Cécile la Grande

Ma très chère Cécile,

Quand j’étais petit, j’allais dîner chez toi le midi. Presque tous les midis. Tu m’accueillais avec ton tablier, tes cheveux blancs bien coiffés, ton sourire sincère et un bon pâté au poulet, du pain fraîchement sorti du four ou ta délicieuse soupe aux légumes. Pendant que j’ajoutais du bonheur à ma jeune panse, assis dans la cuisine de ta chaleureuse maison, tu faisais des mots croisés. Souvent aussi, tu tricotais une énième paire de bas.

Je jouais beaucoup dans ta cours avec ses deux immenses pommiers. Et dans le cabanon, notre « magasin », qu’on a 1000 fois réaménagé, Yan et moi. Tu me laissais aussi jouer dans tes armoires et faire semblant de cuisiner avec ton fouet à manivelle. Je me sentais bien chez toi.

Je me sentais chez moi, chez toi.

Il n’y a pas si longtemps, quand ma mère nous a fait le lift jusque dans ta nouvelle maison, ça faisait quelques années que je ne t’avais pas vue. Quand t’as ouvert la porte, en voyant « ton Luc » et « ta Julie », tes yeux se sont mouillés de joie. Tout de suite, j’ai constaté que tu n’avais pas changée, mis à part tes 91 années bien sonnées et ton dos légèrement courbé. Je t’ai trouvé belle.

Tu étais belle.

Le plus difficile pour toi, je l’ai senti, c’est d’avoir eu à accepter de perdre tes repères et de partir, loin de ton quotidien, de ta maison, de tes amis pour refaire ta vie plus près des tiens, en cas de besoin. Tu t’es résignée, bon gré mal gré. C’est triste, mais inspirant. Tu as compris que c’est malheureusement ça, vieillir.

Tu étais résiliente.

J’ai aussi vu tes pupilles brouillées de petits deuils encore vivants. Mais malgré tout, tu as gardé espoir. Tu es demeurée forte devant les épreuves. Tu es restée fière, confiante, toujours souriante. Toujours bien coiffée, bien habillée. Tu ne te plaignais jamais. Tu étais toujours prête à rire de bon coeur avec un rire contagieux. Tu continuais de t’informer sur le monde qui t’entourait. Tu étais encore aussi vive d’esprit qu’il y a 20 ans. Tu faisais d’ailleurs, chaque jour, encore et toujours, des mots croisés.

Tu sais, malgré mon absence et la distance de mes visites, tu vas me manquer. Savoir que t’étais là, quelque part, ça me rappelait que la vie pouvait être longue et belle. Et ça me rappelait de bons souvenirs. Tu as été ma grand-maman de proximité. Tu as été là pour moi, pour ceux que tu aimes, comme ça, comme toi, et c’est précieux. Tu peux regarder derrière et être fière de toi, de ta vie, du beau et bon travail que tu as fait. Juste merci d’avoir existé.

Tu es partie le 1er janvier dernier. Sans souffrir et sans déranger personne, comme tu le souhaitais. Ton cœur a cessé de battre et tu t’es endormie pour toujours, sans doute fatiguée par le poids des années. Mais il était grand, ton cœur. Ça n’a pas dû être facile pour lui de s’arrêter subitement. Il était capable d’aimer tant de gens et de faire sentir grand et beau. Simplement.

Repose-toi, maintenant, tu l’as bien mérité. Ton bon Dieu t’a ouvert les grandes portes dorées de son paradis. Juste ça, ça me réconforte. Samedi à l’église, je te voyais sourire de savoir que t’allais le rejoindre. Lui, Laurette, Marcel et quelques autres.

Veille sur nous, mais surtout, pense à toi. On va se débrouiller ici, et c’est un peu grâce à toi. Tu peux te dire que c’est mission accomplie.

Bon voyage, ma belle et précieuse Cécile.

2 réflexions sur “Cécile la Grande

  1. C’est super beau Luc et je sais que pour Cécile, ces souvenirs étaient beaux et précieux aussi merci de ces mots qui la décrivent si bien 🙂

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