J’y reviens souvent, je sais. C’est que, you know, la vie est remplie de rebondissements. Et que parfois, la discussion et les « accommodements raisonnables » ne suffisent plus.
Pourquoi écrire tout ça. Je ne sais pas. Ça me fait du bien, je crois.
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Nous voilà de nouveau redevenus deux. Pour le mieux, semble-t-il. C’est ce que nous avons convenu après une âpre discussion et d’autres plus calmes. Pour le mieux, je disais. Malgré tout, malgré la sensibilité de nos échanges, le respect de la démarche et la profonde affection ressentie l’un pour l’autre, le bouleversement est brutal. Ne ne faisons plus un.
Du jour au lendemain, on devient, à toutes fins pratiques, des inconnus. Celui qu’on embrassait tendrement la veille ou contre lequel on se blottissait naturellement la nuit, prend ses distances. Les discussions du quotidien sont légères et désincarnées, on marche un peu sur des œufs déjà cassés, on fait chambre à part. Le sommeil est troublé, certaines réflexions jusque-là endormies se réveillent, l’émotion générale est à la survie, on occupe son temps le plus possible pour éviter de trop penser. Mais un moment de pause et on repense systématiquement aux raisons et aux « qu’est-ce que j’aurais pu faire de différent ». Des jours ça va, d’autres moins. C’est variable, comme le temps. Des jours on pète le feu, le lendemain, on se ramasserait à la petite cuillère. Après la pluie, le beau temps.
Mais les raisons, on les comprend tous les deux. Il y a peu de doute sur le pourquoi du comment. Mais c’est soudain. Comme toujours. Ça fait mal. Comme toujours. Ça anesthésie aussi.
Heureusement, on ne passe pas toutes nos journées à ruminer. Le travail occupe beaucoup. Et après le travail, il y a les séries télé, les amis, les activités. Et la douleur, vive, diminue tout de même un peu de jour en jour.
Le plus difficile, c’est la nuit. Le sommeil déjà léger, il devient quasi absent pendant plusieurs jours, semaines. Et les souvenirs reviennent en force, les beaux moments et les images heureuses qui font que « maintenant » est une étape difficile à traverser. Parce que hé! c’est un peu plus de deux ans de nos vies partagées qui partent momentanément (et temporairement) en fumée. Et c’est à ça qu’on devrait se raccrocher, les beaux moments. Ceux qui nous ont rendu fuckin’ heureux. Mais trop souvent, et à tort, on se rappelle les chicanes, les discussions pénibles, les incompréhensions et le « maintenant » avec les mots qu’on ne partage plus et l’intimité désormais secrète. On « s’enferme » dans nos pièces respectives, on ne se dit plus au revoir le matin ou si peu, on ferme la porte quand on se brosse les dents.
Mais on n’a pas envie de drame. Juste du calme. Exit le maudit drame. Y’a toujours ce profond respect dans l’air et ça se passe plutôt bien dans les circonstances. On se retrousse les manches, on se relève et on continue notre route. Sur deux routes différentes. C’est tout.
Et la différence cette fois-ci, c’est que je n’ai pas le loisir de m’abandonner. J’ai une job dont je suis le héro. Je n’ai pas le choix d’entrer au travail, de sourire et de performer au meilleur de mes capacités. Pas toujours facile, mais valorisant. Et satisfaisant. Le sourire des gens me fait du bien.
Nous savons qu’après la tempête, c’est du gros bonheur sale qui nous attend. Comme on le mérite tous les deux. Et cette fois-ci, l’affection mutuelle sera plus forte que la distance de la décision, je le crois. Parce qu’il me semble que ça devrait être naturel, qu’après autant de temps passé ensemble, après avoir échangé tant de belles choses, tant de mots doux, de sourires complices, qu’on ne s’oublie pas. Il me semble, en tout cas.