Courir comme Phidippidès

Dimanche, je me suis rendu au fil d’arrivée du marathon de Montréal. J’ai une amie, un peu folle il va sans dire, qui s’est dit que c’était une bonne idée, après avoir fait le demi l’année dernière, de le faire au complet cette année. Vraisemblablement, la prochaine étape sera sans doute un triathlon ou un ironman. Folle de même 😉

C’est donc au kilomètre 41,7 que je l’attendais. J’étais bin trop ému. Parce qu’on va se le dire, c’est courageux en esti. C’est tout un dépassement de soi. Parce que tu dois avoir envie d’abandonner quelques fois durant la course. Parce que tu dois avoir crissement mal partout pis que ça doit être un peu plate à la longue de courir pendant 5h. Si tu le fais au complet, c’est ta tête qui est assez forte pour dire à ton corps de continuer. C’est inspirant au possible. Phidippidès en est mort, c’est dire l’effort que ça demande. Pis hier, en l’attendant, ce qui était d’autant plus beau, c’était de voir les coureurs, eux aussi épuisés, encourager ceux qui ralentissaient ou s’arrêtaient à 500m de l’arrivée. Ça, pis le monde qui encourageait le monde tout au long du parcours. Super beau, je vous dis.

Faque, quand je l’ai vu, je lui ai crié : « dans 500 mètres, tu seras marathonienne ! ». J’ai un peu pleuré comme un fillette pis j’ai couru avec elle la centaine de mètres qu’il restait avant l’arrivée. C’était ma façon de l’encourager à aller jusqu’au bout. Elle a de quoi être fière, même si depuis hier elle se déplace comme un vieux gorille ! :p

Tout ça me ramène encore et toujours à réfléchir (surprise). J’étais hangover solide, je n’avais pas assez dormi il va sans dire, j’étais émotif (no shit), j’ai donc inévitablement réfléchi au sens de la vie. Soupirs. Pis je me suis demandé pourquoi moi, je n’en faisais pas un, un marathon ? Pourquoi je préfère me pacter la face le samedi soir plutôt que de me fixer des objectifs de vie plus sains, genre courir 42km once in a while ?

Revenu à la raison et voyant le vieux gorille se déplacer péniblement d’une pièce à l’autre, je me suis rappelé que chacun avait ses objectifs. Plus jeune, après une série de moments bizarres et de réveils avec l’impression-de-fin-du-monde, j’avais l’objectif assez large et imprécis de trouver le bonheur. C’est vaste « être heureux » vous me direz, mais pour certain, c’est un esti de cheminement. J’étais pas très loin déjà, mais disons que j’avais souvent le bonheur triste. J’ai consulté beaucoup – quelques années, tsé – j’ai travaillé fort et j’ai fait des choix. Parce que la vie est une question de choix. Je n’aimais pas ma job, j’ai changé. Je voulais faire des études universitaires pour avoir l’impression d’être quelqu’un, j’ai obtenu un baccalauréat. Je n’étais pas bien dans mon couple, je l’ai quitté. Je voulais être plus en forme, je m’entraîne régulièrement depuis en salle et à la course. J’ai aussi fait le choix de m’éloigner autant que faire se peut des énergies négatives, au nom d’une certaine santé mentale. Des choix sains, genre. Pour moi. Pour d’autres, c’est de faire abstinence d’alcool pendant un mois, de courir un marathon, de déménager en campagne. Chu juste pas rendu à courir 42 km dans ma tête, c’est tout. J’ai d’autres affaires à faire avant je pense.

Courir un marathon, c’est accepter de faire quelques sacrifices. Arrêter de consommer de l’alcool pendant un certain temps, surveiller son alimentation, se coucher tôt, courir beaucoup, plusieurs heures, recommencer. Toutes des affaires que je n’ai pas envie de faire en ce moment. C’est possiblement ça qui me déçoit. Je pourrais le faire, j’aimerais avoir le courage de l’abnégation, mais j’aurais l’impression de manquer trop d’affaires en ce moment. Un sacrifice de plus serait un sacrifice de trop. J’en suis encore là. Par choix. Je choisis la fête, les amis, la gratification instantanée, de rentrer aux petites heures du matin, de danser sur un podium comme si j’avais encore 20 ans. J’ai tellement fait de sacrifices depuis que je suis devenu « entrepreneur », j’ai tellement peu de loisirs depuis deux ans que je me garoche dans ce que je connais et qui me fait du bien. Ça me donne l’impression de vivre un peu. Parce que c’est bin l’fun faire du café, mais c’est beaucoup d’heures à faire juste du café.

Faque pas de marathon cette année. Pis peut-être pas l’année prochaine non plus. Je vais juste continuer à courir pour le plaisir et à le faire un peu plus longtemps chaque fois pour me dépasser à la hauteur de mes ambitions. Chacun ses objectifs, finalement.

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Récemment, on m’a présenté comme barista. Ça fesse. J’ai tout de suite gentiment, mais fermement repris la dite personne : je suis avant tout propriétaire d’un café. Déjà que j’ai un peu l’impression qu’il ne se passe rien de bien excitant dans ma vie à part avoir une entreprise populaire et rentable, je n’ai pas envie qu’on me voit comme un simple barista. Y’a pas de mal là, c’est juste qu’il y a une différence entre une « job d’étudiant » et une entreprise qu’on tient à bout de bras. Genre.

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