Appelle ta soeur

Cet après-midi, j’ai texté à ma mère la liste de courses à faire pour le café et pour lui demander une info. Elle m’a répondu que les courses seraient faites demain, qu’elle aurait mon info après avoir récupéré son dossier au travail et qu’il y avait eu un écrasement d’avion aux Iles-de-la-Madeleine faisant sept victimes, dont Jean Lapierre. Pour l’écrasement, je savais. Pour Jean Lapierre aussi. Son texto finissait par : « je suis triste ».

C’est étrange. Je suis triste aussi. On semble tous tristes. Je n’ai qu’à regarder mon fil d’actualité pour le réaliser. D’abord, Jean Lapierre, au-delà de son allégeance politique, était un homme d’une rare intelligence. J’aimais son humour aussi, un humour à la fois gras et fin. Finalement, j’ai toujours admiré son éloquence. Il savait quoi dire et comment le dire. Bref, ça laissera un grand vide dans le paysage médiatique, je trouve.

L’échange de textos avec maman s’est poursuivi :

« Il lui restera une fille. Quelle tristesse. Je suis vraiment triste ».

Et finalement :

« Enfin, essayons de profiter de la vie maintenant. Profitons de chacun de nous xxx »

« Peu importe nos défauts, savourons la vie ensemble ».

Elle a raison sur toute la ligne (les lignes).

Quelle tristesse, d’abord. Une famille presqu’entièrement décimée dans un écrasement d’avion. Pas besoin d’être celle de Jean Lapierre. Pas besoin d’avion. C’est juste triste qu’un événement pareil se produise. Aux Îles, la mère de Jean les attendait pour enterrer son mari. Elle devra maintenant enterrer quatre de ses enfants. Ark. Personne ne peut rester indifférent à ça. Pour elle, le choc sera long à absorber, probablement long comme la route Montréal-Les Îles, à pieds et à la nage, aller-retour, 1000 fois. Triste, douloureux et long.

Ensuite, quel reality check redoutable. Demain, on ne sait pas ce qui arrivera. La vie ou la mort. Ça se résume pas mal à ça. Donc, profitons de la vie. Jour après jour, du mieux qu’on le peut. Et à partir d’aujourd’hui, même si ça aurait dû commencer hier ou avant-hier, dites à ceux que vous aimez que vous les aimez. Souvent. Tout l’temps. Tant qu’il y a de l’amour, il y a la vie et tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir.

Je l’ai répété souvent, j’ai été chanceux. Je suis né dans une bonne famille. J’ai été bien entouré, bien guidé, beaucoup aimé et profusément encouragé. Ma mère m’a souvent répété les phrases plus haut. Genre moult fois. Pis de croire en moi et en mes rêves. Mais on fini par l’oublier, surtout dans les moments plus difficiles. La vie, c’est souvent flou, pis parfois c’est complètement noir, mais y’a une estie de belle lumière au bout du tunnel. Chaque échec est le prélude d’une victoire. Grande ou petite. Presque toujours.

Allons-y avec les moyens du bord. Tous les petits moments de bonheur ou de bonheur-en-devenir comptent. Faisons le plein comme on peut et comme on veut. Un souper au resto, ok. Donner une deuxième chance à un ami, ok. Faire l’amour à son chum, ok. Faire une ride de vélo, ok. Monter dans l’AZUR pour deux stations, oh yeah! Toutes les raisons sont bonnes de se réjouir avant qu’il ne soit trop tard.

J’ai aussi croisé le weekend dernier une ex-collègue en rémission d’un cancer. Depuis cet événement et les récentes opérations, elle a revu ses priorités. Elle s’est revue travailler comme une folle et ne plus compter ses heures. Et oublier l’essentiel. Elle, sa vie, son entourage, ses envies. Elle ne le fera plus. Plus jamais comme avant. Parce qu’elle est passée à deux doigts de la mort. Ça remet certaines choses en perspective. À la fin de notre discussion, on a convenu qu’un projet déposé en retard fera grincer les dents du patron, mais la Terre n’arrêtera pas de tourner. Et personne ne va mourir. C’est toujours bien de se le rappeler.

Donc, en gros, soyons quétaines, mais vrais : n’attendons pas un événement tragique pour vivre. La vie, c’est maintenant.

Sur ce, m’en va appeler ma sœur. Pour lui dire que je l’aime malgré ses défauts. Wink.

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