une option en poche (tout en fourrant avec la Terre entière) et celui qui s’est fait domper va attendre, malgré lui (et l’avis de ses amis).

Je me souviens très bien que ma première vraie rupture (désolé pour ceux d’avant) s’est terminée comme il se doit. Quoique qu’extrêmement douloureuse, les mots prononcés avaient le mérite d’être clairs et sans équivoque. JE. NE. T’AIME. PLUS. Rien de plus, rien de moins. Pas de r’venésie possible. Il y a eu des larmes, des nuits blanches de questionnements, de la colère. Mais que ce soit vrai ou non, cet homme a fait montre d’un grand respect. J’ai été psycho pendant un temps, je lui ai envoyé des courriels d’insultes, je lui ai crié des bêtises au téléphone et j’ai pris TOUTE la place quand on se trouvait dans la même pièce. J’ai été une sale petite pute. Mais quand je l’appelais, il répondait, calmement, toujours prêt à faire la paix. Il finissait toujours par me répéter les mêmes choses: « Je ne t’aime plus, tu dois passer à autre chose ». Anyway, quand un gars ne t’aime plus, ça paraît, il assume et vit « bien » avec ça. Il n’a pas peur de t’affronter et de se commettre. Dans ce temps-là, t’as pas le choix de prendre ton trou et de regarder ailleurs.

Est-ce que la rémission est plus facile? Non. Est-ce qu’il y a encore de l’espoir? Peut-être, mais vraiment juste un petit tiny fond inutile et vide de sens. Chose certaine, je n’ai pas attendu comme une conne qu’il se rejette dans mes bras. Il avait été clair, c’était fini pour la vie.

Depuis, on s’est tout pardonné et c’est même devenu un ami proche, le genre d’ami que je connais comme le fond de ma poche, qui me tombe souvent sur les nerfs,  mais que j’aime d’un amour inconditionnel. J’ai juste envie de le respecter d’avoir été aussi sensible et sensé dans les circonstances. Tout ça, parce qu’il a fait ce que je me suis évertué à faire avec les autres: « m’accompagner » dans la rupture.

Tous, sauf un.

Ce « un », c’est celui que j’ai dompé en lui disant que je l’aimais toujours, mais que je devais d’abord aller au bout de ce qui trottait dans ma tête i.e. une histoire de marde qui allait allait finir dans le ventilateur (when shit hits the fan). Je lui ai candidement dit, avec les meilleures intentions du monde, que la porte n’était pas fermée et qu’un jour, peut-être, après avoir fait mes niaiseries, je reviendrais vers lui. ER-REUR. J’ai mis ce magnifique garçon dans un mode attente et d’espoir intenable, jusqu’à ce qu’il décide que j’étais le pire trou d’cul de la Terre et qu’il me sorte de sa vie à tout jamais. Et il avait raison.

Quand on prétend que l’autre compte vraiment, l’accompagner dans la rupture ne signifie pas être présent et disponible tous les jours pour répondre à ses appels de détresse (les amis sont là pour ça). Ça ne signifie pas non plus répondre à tous ses textos ou ses lettres d’amour désespérées (et sans doute désespérantes). Ça signifie simplement établir des balises sans ambigüité sur la fin de l’aventure amoureuse et lui offrir un minimum de soutient vers l’amitié. Ne. Pas. Fuir. Me semble que c’est pas compliqué. C’est juste offrir à l’autre le respect que l’amour-inconditionnel-désormais-chose-du-passé devrait inspirer. Parce qu’on ne laisse pas toujours dans la rancœur et la colère. Parfois, souvent même, on laisse avec une grande tristesse parce qu’on sait qu’on perd beaucoup. Quand on « aime » toujours, ne vaut-il pas mieux tout tenter pour mettre en place une bonne « gestion » de la rupture. Évidemment, ça demande des efforts et, on va se le dire, on n’est pas tous gearé pour ça.

Au final, on est des adultes intelligents (enfin, je l’espère) et on devrait être capables d’établir un semblant d’harmonie dans la rupture afin d’établir tranquillement les bases d’une future amitié. Traite-moi comme un ami et j’agirai comme un ami. Parce qu’on peut réussir une rupture, tout comme on peut, si on le veut, réussir son couple. Mais pour que ça réussisse, il faut y mettre du sien, à deux. Il suffit d’assumer ses décisions, d’aimer son vis-à-vis sincèrement, de vouloir le garder dans sa vie et de croire que c’est possible. Le reste devrait aller de soi.

Ou comme dirait mon grand ami le gummy bear des neiges: « Même si parfois, il faut juste donner un peu de temps au temps! ». Le fucking temps.

 

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