Je suis allé prendre un verre vendredi soir. Dans une boite de pédés. J’allais rejoindre un ami qui est arrivé avec un peu plus d’une heure de retard. Je suis d’une rare patience dans certains cas. J’étais sur le point de partir avec fracas quand je l’ai croisé avec d’autres ce qui m’a convaincu de rester. J’ai même retrouvé le sourire. Toujours est-il que j’ai vu une ex-date que je suis allé saluer.
C’est bizarre comme souvent on devient un brin autiste devant une ex-date. Pourtant, je n’ai aucune émotion ni attirance particulière pour cette personne. C’est un beau garçon, soit, mais il n’y pas que ça. On s’est daté deux fois, c’était un moment agréable, mais je sentais bien que ce serait temporaire. Le style de vie, l’absence de réelle communication, l’omniprésence sur tous les réseaux de rencontres, pas mal de trucs me séparaient de lui. Je trouve tout de même important, dans la mesure du possible, d’essayer d’entretenir un semblant de cordialité post-date. Après tout, on s’est vu dans un contexte très explicite, dans une certaine vulnérabilité et qui plus est, nous allons presque nécessairement se recroiser, amis communs obligent.
Bref, je l’ai salué et après quelques secondes de silence akward, j’ai essayé de faire un minimum de conversation sur un sujet qu’on a en commun. J’ai dit : « bla bla bla, j’ai vu tes photos sur IG, c’est cool ce que t’as fait, ça me rappelle que j’ai déjà fait ça par le passé, attends, je vais te montrer, j’ai une photo… ». Toute mon intervention – qui se voulait légère et amicale, je le rappelle – a été ponctuée de quelques « hum oui » détachés et désintéressés de sa part jusqu’au moment où il s’est retourné vers ses amis, ne concluant rien, me tournant bêtement le dos et me laissant planté là comme une vieille chaussette laide et trouée. J’ai attendu quelques secondes, me disant que ça ne pouvait pas que je sois en train de vivre ça et je suis parti vers d’autres amis, portant l’odieux sentiment du rejet et du ridicule.
Je lui ai pourtant dit que c’était vraiment cool ce qu’il faisait. Deux, trois fois. Enthousiaste.
Un peu saoul, mais surtout blessé et insulté, je lui ai plus tard texté un inutile « esti qu’té bête ». Mais je n’avais pas besoin de lui écrire ça. Tout ce que j’avais à faire, c’était de me rappeler que je n’ai pas besoin de gens qui me tournent le dos autour de moi. Mais le rejet, peu importe la forme, peu importe le contexte, fait mal. Même quand on a confiance en soi.
Bref, on ne fait pas ça à personne. Surtout pas quand on prétend être une personne respectueuse. Surtout pas quand on prétend minimalement apprécier la dite personne. On ne tourne pas le dos à quelqu’un qui essaie d’être gentil et qui fait un effort. C’est infiniment brutal. Ce n’est pas comme si on était en guerre, on a discuté un peu chaque fois qu’on s’est croisé, simplement et gentiment.
J’ai eu ma réponse cependant. Semble-t-il que tout ce que j’ai fait, c’est de vanter mes mérites et lui montrer que j’étais meilleur que lui bla bla bla. Really? Genre REALLY?! Ça donne vaguement l’impression que je lui ai volé un peu de son follow spot. Ou peut-être que j’aurais dû le féliciter à outrance avec des fleurs verbales pis tute, comme ça doit être le cas si souvent. Faut pas avoir une grande estime de soi pour se sentir bousculer par une intervention aussi anodine. Ou être un brin narcissique. Ou les deux. Je suis peut-être intimidant aussi. On me l’a déjà dit. Ça se peut. Pourtant, quand on prend le temps de me connaître, on sait bien que ce n’est pas le cas.
Ne cherchant plus à comprendre, avec le peu de cohérence qu’il me restait à cette heure, j’ai écrit : « mon approche se voulait amicale et surtout pas prétentieuse. C’est ça qui est dommage ». C’était la meilleure réponse que je pouvais donner.
J’ai retourné tout ça dans ma tête toute la fin de semaine. Je me suis posé beaucoup de questions. Je me suis demandé s’il avait raison, si j’avais été prétentieux dans mon approche. Mais non. Je refuse. NON. C’est ça qui arrive. J’avais la meilleure intention du monde. Au pire, j’ai été maladroit. C’était peut-être un simple imbroglio, aussi. La dernière option, c’est que c’était simplement méchant, même inconscient. Peu importe la raison, je ne méritais pas ça. Surtout pas pour ça.