T’as été le premier grand amour de ma vie. Je t’ai aimé chaque seconde. Pendant toutes ces années. Avec des papillons pis tute. Du début à la fin, même dans les moments moins fun où on se traitait comme d’la marde. Je t’ai aimé comme possiblement je n’aimerai plus. Non, pas vrai, j’aimerai encore. J’aimerai aussi intensément, passionnément, dramatiquement et de tout mon cœur. Mais j’aimerai différemment. On n’aime jamais deux fois de la même façon, de toute façon.
Ce soir-là, t’as suivi un de tes amis au C’est extra. Tu sortais d’une année impossible à imaginer. Fallait que tu vois du monde. J’y étais aussi, avec une face-de-carême-de-kossé-que-je-fais-là et des amis communs. Je t’ai vu et tu m’as plu. Je t’ai offert un verre. Quétaine de même. Parce qu’à une époque pas si lointaine, c’était encore romantique d’offrir un verre à un prospect. Tu l’as accepté, on a jasé puis on a dansé.
On devait avoir l’air tellement ridicules. Danser sur Une valse à mille de temps de Jacques Brel, c’est chic au début, mais ça devient rapidement un sport olympique. Puis, tout de suite après, on a dansé collé sur une chanson dont j’oublie le titre. Peu importe. C’était notre moment.
En partant, on s’est embrassé avec gêne et comme un amateur (tes mots), tu m’as laissé ta carte d’affaires. Je t’ai trouvé sweet, tout de même. Puis, le lendemain, on s’écrivait et tu me disais que les étoiles devaient être alignées, ce qui ne gâchait rien. T’avais raison, elles étaient alignées, les étoiles.
T’as possiblement été la première personne avec qui j’ai été moi-même de A à Z.
Pourquoi je te dis tout ça ? J’ai lu un texte intitulé Mon ex, je t’aime. Je l’ai trouvé beau. Ça m’a fait penser à « nous » et à tout ce qui en a découlé. Contrairement à eux, on ne se voit pas souvent, on ne fait pas de recettes de Marilou, on s’aime autant qu’on se déteste, mais on tient beaucoup l’un à l’autre, je pense. Notre rencontre et ces quatre années rocambolesques passées à essayer d’être un couple ont un peu fait la personne que je suis devenue aujourd’hui ce qui, encore une fois, ne gâche rien.
T’as toujours été là quand j’en ai eu vraiment besoin. Et vice-versa. T’as accepté tellement souvent que je dorme sur ton sofa durant mes soirs de pluie.
Je réalise aussi que t’es pas mal le seul ex avec qui j’ai encore de vrais contacts i.e. chez qui je peux débarquer à peu près à n’importe quel moment avec une bouteille de vin et vider mon sac.
J’ai un peu basé chaque nouvelle rencontre sur ce sentiment que j’ai eu avec toi. Comme s’il était gage de longévité et/ou de qualité. J’ai longtemps attendu quelqu’un comme toi, enfin, quelqu’un qui me bouleverserait le quotidien comme tu l’as fait, in a good way. J’ai mis un terme à tellement de dates possibles juste parce qu’elles ne correspondaient pas à cet idéal. Ce que je cherchais, c’est ce sentiment d’amour inconditionnel qui te donne envie de déplacer des montagnes. J’avais envie que l’amour me rentre dedans comme un train et qu’il m’emmène loin. J’ai mis du temps à relativiser. J’ai eu peine à me relever. J’ai don’ eu l’impression que jamais plus je ne revivrais tout ça.
Je l’ai revécu depuis. Avec d’autres. Différemment.
Je te connais comme si je t’avais tricoté. Je connais tes réactions à à peu près toutes les situations, je sais ce que tu aimes, ce qui t’horripiles, pour quel parti tu votes tout dépendant de ton mood, sur quel bouton peser pour te faire chier. Je sais que tu fais semblant de m’écouter quand je te donne mon avis sur un sujet dont tu ne veux pas parler, mais je sais que le message se rend, éventuellement.
Ce qui m’a inspiré le plus dans le texte du dude, c’est sa finale. Le moment où il parle de la réussite de sa rupture. Une chose dont je suis plutôt fier dans ma vie, c’est qu’on ait réussi notre post-relation. T’as été le premier à prendre le temps de me laisser pour vrai, avec respect et affection. T’as répondu à toutes mes questions, chaque fois, même quand je radotais. C’était encore l’époque où le monde se parlait au lieu de se texter. Tu répondais à tous mes appels, même les plus dramatiques, ceux où je pleurais incontrôlablement ou ceux où je hurlais de colère, incontrôlablement aussi. Tu t’es laissé insulter et brasser par mes sept étapes du deuil sur une looooooongue période. Je t’ai fait vivre mon enfer du laissé pour contre. Maaaaaaaaiiiiissss on a survécu et on s’est revu. Jamais avec de fausses intentions. Toujours en regardant vers l’avant. En amis.
Puis un jour, on s’est excusé de ne pas toujours avoir été des bons chums. C’est un peu ce que j’attendais. C’est à ce moment que mon cœur a pu véritablement s’ouvrir à autre chose. Merci, man.
Étant donné qu’on n’est pas toujours très chaleureux l’un envers l’autre, prends tout ça comme une grosse accolade avec des tapes dans l’dos. Comme des straights qui savent pas trop comment s’aimer.
J’haïrai toujours autant tes conseils de marde, ta pseudo indépendance, ton manque de coopération sporadique, pis l’absence relative de démonstration affective à mon égard, mais je sais qu’on s’aime quelque part dans le détour. Malgré tout, je suis heureux de faire partie de ta vie. Et pour moi, c’est tout ce qui compte.