De la brume dans mes lunettes_extrait #10

Régine Café, 11h33.

Étonnement, il n’y a pas de line-up! Il y a TOUJOURS un line-up chez Régine. Hiver comme été, on attend un 15-20 minutes avant d’avoir une table, parfois plus. Mais c’est tellement bon que ça ne me dérange pas d’attendre. L’hiver, par grand froid, ils sont assez gentils pour servir des boissons chaudes aux gens qui attendent. Sauf que ce matin, il fait un vrai froid de janvier, humide et sibérien dans les -25 avec un facteur vent autour de -45. Le genre de froid qui fait crisper le tissu synthétique des manteaux. Faque on se les gèle! J’ai même du frimât dans ma moustache, c’est pour dire! C’est ça porter la barbe l’hiver.

Je marche rapidement devant la vitrine du resto et j’aperçois la 10 qui s’arrête au coin de De Lorimier. Au même moment, je reçois un texto d’Éric :

– Je sors de la bus!

La bus! LA BUS!!! J’ai beau lui répéter encore et encore qu’on dit UN autobus, mais il aime beaucoup me faire siller les oreilles avec LA bus et autres mauvais accords de français. Il vient d’une région, tsé. Une région pas si éloignée, il me semble, mais faut l’entendre sortir des expressions étranges du genre : « y fait brun d’bonne heure »! Bref, c’est bin important pour moi, le français, autant écrit que parlé et j’essaie de m’appliquer. Je reprends beaucoup mes amis, d’ailleurs. Comme une vieille institutrice gossante. Me manque juste la règle et les lunettes à chainette.

– Parfait, je viens d’arriver!

– Prends-nous un bon spot!

– Yessssir!

Parce qu’on est de belles et bonnes personnes, l’hôtesse/serveuse nous a proposé une table dans la section cozy, celle avec les chaises au style impérial ultra confos. C’est pas juste bon chez Régine, c’est beau et l’ambiance est réconfortante. C’est comme prendre sont p’tit dej chez une matante gâteau. J’essaie d’y aller au moins une fois par semaine. C’est une fréquentation qui habitait pas loin de là qui m’y a emmené la première fois. Ça sert aussi à ça, dater des gars. On découvre de nouveaux endroits, de nouvelles recettes, de nouveaux amis. Ça peut mener loin.

En garçon bien élevé, j’ai laissé Éric prendre son aise sur la dite chaise exagérée. Il était content. Il choisit toujours la banquette quand on va au resto. Pis j’aime ça quand mes amis sont contents. Anyways, Éric c’est pas un gars compliqué. Je lui aurais proposé un déjeuner assis par terre avec du bacon trop cuit au micro-ondes pis des œufs durs ensachés qu’il aurait trouvé ça cool.

Comme d’habitude, j’ai pris le Chic croissant. Avec un thé Buckingham, l’équivalent du English Breakfast. J’aime le thé aussi, beaucoup. C’est un ex-collègue du Starbuck qui m’a fait découvrir le thé. Au début, je buvais de l’infecte Salada, ew! Je ne sais plus trop pourquoi, mais j’en avais toujours une boite à la maison. Mais j’ai changé depuis. Je suis devenu plus bourgeois, avec le « temps », you know. Depuis, je m’approvisionne au David’s Tea – je suis un Grand buveur – ou je fais venir du thé Harrods de Londres quand mes vieux amis vont dans les Zeuropes. Chu exagéré d’même.

– Pis, mon beau lapin, parle-moi d’toi!

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