De la brume dans mes lunettes_extrait #21

Le reste de la journée a été comme l’après-midi : magique. On est monté jusqu’au Belvédère et on est entré se réchauffer dans le magnifique chalet du Mont-Royal. On s’est assis sur deux chaises perdues près de la façade Est du bâtiment, sous les chauds rayons du soleil. Un soleil éclatant, un fait rare en cet hiver sibérien. J’ai même discrètement pris une photo de lui quand il a fermé les yeux pour profiter du moment. J’aurais voulu que le temps s’arrête.

On a continué à jaser de tout et de rien, surtout de tout pour apprendre à se connaitre davantage. Il me regardait souvent en souriant, sans rien dire avant de me demander de lui parler de moi encore. Après une trentaine de minutes, ragaillardis, on est redescendu par le grand escalier, on a coupé à travers les arbres, traversé le parc, l’avenue Du Parc et l’autre parc en longeant la rue Duluth et l’Hôtel-Dieu. Un peu plus loin, on s’est retrouvé au coin de Saint-Laurent et on a décidé de marcher un peu plus bas jusqu’au Juliette & Chocolat. C’était un bon  prétexte pour se réchauffer et continuer de parler un peu devant une boisson chaude. On a pris chacun un chocolat chaud Mexique 65 et un brownie à la fleur de sel à partager. Quétaine de même. La discussion s’est poursuivie sans trop d’intermittence outre nos longs échanges de regard silencieux et nos sourires béats. Comme si on se connaissait depuis longtemps. Comme si on se plaisait mutuellement.

On s’est laissé vers 17h30, lui montant dans la 55-Saint-Laurent vers le Nord et moi, en continuant de marcher d’un pas rapide vers la station Sherbrooke. On s’est serré fort en se disant qu’on avait déjà hâte au lendemain. J’ai attendu que le bus parte avant de continuer ma route. Malgré le froid, j’avais chaud dans tout mon corps. Et si c’était ça, le bonheur?

BELZILE (Élaine), Rimouski, Québec, 1992, ultrasensible, danseuse de ballet à ses heures, elle aime les films d’amour qui font pleurer, les romans fantastiques et les relations amoureuses impossibles.

Rendu au métro, n’ayant pas de plan précis pour la soirée, j’ai texté Hélène pour lui proposer d’aller manger des dimsums dans le quartier chinois, chose qu’elle accepta sans hésitation. Elle m’a proposé de texter Éric, Alex et quelques autres pour que le « party » lève. J’acquiesçai volontiers.

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Restaurant Chinatown Kim Fung, rue Saint-Urbain, 19h30.

– Je sais pas comment expliquer ça, mais ce gars-là me travaille. Din shorts, dans tête, pis dans l’cœur aussi, je dis à Hélène qui est arrivée en même temps que moi, avant les autres.

– Bin là, ce sont des résultats!

– Ouais! C’est comme un tourbillon dans ma tête, ça va vite, mais c’est fun!

– C’est le gars du café, ça?

– Lui-même!

– Rhooooô la la! Dis donc, c’est romantique tout ça!

– Ouais, je trouve aussi. Pis toi, ‘ment ça va?

– Oh moi, tu sais! Y se passe jamais grand chose de ce côté-là. Tu me connais, soit il n’y a rien du tout, soit je m’amourache de garçons qui prennent le meilleur de moi-même et qui disparaissent sans laisser de trace.

– Hélène, come on, je t’ai dit ce que tu devais faire pour que ce soit différent…

– Je sais, je sais, mais c’est pas si simple et tu le sais. Je suis timide. Ça me prend toujours beaucoup trop d’alcool pour simplement envisager l’idée de m’approcher d’un garçon pour lui parler et quand j’ai atteint ce stade, je suis trop saoul pour réussir mon approche.

– Tu dis n’importe quoi! Pis je sais que c’est pas simple, mais si la méthode que tu choisis chaque fois – la même – ne fonctionne pas, change! Y’a que les idiots qui répètent les mêmes choses en espérant un résultat différent!, je lui dis avec un clin d’œil complice.

– Eh oh! Einstein! D’abord, c’est pas les idiots, c’est la folie et ensuite, tu ne peux pas retenir MES citations contre moi! Et puis je sais tout ça! Et je fais des efforts, tu peux pas dire le contraire!, elle me dit fronçant les sourcils.

– C’est vrai! Tu fais des efforts, et ça paraît! Mais c’est pas automatique non plus. Faut  juste pas s’arrêter avant d’être arrivé au pont. Anyway, je te l’ai dit mille fois, tu rencontreras pas quelqu’un dans les craques de ton sofa. Tu vas rencontrer quelqu’un quand tu gloweras in the dark, dedans comme dehors.

– Mais pourquoi des poufiasses réussissent à se mettre en couple en ayant exactement les même issues que moi et moi j’y arrive pas? Hein?!

– Je sais, c’est vrai. Pis je comprends pas toujours pourquoi, mais visiblement, toi, moi, et tant d’autres, ça fonctionne pas comme ça, faut croire. Faque faut faire autrement : te mettre en vitrine, glower in the dark, te faire belle quand tu sors, sourire, croire en toi, faire des choses que t’aimes. Juste foncer. Pis un man’né ça va marcher. Te l’dis!

– C’est le travail de toute une vie!

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