Il y a des moments où, financièrement, ça va moins bien. T’as beau vouloir, essayer, espérer, chercher un autre job, trouver l’idée du siècle, les comptes arrivent à vitesse grand V et l’argent fraîchement accumulée (ou pas) disparaît sans crier « terminus d’autobus ». Souvent et inévitablement, c’est durant cette période qu’il y a plus de comptes à payer et de chèques en circulation que d’argent disponible. Life sucks, parfois.
Et si tu crois que t’es seul dans cette histoire, rassure-toi, il y a toujours une institution bancaire qui pense à toi et qui sera toujours prête à te rappeler gentiment que ta vie, c’est d’la marde.
Cette semaine, un ami m’a dit : « ma paye a été déposée ce matin, mais j’avais pu une cenne dans mon compte depuis deux jours pis y’a un chèque qui est passé ». Si j’avais moi-même dit cette phrase-là, j’aurais ajouté un « câlisse » bien senti.
Pas de fond dans ton compte bancaire correspond presque toujours à la mention «frais effet sans provision ». Accompagné d’un 45$ qui fait mal dans les circonstances. Une petite note assassine qui te rappelle que c’est pas facile dans tes poches ces temps-ci. Une remarque désespérante qui te ramène gracieusement à l’ordre pour te dire que tu gères mal tes affaires. Ou que tu fais jamais assez d’argent.
On sait tous que quand t’as pas une criss de cenne, t’as quarante-cinq belles piastres à flauber dans l’vide. Le « vide » qui correspond aux poches déjà pleine de ton institution financière qui fait des profits sans nom. Me semble que c’est logique. Attends, il est écrit zéro au bout de la ligne, mais c’est pas suffisant, tu peux aller dans le moins. Un peu plus bas, un peu plus loin. Joie.
Je comprends que le quarante-cinq dollars en question est comme une contravention suffisamment salée pour que tu t’organises et que ça n’arrive plus. Comme un ticket de stationnement. À force de te parker au mauvais endroit et de te faire pogner, tu te stationne ailleurs, où c’est permis. En principe. Et je suppose que plusieurs ont abusé par le passé, « obligeant » les banques à punir plus sévèrement. Mais mettons que ça ne t’arrive pas genre souvent slash genre une fois par année parce que t’as oublié un chèque en circulation et que le destinataire a pris huit mois pour le déposer. Mettons. Ça arrive. Un oubli. Une erreur. Me semble qu’une période de grâce pourrait être de mise. Je dis ça d’même.
Ça nous est tous arrivé à un moment ou à un autre d’oublier un paiement en attente. On ne passe pas nos journées à surveiller nos dépenses. Pas moi, en tout cas. Et chaque fois, on a dû payer le fameux frais. Et chaque fois, ça a fait mal à l’orgueil. Chaque fois encore on nous a dit que c’était automatique, que le système informatique opérait tout seul, comme la volonté du Saint-Esprit. Chaque fois, on a négocié avec notre banque pour qu’elle efface cet accroc à notre cote de crédit parce que hé! sans cote de crédit, on n’existe pas.
Je me souviens avoir déjà essayé de faire entendre raison à la madame de la Caisse : « Madame, c’est pas de votre faute, mais si j’ai déjà pas d’argent pour payer cette facture-là, comment pensez-vous que j’arriverai à finalement la payer avec les frais que vous m’imposez? Comment pensez-vous que je vais me sortir de la marde si chaque fois que j’essaie d’y arriver, vous en rajoutez une couche? Pis Desjardins à part de t’ça, c’est pas supposé être une coopérative qui s’occupe de ses membres? Genre, m’appeler avant pour me demander quand le chèque pourrait être déposé pour éviter cette discussion inutile? GENRE!
Mais non, Desjardins, c’est une banque, comme les autres, et elle s’en criss pas mal de tes bonnes intentions. Le profit avant tout, man.
J’ai d’ailleurs passé toutes mes années de vie adulte à tonner contre Desjardins. De tous mes poumons. Pour l’incompétence avérée de ses « conseillers », pour le changement de cap sous le joug de Monique Leroux, pour le manquement à sa mission première qui est d’aider le petit épargnant, pour avoir détruit l’œuvre d’Alphonse-le-Commandeur, pour ses restructurations sans fin, pour les ristournes fantômes. Pour l’ensemble de son œuvre. Vrai, Desjardins a été assez fine pour me prêter pour mon entrée dans le monde de l’immobilier et pour l’ouverture de mon café, mais jamais sans garantie, jamais avec le sourire pis une petite tape dans l’dos. Mettons que pour la coopération en situation de crise, on repassera.
C’est comme les assurances qu’on paye toute notre vie en cas de vol. Fais toi pas voler, parce que tu devras payer un déductible et chèrement par la suite pour les biens qu’ils te remplaceront.
Tout le monde se sert tout l’temps, partout. C’est ça, le capitalisme. Merci à Bernie d’en faire part au monde entier, même si je crois que toute l’opération demeure utopique.
J’imagine que tout ce beau monde-là, les banques au premier chef, a adhéré à l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera ». Parce que ce n’est certainement pas eux qui le feront.