Très chère Pauline,
Pour cette dernière lettre, j’ai envie de t’appeler Pauline. Et j’ai envie de te tutoyer. Ce n’est pas par manque de respect, c’est justement parce que je te respecte beaucoup. Les gens que l’on aime et que l’on admire font un peu partie de nos vies et on a souvent l’impression qu’ils sont comme un ami proche ou un membre de notre famille. Et malgré la distance que la fonction oblige, je me sens proche de toi. Depuis des années, tu partages un peu mon quotidien. À la maison, plus jeune, à travers les discussions avec mes parents, et plus vieux, dans les médias, durant la course à la chefferie de 2005, aux cabinets de Montréal et de Québec, à l’opposition et au gouvernement.
Ma mère, que tu connais bien, m’a transmis cette passion pour la politique et le Québec. Elle et Denise, sa sœur que tu connais aussi. C’est de famille, il paraît. Je me rappelle encore les conversations familiales teintées bleu foncé où l’on était un pour tous et tous contre Yvan, l’oncle fédéraliste! Il n’y avait de la place que pour le Parti Québécois et l’indépendance de notre beau Québec. Et pas question d’aller à contre courant! Un LeBlanc (ou fils de), c’est souverainiste, point final!
J’ai vu ma mère faire de la politique pour donner ce qu’elle a de meilleur à sa communauté. Je l’ai vu donner du temps dans une campagne électorale ou l’autre et surtout, participer avec conviction et ardeur au référendum de 1995. J’étais jeune, mais je l’ai suivi dans son élan. Parce que son élan était inspirant.
C’est grâce à cette femme formidable qu’est ma mère que je t’ai rencontré. Je devais avoir 20 ans. Depuis cette rencontre, parce que le cœur a ses raisons, j’ai décidé de te suivre et de t’appuyer, bon gré, mal gré.
C’était à ton tour de m’inspirer.
Ce que j’ai vu chez toi, c’est de la conviction, de la générosité, du respect et de l’authenticité. Ce que j’ai vu, c’est une femme qui croit profondément que les Québécois seraient mieux servis à diriger eux-mêmes leur destinée. Ce que j’ai vu aussi, c’est une femme fière, forte et déterminée à tout donner pour en laisser le moins possible derrière. Une femme qui croit vraiment qu’elle peut faire une différence.
J’ai toujours cru que tu irais plus loin encore. Dès le jour où nous avons été présentés, je t’imaginais un jour devenir la première. De ces réunions de comité dans Taillon, aux trajets en voiture où je te conduisais vers un évènement ou un autre durant la course à la chefferie – jusqu’à peindre ton local de campagne! – à ton retour en politique en 2007, je savais bien que jamais tu n’abandonnerais. Et je savais aussi que quoiqu’il arrive, je ne t’abandonnerais pas non plus.
Jour un de mon militantisme, j’ai travaillé pour que mon entourage connaisse la personne inspirante que tu es. Puis, j’ai écris des lettres d’opinion dans les journaux, j’ai participé à des tribunes téléphoniques, j’ai, avec mon copain de l’époque, créé un site internet qui s’appelait « Pauline la pas fine » pour démentir tous les ragots qu’on racontait à ton sujet. Je t’ai appuyé à tout moment, même quand je n’étais pas d’accord, parce que c’est ça, la loyauté. Je t’ai écrit aussi.
Avec toi, j’ai vogué de défaites en victoires, j’ai traversé des eaux troubles et j’ai grimpé au sommet de l’État. Tu y es arrivée! Tu es devenue la première! Ma première! Le sentiment que j’ai vécu à ce moment était indescriptible. Un moment unique, inoubliable, j’en frisonne encore. J’ai pleuré, même. Pauline Marois, devenait ENFIN première ministre! La première! Après toutes ces années de travail et d’attente, après tous ces efforts et cet espoir, enfin les Québécois avaient compris. Et tu m’as donné ma chance : celle de te servir au meilleur de mes compétences.
Les Québécois ont compris, mais ils oublient vite aussi. Ils sont devenus aussi insondables que les gens de la capitale nationale. Ils sont capricieux, ils tranchent et punissent par les urnes, en ne visant souvent pas les bonnes personnes. Je sais qu’avec toi, on aurait déplacé des montagnes, on aurait fait du Québec un endroit plus prospère et des Québécois, des gens plus fiers. Je le sais. Il nous fallait juste du temps.
La politique, on ne le dira jamais assez, est un sport extrême. C’est ingrat, aussi. Tu le sais plus que quiconque. Tu as tout donné, surtout ce que tu as de meilleur pour ton Québec. Tu lui as donné 30 ans de ta vie. Et qu’est-ce qu’il te reste? Nous, moi, des gens fiers et honorés d’avoir pu te côtoyer, d’avoir pu t’aider à atteindre ton idéal et de nous avoir fait rêvé. Tu as marqué l’imaginaire de milliers de Québécois. Et avec toi, on a fait l’histoire.
J’aurais aimé être plus proche de toi, pouvoir te parler de mes impressions, de ce que j’entendais dans la rue, qu’on discute du Québec qu’on souhaite pour tout un chacun. J’aurais aimé pouvoir te servir plus longtemps et qu’on fasse, tous ensemble, de grandes choses et plus encore, l’indépendance du Québec. Avec ton départ, c’est un peu une partie de mon rêve qui s’éteint. Il faudra quelqu’un de bien charismatique pour te remplacer à la tête de l’État et du Parti Québécois.
Tu m’auras appris le sens des mots travail, loyauté, humilité et détermination. Tu m’auras appris à donner ce que j’ai de meilleur pour une cause qui en vaut vraiment la peine. Tu m’auras appris qu’on arrive à tout à force de travail. L’espoir fait vivre, qu’ils disent.
Merci pour l’espoir et les convictions!
Merci pour l’aventure et le rêve!
Merci pour la fierté et la confiance!
Mais surtout, merci d’avoir été ma 1re première ministre!
Désormais, quand je parlerai de toi, je t’appellerai Madame la Première Ministre, parce que c’est que tu es. La plus grande des premières.
Prends bien soin de toi, Pauline. Et si tu as besoin de moi, je serai toujours là, prêt à servir.
Ton plus grand fan.