LAPORTE (Mathieu), Montréal, Québec, 1980, homme séduisant et magnétique, trashy propre. Mystérieux, sensible, mais discret, la quête de sa vie est l’équilibre.
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– Suzy! M’apporterais–tu la carafe de corsé, s’te plaît? Pis aussi, j’vais avoir besoin de 25 cents, j’en ai presque plus, demande Samuel.
– Oui, dude! I’m coming!, répond Suzy enjouée en franglais.
Le service du Starbuck – Place d’Armes se donne presque qu’exclusivement en anglais. D’ailleurs, la majorité des employés et clients ont l’anglais comme langue maternelle. Sauf quand je suis là, tout le monde fait un effort, parce hey!, loi 101 oblige. Petite victoire.
– Gooooood morning Robert! V’là ton americano! C’est beau ta cravate! 2,25$, s’te plaît! Merci! Bonne journée, là! envoie Samuel, trop heureux de servir un café à 5h18, un 25 janvier assez glacial.
– Suzy! Tu viendrais m’aider?, la file s’allonge! lance–t–il avec empressement à sa collègue.
Suzy et Samuel répondent aux demandes des clients avec beaucoup trop d’enthousiasme faisant sourire quelques-uns d’entre eux et les cafés sortent à la pelle pendant plusieurs minutes. Le rush du matin se poursuit allègrement jusqu’à l’arrivée d’un homme mystérieux.
– Bon matin, Samuel…, dit un sexy client en arrivant au comptoir.
Samuel se retourne surpris par la voix inconnue qu’il entend. L’expression « té-qui-toué? » se reflète sur son visage.
– Euh…salut?! On se connait? Me semble pas t’avoir déjà vu ici.
– Non, en effet, mais je passe souvent devant la vitrine. Je t’ai vu quelques fois. Tu voudrais aller prendre un verre ce soir?
– Whoa…euh, oui, non, je sais pas t’es qui…tu veux quelque chose, là, tout de suite parce que des gens attendent.
– Non, mais tiens, c’est mon numéro. Appelle–moi pour ce soir, j’aimerais vraiment que tu acceptes. Moi c’est Mathieu.
– Oooooook! Bonne journée!, répond Samuel, avec un air désintéressé.
Quel culot! Mais quel homme! Jésus Marie Joseph! J’ai continué mon shift en repensant à ce moment, perdant parfois le contact avec la réalité. Je sais bin pas combien de café j’ai raté ce matin–là, mais Suzy a fini par me lancer des boules de papier pour que je sorte de la lune…
– Dude! Ça te dérangerait pas de te concentrer un peu? You just gave an empty cup to Francine. À trouve ça bin drôle, mais elle aimerait bien que tu lui verses du vrai café, you know!?
– Mais t’as vu ZE homme qui m’a laissé son numéro? Je devrais l’appeler?, dit Samuel, les yeux ronds comme des balles de golf.
– Bin oui! T’as rien à perdre. But hurry up!, le monde attend pis Francine is thirsty!
Bin coudonc, je pense bien que je vais l’appeler. C’est un peu freak comme approche, mais comme on va se rencontrer dans un endroit public, y’aura pas de danger. De toute façon, c’est pas pire que de ramener un gars frenché dans un bar dont je connais à peine le prénom! J’ai quand même 1 ou 2 histoires de baise qui ont fini en histoire d’amour, ça vaut toujours la peine d’essayer. Je trouve ça même un peu romantique qu’il m’aborde comme ça, out of nowhere. Il avait l’air décidé et rempli de confiance, en tout cas. C’est beau un homme qui a confiance. Je trouve ça bien beau, moi. Je ne sais pas quel genre de fucké peut passer et repasser devant la même vitrine, jour après jour, pour zieuter un gars, mais le genre de fucké qui me plaît! J’ai fait ça tellement de fois sans avoir le guts de me lancer.
Cet homme, ce Mathieu, est étincelant de charisme! Grand, les épaules larges, le regard franc avec des yeux d’un bleu éclatant. Brillants et profonds, aussi. Il a une magnifique chevelure noire, bien coiffée, mais naturelle qui donne juste envie d’y passer ses mains, longuement. Sa voix est grave, une voix d’homme, douce et posée. Un beau style, des lunettes à monture épaisse, un manteau trois–quarts, gris charbon, avec un beau motif de tissage et le cou couvert d’une écharpe rouge en grosse laine. Ok! je suis charmé! Ne pas perdre son numéro. NE PAS PERDRE SON NUMÉRO et l’appeler après mon shift!
Joie!