Évidemment, Éric est témoin de notre échange, il est assis en face de moi. Même s’il joue avec intérêt à Candy Crush, bien avachi dans sa chaise de matante, il est attentif à mon échange et lève fréquemment les yeux quand je lui fais part de ce que j’écris et de ce que Mathieu me répond. Et évidemment, il me convainc de ne pas trop faire attendre le beau Mathieu. Il me souligne avec raison qu’un gars intéressé, beau et intéressant mérite à tout le moins qu’on s’y attarde et qu’on lui donne une chance (ou deux). Parce que c’est assez rare un gars intéressé, beau et intéressant, si le reminder est nécessaire. C’est pas rare, il y en a tout plein, mais vous comprenez ce que j’veux dire. Pis c’est aussi parce que je dis à qui veut bien l’entendre que j’ai envie d’être en couple. Faut que je sois conséquent.
Depuis le temps que j’ai accepté ma condition, que mon entourage le sait et que je vis activement ma différence sexuelle dans des lits inconnus, j’ai envie d’être en couple. Il me semble que ça va de soi. Je peux compter sur les doigts d’une seule main les amis qui n’en ont pas envie. Certains prétendent qu’ils préfèrent le célibat, mais je pense qu’ils se mentent à eux-mêmes. Et moi, mis à part quelques amourettes de quelques heures à quelques jours, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas ce que c’est partager avec quelqu’un au quotidien (sur une longue période), les matins collés de fin de semaine (semaine après semaine), les brunch à deux, le sexe à toutes heures, les discussions sérieuses. Mais j’ai aussi envie d’un gars qui va me faire vibrer, autant que les Life Savers rouges. Pis pour le savoir, bin, je dois le côtoyer. Donc, je le côtoierai.
Avant de se quitter, Éric et moi on a « élaboré » la stratégie de retour sur l’échange textos. Je dois le texter (ou le rappeler, c’est mieux) pour lui proposer une autre journée, genre un déj samedi matin ou une date romanticoquétaine dimanche soir. Avec bouffe, alcool et film. C’est un bon conseil que Éric m’a donné: « Si t’es intéressé, mais que tu as autre chose de prévu, propose une autre soirée, ça entretient la flamme ». C’est ce que je vais faire right now.
J’embrasse Éric, on se serre dans nos bras et on se dit « à la prochaine fois ». Je choisis d’appeler Mathieu, même si j’HAIS parler au téléphone!
(ça sonne)
(il répond)
– Oui, bonjour!
– Yo! c’est Sam!
– J’ai bien vu sur mon afficheur…que me vaut ton appel, beau toi?
– Bin, je voulais te proposer une autre date, étant donné que je peux pas vendredi. Que dirais-tu de samedi matin, pour le déj ou dimanche soir, ailleurs que chez moi?
– Ahah! Je choisirais bien les deux, mais je vais y aller pour dimanche soir. Tu veux venir chez moi?
– J’ai complètement oublié de te demander si t’habites seul…
– Non! J’ai une coloc, bin sympathique. Elle est très discrète par contre. Une vieille amie que j’ai connu y’a 10 ans à l’école. Le plus beau, c’est qu’on vit et on laisse vivre, si tu vois ce que je veux dire. Et on a un immense appartement, avec chacun notre salon.
– Nice! Bin si ça te dérange pas, on peut faire ça chez toi?
– Ça ne me dérange vraiment pas. Ça me tente beaucoup, même!
– Bon, parfait, mais c’est moi qui cuisine, ça te va?
– Excellent! J’ai hâte!
On a convenu d’une heure, que Mathieu irait chercher le vin et on a jasé menu un peu avant de se laisser avec le sourire et l’envie de se revoir. Ça s’entend un sourire. C’est fou ce qu’il me fait à l’intérieur. Moi qui jouait l’indépendant face aux textos de tout à l’heure, ça vibre en-dedans maintenant. Étrange.
C’est ça, les papillons?