Être critique de nos jours, c’est donné à tout le monde. On va au resto, au théâtre ou à un show de musique et, sur le chemin du retour, on peut faire part de nos impressions au monde entier. TripAdvisor, Yelp, Facebook, e tutti quanti.
On l’a lu et entendu à tout vent : à cause des réseaux sociaux, bla, bla, bla. Effectivement, tout le monde peut s’improviser ce qu’il veut quand il veut pour tout et rien. Je l’ai fait, tu l’as fait, tout le monde le fait. Je le fais encore, d’ailleurs. Je blogue.
Il y un an ou deux, j’allais au théâtre compulsivement. J’avais des cossins à régler dans mon for intérieur et le théâtre me permettait de ressentir l’essentiel. À force d’en voir – une vingtaine de pièces en autant de semaines – sans pour autant me déclarer professionnel en la matière, je me suis improvisé critique de théâtre. Selon mes critères, mes impressions, mon feeling. J’essayais de le faire intelligemment et constructivement, mais tsé, tout est sujet à interprétation. Ce qui est bien pour un, ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Entre autres, j’ai fait une critique de la première lecture publique du roman d’une connaissance, le tout mis en scène. Un premier pas, disait-il, vers la création d’une pièce de théâtre en bonne et due forme. Il n’a pas aimé mon texte d’opinion et, à l’époque, je ne comprenais pas pourquoi.
Une lecture, à priori, c’est un laboratoire. C’est à ce moment que l’auteur teste des affaires et qu’il jauge la réception du public et le potentiel à moyen terme. C’est comme ça que j’ai vu la chose et j’ai cru ma critique positive malgré la critique, justement. Le truc, c’est que j’aurais dû lui envoyer personnellement, pas la partager avec mes 555 amis. Parce qu’en fait, ce que j’ai risqué de provoquer, c’est un possible désintéressement par quelques personnes de sa pièce en devenir. J’ai fait une critique dont les points « négatifs » risquaient de nuire à l’image de son projet. Pas que je crois avoir tant de lecteurs ni une notoriété whatsoever, mais tout commentaire négatif peut être attrapé au vol par des yeux inexpérimentés et/ou manquant de jugement. Et le mal, il se fait une critique négative à la fois. Demande à Pauline.
Pis parfois, c’est mieux de ne rien dire. Qui suis-je pour m’improviser critique, anyway.
C’est que, depuis l’ouverture du café, j’ai reçu plusieurs commentaires. Surtout positifs, heureusement, mais quelques personnes, deux au demeurant, n’ont pas aimé telle ou telle affaire. Un n’a pas aimé la température de son café ni notre biscuit sandwich, pourtant un must auprès des clients (trop sucré et « vulgaire », selon lui). Il nous a donné 2 étoiles. L’autre n’a pas aimé l’attente un dimanche après-midi beaucoup plus achalandé qu’à l’habitude (genre l’apocalypse) et est même partie sans avoir consommé les cafés commandés. Elle nous a donné 1 étoile.
Oh well. Que dis-je, virgule, OH WELL.
L’attente, généralement, c’est on ne peut plus involontaire. Ça dépend vraiment du nombre de personnes qui arrivent plus ou moins en même temps et qui commandent aussi plus ou moins en même temps. Et même si on met toutes les mains disponibles à la tâche, ça se peut que ce soit plus long qu’à l’habitude. On a juste une machine. Elle fait des cafés 30 secondes à la fois. Ça ne s’excuse pas, mais une personne sensée devrait comprendre ça. Au pire, si c’est trop long, annules ta commande avant de partir, sinon, on a perdu notre temps tous les deux. Et dans les circonstances, me punir ne sert vraiment à rien.
Un café trop chaud, ça se dit à celui qui l’a préparé, sinon c’est toi qui vis un moins bon moment. Le dire à la Terre entière quand il suffit de le mentionner au barista et peut-être l’aider à faire mieux pour toi et tant d’autres, c’est plus constructif. Enfin, il me semble. À moins que tu ne sois là que pour chiâler. Ça se peut, ça aussi. Qui plus est, refuser que le propriétaire de l’entreprise communique avec toi suite à une critique assassine, c’est un peu lâche. Just sayin’.
Faque j’aurais dû envoyer ma critique à l’auteur, c’eût été mieux.
Une critique, c’est bien, c’est même sain. J’en veux des positives et des négatives. J’ai aussi envie que le client qui fera une critique m’en parle aussi de vive-voix. C’est généralement ce qui arrive et tant mieux. Ça aide à progresser. Pis Jésus veut que tu aides ton prochain. Une critique au comptoir, avec le responsable du café trop chaud ou de l’attente interminable, c’est fucking hot, finalement. Parce qu’une critique émanant d’une frustration passagère reste et fait inutilement baisser la moyenne. Pis ça gosse.
Heureusement, je crois que le monde sait se faire sa propre idée et ne se fie que rarement aux critiques et étoiles galvaudées sur la toile. Quoique.
En terminant, j’ai lu un commentaire sur un autre établissement qui m’a laissé un peu pantois. Et j’ai eu envie de dire (crier) ceci :
Si tu trouves ton expérience bin winner dans un café de troisième vague, mais que tu donnes trois étoiles juste parce que t’aimes PAS le café de troisième vague (tu préfères le Van Houtte, tsé), c’est con. Overall, t’as passé un bon moment et c’est un peu tout ce qui compte.
En gros, comme pour tout dans’ vie, prends ton gaz égal pis toute va bien aller.