C’était un samedi. On m’avait demandé pour prêter le café pour un tournage. FUCK YEAH! Après La Presse +, La Presse format papier (oui, madame!), Canoë.ca, Montreal Addict et Les Petites Manies, j’ai dit oui sans hésiter! C’était pour une émission de télé sur les transgenres qui sera diffusée sur la chaîne Moi&cie en 2016. Pour plein de raisons, je trouvais que c’était louable de le faire.
On m’avait grosso modo expliqué le concept de l’émission : on arrive avec notre équipe, on film une entrevue avec les deux jeunes et un de leur parent, on consomme, on s’en va. L’affaire allait être ketchup! Ce que je n’avais pas vraiment réalisé, c’est qu’on parlait de jeunes. Des adolescents. 13 et 14 ans. J’ai été touché, genre VRAIMENT touché. Sur le coup, je me suis dit : « c’est jeune pour entreprendre un changement aussi important et radical qu’un changement de sexe ». Je n’avais juste jamais imaginé que ça pouvait se passer à cet âge-là. Vivre le drame d’être dans le mauvais corps, oui, mais entreprendre les démarches sérieuses et irréversibles, non. Les personnes que j’ai vu traverser ce « désert » étaient beaucoup plus âgées…et troublées. Des adultes, majeurs et consentants, mais fucking troublés. Nina Arsenault, par exemple.
D’ailleurs, j’ai assisté à son one-woman show, si on peut l’appeler ainsi. C’était un genre de biographie actée, un combat intérieur extériorisé et mis en scène. C’était troublant de détails, de vérités et de points d’exclamation en caractère gras. Décider, avec les moyens du bord et par tous les moyens, de devenir une femme (on parle ici de chirurgies multiples dans des pays où c’est moins surveillé ou d’injections maison de silicone). Beau. Douloureux. Irréel. Bouleversant. Parce qu’après tout ce récit, on comprend que sa recherche de féminité et son combat intérieur, malgré son statut affirmé de femme nouvelle et sa notoriété, n’aura probablement de fin. Sa vie de garçon, trop longue à ses yeux, aura possiblement diminué le bonheur tant attendu d’être enfin femme. Enfin, c’est ce que j’en ai compris.
Les ados de ce fameux samedi de tournage sont décidés. Audacieusement décidés. Ils sont peut-être malheureux dans leur peau originale, ils ont peut-être broyé du noir à un moment ou à un autre, mais ils sont positifs face à l’avenir. Ils savent qu’ils ont la possibilité de vivre comme ils l’entendent dans peu de temps. Ils veulent être du sexe que leur corps leur dit d’être. Et la solution existe, c’est pratiquement déjà acquis.
D’abord, ils sont nés ici, dans une société libre et démocratique, et pour leurs démarches commencées ou futures, c’est un gros plus. Ils sont chanceux et nous aussi. Nous sommes dans un pays de libertés et c’est une chance énorme. Aussi, ils ont des parents en or : ouverts, attentifs, aimants, compréhensifs, indulgents. Finalement et surtout, ils sont articulés. Ils sont capables de décrire leur état, d’exposer clairement les faits, de parler d’eux ouvertement, de leurs sentiments, de leur parcours, de leurs rêves. Ils sont au courant de la marche à suivre, des répercussions à court et moyen terme et des qu’en-dira-t-on. Inspirant au possible.
J’ai souri, j’ai été ému, j’ai pleuré. J’ai félicité ces jeunes-là pour leur force de caractère et de contribuer, d’une manière bien personnelle, à démystifier la « chose » et de faire avancer la société, une vie à la fois. J’ai remercié les deux mamans présentent pour leur ouverture d’esprit, leur grand cœur et de contribuer, à leur façon, au changement des mentalités. C’est à ce moment que j’ai pleuré. J’ai eu l’impression de vivre un moment unique, de croiser des gens d’exceptions, d’être quelque part de vraiment beau où les problèmes n’existent pas et où tout un chacun peut être qui il est sans complexe. Ça se peut tout ça et ça se passe ici.
Ç’a fait ma journée.