Quand j’ai rédigé mon plan d’affaires, j’ai essayé d’y aller dans le détail : clientèle visée, groupes d’âges, offre de services, secteurs privilégiés, menu, liste de prix, etc. Évidemment, on pense à tout ce qui est prévisible et on tente de prévoir l’impossible. Trente-sept pages de réflexions, de tableaux et de prévisions. Dans tout ce processus de rédaction, une seule chose m’a vraiment échappée : les fucking ressources humaines.
Je n’avais jamais « dirigé » des employés. J’ai eu quelques bénévoles à aiguiller durant deux campagnes électorales, sans plus. Et les collègues sous ma terrible gouverne étaient des gens avec qui je m’entendais déjà bien et qui n’avaient pas vraiment besoin de patron. Un bénévole, de toute façon, c’est de l’or en barre. Ça donne du temps, beaucoup de temps et souvent son cœur pour une cause qui lui est chère. Généralement, donc, tout beigne avec eux, sauf rares exceptions. Mais un employé, c’est pas pareil. Ça échange un travail contre rémunération. Ses attentes ne sont pas les mêmes. Les miennes non plus.
Donc, les ressources humaines. Un joyeux mélange de psychologie de garage, de gestion chaotique d’horaires, d’émotions à apprivoiser, de remplacements d’employés malades, d’égos à gérer et de communication perpétuelle. En tant qu’ex-employé-petite-vache, je n’avais pas réalisé à quel point il pouvait être difficile d’être patron. Je comprends mieux, maintenant.
Je n’étais pas un bon employé. J’avais régulièrement l’air bête (possiblement tous les jours), je grognais à la moindre demande et j’évitais les rencontres d’équipes et/ou les 5@7 de bureau. Je considérais donner suffisamment de mon temps à un travail qui ne me plaisait pas tant pour en partager davantage avec les collègues APRÈS les heures de travail. J’étais pas super fin, je le réalise maintenant. Je ne rendais pas la tâche très à facile à mes patrons.
Tout ça pour dire que j’apprends chaque jour à être le boss. Je dois réfléchir à chacune de mes réactions, ne pas tout dire ce qui me passe par la tête, contrôler mon trop-plein d’émotions, absorber le leur, apprendre à écouter, à ne pas juger, à être compréhensif et continuer à servir les clients avec le sourire. Pas. Tous les jours. Facile.
Dans les deux derniers mois, les ressources humaines ont été tout sauf un long fleuve tranquille. En fait, c’est ce qui gruge le plus clair de notre temps. Un employé qui s’en va pour réaliser son rêve, un autre qui tombe malade une journée et qu’on doit remplacer à pied levé, hangover, avec 3 heures de sommeil dans l’corps, un autre qui quitte pour l’été, des discussions difficiles, répétées, deux congédiements, des entrevues, des embauches, de longues heures de travail. Ça et tant d’autres tâches. Et, je le répète, tout en gardant un sourire affable et sincère pour notre merveilleuse clientèle qui ne mérite que le meilleur. Les joies de l’entreprenariat. Ah!
Les ressources humaines donc, ce n’est pas mon sport préféré.
Et avec tout ça, le congélateur a rendu l’âme, le lave-vaisselle a dû être réparé deux fois dans la même semaine, la machine à glace est capricieuse. J’ai dit à la blague que notre monde s’écroulait un morceau à la fois. Wink. Mais il y a pire (parfois, je me le demande, haha!). Pis maintenant, quand une badluck nous tombe dessus, plus rien ne surprend. Emmènes-en des drames! Mon associée répète que nous sommes des arbres qui plient sous le vent. On plie en esti, pis on se redresse aussi vite. Système D dans l’tapis. Ainsi va la vie.
Les petites épreuves des dernières semaines, autant personnelles que professionnelles, nous rendent plus fort. C’est quétaine, mais vrai. Pis on a de bons employés, malgré tout. Double wink. Ma façon de leur dire merci, c’est de leur laisser le plus de latitude possible et de leur faire confiance. C’est en faisant confiance et en lâchant prise sur certaines variables qu’on est capable de grandes choses. Même au quotidien. Pis ça, pour moi, c’est le plus important.