Sculpter avec une hache

Le 7 avril 2014, mon rêve de voir Pauline Marois nous amener sur la route de l’indépendance s’éteignait encore une fois. Une deuxième fois, pis pour de bon. C’était il y a un an, jour pour jour. Cette journée-là, au QG, on sentait la tension et l’urgence. La dernière semaine de campagne avait été désastreuse : Pauline avait l’air exténuée, irritée, nos annonces importantes passaient en dernier de toutes les nouvelles de campagne, après la médisance et la calomnie, l’animateur Enquête avait mis le feu à la crédibilité de Pauline et de son mari en crachant des allégations infondées, les dirigeants du parti avaient décidé de tout miser sur la charte. Ark. Malgré ça, les bonzes du parti affirmaient sans douter que les sondages internes étaient très positifs. Nous, au front, au téléphone avec les militants, on savait bien que la soirée électorale allait être difficile. De là à perdre le pouvoir de cette manière, jamais, mais jour 1, on sentait qu’on s’en allait tranquillement, mais surement à l’abattoir. Avec le sourire.

Faque on a perdu. Au profit des Libs. Depuis, on ne parle que d’économie. Juste de ça. Équilibre budgétaire, emplois, coupures, une niaiserie de Barrette, une autre de Bolduc, une dernière de Blais. Du niaisage. Vous me direz que les Péquistes on aussi eu leur lot de dérapages et d’enfantillages, peut-être, mais nous au moins, on avait de grands projets pour le Québec (le Plan Nord de Charest et la Stratégie maritime de Couillard ne sont PAS des projets de société). Ça grouillait, c’était effervescent. Ça brassait, in a good way, comme seuls le PQ réussi à le faire. Depuis un an, c’est calme, oui, mais aussi c’est gris et plate. Pis c’est pas juste l’hiver. L’économie, je vous dis.

Jeudi dernier, je suis allé marcher avec quelques milliers de gens qui ne sont pas d’accord avec les dernières décisions du gouvernement. J’en suis en esti. En fait, la gestion de ce gouvernement-là, nonobstant le fait que je ne digère toujours pas la défaite de 2014, est outrageusement aléatoire. Avec ses ministres pantins qui parlent trop et ses décisions à courte vue, le gars qui parle des « vraies affaires » me donne la vague impression qu’on s’en va nulle part. L’économie, sti, y’a pas juste ça dans’ vie!

Faque pendant cette grande marche, j’ai vu toutes sortes de monde : des vieux à la retraite, des étudiants en grève, d’autres non, des syndiqués, des jeunes du secondaire, des enfants avec leurs parents. Chacun y était pour une raison ou pour une autre. Certains affirment ne pas avoir voté pour ça, d’autres veulent conserver un minimum de filet social, certains croient un tant soit peu à l’État providence, d’autres encore ont la justice et l’équité à cœur. Claro, il y avait un bunch de ce monde-là qui revendiquaient pour revendiquer, des grévistes professionnels, des syndiqués à jamais insatisfaits et d’autres – je les hais vraiment ceux-là – qui ne se déplacent jamais pour voter, mais j’ose encore croire que la majorité était là pour protester contre le difficile-à-accepter.

Un État bien géré, c’est effectivement important, mais tout est dans la manière. Bêtement couper pour économiser, me semble que ce ne soit pas LA solution. Et prétendre que c’est pour le bien des générations futures, connaissant la propension des Libs à favoriser les riches et leurs amis, c’est un peu insultant. Leur plan (il y a un plan, vraiment?!) est vague, mal communiqué et incohérent. Et le problème est bien plus profond que des économies de bouts de chandelle. Il est structurel. Comment l’argent transige entre nos poches trouées, le gouvernement, les ministères et les services à la population. Y’a clairement des claques qui se perdent. Les gouvernements se succèdent, mais personne n’a envie de se lancer dans une vraie refonte des services publics. C’est bin trop compliqué, pis tsé, faut se faire réélire aux prochaines élections! Faque on coupe. Pis ça sonne bin de toute façon l’expression « équilibre budgétaire ».

Ce qui me rappelle, comme je disais plus haut, que je ne vois AUCUN projet de société. À part l’emploi et l’économie, y’a rien qui semble stimuler les Libs. Genre rien.

Quand Barrette prétend repenser le système de santé, il donne plutôt l’impression de prendre une hache pour sculpter un 2″ x 4″. Ni très beau ni très efficace. Quand une réforme affaiblit les services à la population chèrement gagnés et payés, y’a une couille dans le potage. Quand je veux économiser, je vais au Maxi au lieu du Métro, mais je mange pareil. Je fais les mêmes recettes avec des ingrédients qui coûtent moins chers ou j’en essaie d’autres plus économes. Je n’arrête pas de manger et j’économise, c’est ti pas beau? Me semble que c’est pas compliqué?!

Là, ce qu’ils font, c’est vider NOS poches pour remplir celles de BOLDUC, entre autres.

Et comment peuvent-ils prétendre également qu’après avoir sauvagement coupé ils seront en mesure de réinvestir massivement. Je ne suis pas comptable, mais me semble que ça ne tient pas la route. En coupant, du monde perdent leur job, dépensent moins, paient moins d’impôts, les recettes de l’État sont moins importantes, l’économie ralentit. En coupant les subventions aux entrepreneurs, y’a moins de nouvelles entreprises ou de R&D, elles font moins d’argent, paient moins d’impôts et ainsi de suite. En toué cas. Je ne suis pas comptable comme je disais.

D’ailleurs, me semble qu’il serait temps que les entreprises paient un peu plus leur juste part pour la société. Il n’y a que le citoyen qui est considéré comme la vache à lait. Pourtant, il y a en sol québécois des entreprises milliardaires qui pourraient, eux, se serrer un peu plus la ceinture et être fiers de contribuer au ô combien attendrissant « équilibre budgétaire ».

Avec tout ça, pouvez-vous donc m’expliquer pourquoi autant de gens dans la rue prétendent ne PAS avoir voté pour ça et que les Libs soient ENCORE au pouvoir? J’ai beau poser la question, je peux compter sur les doigts d’une seule main les gens que j’ai croisé qui admettent avoir voté pour eux. Et sérieusement, vous avez renvoyé le PQ pour ça? Vraiment?

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