– On va pas faire trop de bruit parce que j’ai 3 colocs, ok?
– Préfères-tu qu’on aille chez moi?
– Non, ils savent que je suis gay et sont bin fins, même s’ils sont straights et un peu douches. Pis on est déjà rendu. J’ai vraiment envie de passer la nuit avec toi.
– Ça tombe bien, moi aussi.
On a monté l’escalier qui menait à l’appartement. J’ai ouvert la porte qui grince et on est entré avec une bourrasque de vent froid. On a essayé de faire le moins de bruit possible, malgré les planchers qui craquent et nos chuchotements. Les colocs étaient déjà couchés et l’appartement était plongé dans l’obscurité presque totale. Ça sentait un peu le pot. Ce sont des poteux, mes colocs. Et ils fument partout : dans leur chambre, sur la rue, au salon, sous la douche. Il n’y a pas de limite à leur consommation.
On a accroché nos manteaux sur les crochets de l’entrée, par-dessus la montagne de manteaux déjà empilés. On s’est dirigé vers ma chambre sur la pointe des pieds, en tâtant les murs d’une main et en se tenant par la main de l’autre. Je n’ai pas voulu allumer le plafonnier de mauvais goût de la chambre pour ne pas qu’il remarque le bordel monumental ambiant. Je ne fais pas souvent mon lit et j’ai tendance à empiler mes vêtements propres dans un coin de la chambre. J’ai un panier pour les sales, par contre. Et y’a jamais personne qui vient ici de toute façon, à quoi bon ranger. Mais malgré le foutoir, ma chambre est toujours « propre ». Je passe l’aspirateur compulsivement, je lave le plancher fréquemment et je change les draps une fois par semaine. Et si je compare avec le reste de l’appart, ma chambre est un exemple de propreté. Appelez-moi madame Blancheville! Pis il n’y a jamais de petites graines au pied de mon lit. C’est bin important, ça.
Je me suis cogné le tibia sur le bord du lit en me rendant à une lampe d’appoint accrochée à ma tête de lit. Impossible de la « dimmer » par contre, mais en la positionnant à 15 degrés par rapport au sol, vers le mur, ça donne une ambiance pas trop intense, pas trop tamisée. Juste assez pour qu’on se voit bien.
Je lui ai offert de prendre une douche. Chacun notre tour. Je ne voulais pas lui proposer une douche à deux tout de suite, j’étais quand même un peu gêné et me semble que c’est plutôt intense après seulement quelques frenchs. Je l’ai accompagné jusqu’à la salle de bain pour d’abord lui montrer le chemin et ensuite, lui expliquer le fonctionnement de la douche qui fonctionne toujours un peu mal. Je lui ai aussi sorti une serviette, une grande serviette douce et confortable qui sent bon. Une des miennes en fait, que je ne prête qu’à de rares occasions. Je lui ai aussi tendu une brosse à dents neuve, comme celles qu’on reçoit après une visite chez le dentiste. Encore dans l’emballage. Je suis sorti un peu gêné encore et je suis allé l’attendre dans la chambre.
Il a fait ça vite, genre assez vite. Pendant que j’attendais, j’ai eu le temps d’enlever mes pantalons, mon t-shirt et mes bas. J’ai gardé mes bobettes. J’ai pouche-pouché mon lit de mon parfum, parce qu’il sent bon mon parfum. On me dit toujours que je sens bon. Ou bonne, entre fifs. Je l’ai entendu sortir de la salle de bain parce que la porte frotte sur le cadre. Il a parcouru le long corridor bruyant qui mène à la chambre. Il craque comme une vieille maison craque. Il est entré dans la chambre en sous-vêtement avec ses vêtements en motton dans une main et sa serviette humide de l’autre. Il était beau. En esti, même.
Je me suis rendu à la salle de bain à mon tour pour me doucher à la vitesse de l’éclair tout en m’attardant aux zones névralgiques : les fesses, les t’ssours de bras et le sexe. Juste au cas. Je ne voulais présumer de rien, mais une bouche sur un pénis est si vite arrivée! C’est mieux qu’il soit propre. Je me suis brossé les dents aussi et gargarisé avec du Listerine. Je voulais que ce soit presque parfait, qu’on soit beau et propre dans nos bobettes.