Mieux vaut être chauve que mal coiffé

Je sors de chez le barbier. Pis je suis pas content. J’ai payé beaucoup trop cher pour une coupe de ch’feux pis de barbe pas à mon goût. Pis je l’ai même tippé. Câlisse.

J’ai le droit d’avoir des exigences. Je n’ai pas beaucoup de ch’feux, mais ça ne signifie pas que je veux qu’on me fasse n’importe quoi. Je veux justement que ça ait l’air de que « quelque chose » malgré qu’ils soient courts et sans réelle coupe. Si je t’explique comment mon ch’feu pousse, écoute-moi, je sais comment mon ch’feu pousse. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas non plus, t’es pas mon coiffeur depuis 1000 ans, j’ai besoin de savoir que je peux te faire confiance, faque écoute-moi. Un minimum, me semble.

J’ai une belle barbe aussi, fournie, épaisse et colorée. J’ai aussi envie qu’elle soit bien taillée. Tsé, TAILLÉE, pas juste effleurée de ton clipper pendant une demi-heure. Parce que si tu ne me la tailles pas pour vrai, je devrai dépenser le même montant la semaine prochaine pour la faire tailler pour vrai, pis ça, je ne veux pas. Si je te dis que je n’aime pas telle ou telle affaire, j’ai l’droit, après tout, c’est moi qui paye. Et ton rôle, c’est de me faire ce que je demande. Parce que je ne te connais pas. Ni ton style ni tes compétences. Et que les ch’feux pis la barbe, c’est un sujet sensible, me semble. C’est quand même moi qui va me promener avec ça su’a tête pis dans ‘face.

Si j’ai l’air angoissé, ne fais pas subtilement signe à ton voisin-de-chaise-coiffeur-lui-aussi pour me « rassurer » avec un ton condescendant. No fucking way. Dire quoi faire et ce que tu veux à un coiffeur que tu ne connais pas, même si c’est pas super clair, c’est un droit fondamental. C’est son rôle de comprendre ma demande et de s’exécuter le mieux possible. C’est aussi de vérifier en cours de route si tout va comme souhaité. Je suis peut-être un client exigeant. Mais je pense juste aimer en avoir pour mon argent. Faque prends ton gaz égal, c’est moué qui décide.

J’étais aussi entouré de trois gars. Coiffeurs et clients. Assurément straight. Ça parlait de chicks pis de bars de chicks. J’étais donc minoritaire et en terre étrangère. On était quatre dans un espace gros comme un gosse. Une petite gosse. Faque, en expliquant mes affaires, dans les jambes de tout l’monde, j’ai senti qu’on me prenait pour une princesse. Me suis senti jugé sur mes exigences plutôt simples. Je suis une princesse, certes, mais c’est aussi peut-être parce que je sais ce que je veux et ne veux pas. Et je réclame le droit d’être une princesse en tout temps et surtout quand il s’agit de ma tête. Fin de la discussion.

En fait, ça m’a fait réaliser que j’aime offrir un service impeccable. Enfin, essayer de. Ce que j’ai reçu ce matin, n’était pas du tout un service à la hauteur de quoi que ce soit. Sontaient gentils, mais un brin au-dessus de leurs affaires et surtout pas très attentifs. Je ne considère pas que le client a toujours raison, mais presque. Un client qui vient au café et qui n’aime pas mon café, je jase avec lui, je lui en fait un autre et si ça ne convient toujours pas, je ne le fais pas payer. Mon minimum. Si un client me demande de lui faire un grilled cheese sans fromage, on va jaser aussi, je vais possiblement rouler des yeux sans m’en rendre compte, mais je vais lui faire quand même. Avec le sourire. Parce que j’offre un service qui, je l’espère, sera à la hauteur de ses attentes. Un client qui-veut-avoir-raison, mais qui n’est pas arrogant dans sa démarche est un client qui mérite d’avoir raison. Il me semble.

Bref, j’en ai parlé toute la journée. Genre toute la journée. Ça m’a gossé big time. Pis je n’y retournerai pas. Je suis au moins certain de ça.

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