NYKS Bistro Pub, 18h07.
Je ne suis pas vraiment retard, mais presque. Je suis fashionably late. J’ai manqué le putain métro de peu parce que j’ai trop siesté – j’étais tellement bien sous la couette – et que j’ai mis trop de temps à me préparer, comme d’habitude. Je voulais être reposé, je me suis quand même levé à 4 heures ce matin! Et je voulais être présentable pour le beau Mathieu. Et comme d’habitude, j’ai dû attendre impatiemment le vieux train bleu cinq longues minutes de plus. Cinq très longues minutes. J’ai donc attendu, en écoutant Quand on a que l’amour, version Céline-la-toute-puissante. Chanson de circonstances. J’ai regardé avec violence les minutes du tableau indicateur s’écouler, len-te-ment. J’ai couru même, en attendant le train entrer en station, mais la porte du wagon s’est refermée à quelques centimètres de mon nez, bêtement, sans considération aucune, la pute. Métro pas fin.
Enfin, la station Place-des-Arts. ENFIN! J’arrive!
Pour l’occasion, sa première date avec Mathieu, Samuel a choisi des vêtements ni trop serrés ni trop sloppys ni trop voyants ni trop chics. Un accoutrement approprié à la circonstance, suffisant pour que Mathieu puisse présumer de l’apparence de son corps et qu’il distingue bien ses atouts. Il est beau garçon, Samuel, mais les hommes qu’il rencontre ne s’arrêtent souvent qu’à ça. Ils accordent ordinairement moins d’importance à ses mots qu’à son cul. Son corps et sa tête rayonnent tellement, que rares sont ceux qui prennent le temps de l’écouter. Pourtant, il a beaucoup à dire. Et pas tant d’insignifiances.
Il a mis de parfum dans son cou, sur sa nuque et dans le repli de ses coudes, pour qu’à chaque geste, son prospect en reçoive une dose discrète, mais franche. Ça fonctionne généralement bien pour les séduire, ça. Et Samuel aime séduire. Le flirt est son sport favori.
Samuel a la taille fine, les épaules larges, mais proportionnées. Il est grand, mais pas assez pour être mannequin, on lui a déjà dit. Pas qu’il voulait être mannequin, mais un agent rencontré au hasard lui a dit, comme ça. Il a les cheveux courts, clairs, blonds cendrés, mais pas rasés. Il les perd un peu, d’ailleurs, mais rien pour écrire à sa mère. Ça lui donne un certain charme, semble-t-il. Ses yeux, ses grands yeux étincelants, sont verts uniforme d’armée et autour de sa pupille, un semblant de soleil orangé, comme un signal lumineux pour capter le regard. Ses yeux sont magnétiques, troublants, remplis d’émotions et de vérité. Il parle beaucoup avec ses yeux. Et quel sourire! Après les broches style clôture Frost, l’appareil dentaire nocturne, un ou deux blanchiments maison, son sourire est éclatant, remarquable rapidement. Il porte la barbe aussi, jamais trop longue ou trop courte. Elle est toujours bien taillée.
Il s’entraîne quelques fois par semaine, raisonnablement. Il n’aime pas trop les salles de gym, c’est trop flashy et un peu déprimant. Pendant qu’il s’entraîne pour peu ou pas de résultats, des dizaines de gym queens se pavanent autour de lui avec un corps de rêve. Il y va, mais c’est plutôt un mal nécessaire, parce qu’il faut souffrir pour être beau, paraît-il.
Me voici devant le pub. Je prends une grande respiration, je replace un peu mes cheveux en bataille à cause du vent, j’essuie la sueur de course et de stress sur mon front et j’ouvre la porte, prêt à montrer mes plus belles couleurs.
You. Better. Wath. Out.