Je l’ai trouvée devant ma porte

Ça fait quelques semaines que j’ai commencé à écrire ce texte-là. Je ne savais pas trop par quel bout le prendre, comment dire les choses, comme les voir non plus. C’est peut-être la grisaille de l’automne. Ou le fait que la frénésie de l’été ce soit calmée. Ou les deux. C’est peut-être juste moi qui réalise des affaires que je n’avais jamais pris le temps de réaliser encore. Ce que je sais, c’est que je ressens un truc nouveau. Et le mot que j’ai réussi à mettre sur mon état jusqu’à présent c’est solitude.

Pour en avoir parlé à quelques amis, je pense que c’est un « mal » relativement généralisé, mais canalisé différemment. On la vit tous, à un moment ou à un autre, à divers degrés, pour diverses raisons.

Admettre la solitude, c’est difficile. C’est comme une défaite. C’est comme ça que je le vis, en tout cas. J’ai pleuré quand j’en ai parlé avec un ami la première fois. Je trouvais que c’était inavouable. Surtout venant de celui qui fait toujours le party et qui a douze invitations pour une seule soirée. Ça paraît pas dans ta face que tu te sens seul, tsé. Et c’est encore plus difficile à admettre sans avoir l’air de vouloir faire pitié.

C’est étrange parce que je suis entouré de plein de gens toute la journée. Ce sont des clients, soit, mais j’ai développé un semblant de relation amicale avec certains d’entre eux. Ils me font sourire quand ils viennent et vont et quelques-uns, sans faire grand chose, apaisent le feu à l’intérieur quand il fait rage. Des petits rayons de soleil à travers la brume (tadah!). J’ai des amis aussi. Des proches, des réguliers, des occasionnels, des loins. Une famille. Un chum. Pourquoi, don’ ?

Le truc, c’est que j’ai l’impression d’avoir perdu certains repères pour fonctionner normalement en société. Mon travail, mon horaire, mes revenus, tout est différent de ce que je faisais avant et de ce que fait mon entourage. Ça devient compliqué de parler d’horaires, de paies, de revenus et de mes angoisses reliées à tout ça avec des gens qui ne peuvent que s’imaginer le casse-tête quotidien. Ça donne trop souvent lieu à des commentaires du genre  » y doit bin y avoir quelque chose que tu fais de pas correct ». Vraiment? Comme si je ne réfléchissais pas sans arrêt à des solutions pour garder la tête hors de l’eau ET avoir de meilleurs revenus. Voyons.

Comme conséquence, je me sens de trop dans trop de situations, pas à ma place, pas à la hauteur, pas suffisant. Ça et le sentiment de rejet vécu over and over parce que je l’ai bien laissé m’envahir, c’est vraiment un mélange super agréable. NOT.

Pourtant, je n’ai rien à envier à personne. J’ai des amis adorables, un travail stimulant, un horaire de rêve tout de même, un peu de temps de qualité pour moi, enfin. Mais depuis cette aventure de fou, mon monde a changé boutte pour boutte. Mon couple a éclaté, je vois moins mes amis, mon salaire à drastiquement diminué et mes dettes, généreusement augmentées. Je fais face à de nouveaux types de choix, comme celui de choisir de ne pas aller au resto avec des amis ou de manger avant, moins cher, pour éviter de me vider les poches. Avant, j’avais de la marge de manœuvre. C’est temporaire, que je me dis, mais le temporaire peut parfois être long.

En fait, j’ai réalisé hier que ce n’est pas tant la solitude qui pèse le plus, c’est que je n’arrive pas à faire le deuil de mon « ancienne » vie, celle où j’avais mes weekends, des vacances, de l’argent, un horaire de 9 à 5, du lundi au vendredi, du vrai temps pour faire la fête et m’en remettre le lendemain. Juste être nonchalant 95% du temps. Maintenant, je manque de latitude et conséquemment, je me sens seul. Je ne peux pas caller malade, ni arriver en retard (un vrai, là), prendre des vacances quand ça me tente ET la tête tranquille. Je dois maintenant être sérieux 95% du temps. Parfois, c’est lourd, mais je l’ai choisi. Pour le meilleur et pour le pire. Être entrepreneur, ce n’est pas tous les jours faciles, c’est stressant, c’est beaucoup beaucoup de sacrifices, mais c’est aussi ultra satisfaisant. Y’a rien de mieux qu’être son propre patron. Tout est une question de perspective, donc.

Et qu’est-ce que j’ai fait pour noyer le « mal » ces derniers temps ? J’ai abusé d’un peu tout ce que je connais. Je pense bien que ça suffit. De cette façon-là, en tout cas. J’ai des nouvelles limites que je dois respecter pour garder le cap. Plus j’abuse, plus je suis fatigué et plus je suis fatigué, plus je déprime, plus je me sens seul. C’est une roue qui tourne dans le mauvais sens. Je me suis donné une nouvelle vie, je l’ai voulu big time et elle est quand même successful. Le retour à la « normale » dans un contexte d’entreprenariat viendra à point parce que je saurai attendre.

Je m’époumone depuis des années à dire à mon entourage que la vie est une question de choix. On a le choix de la prendre du bon ou du mauvais côté. Rester positif face aux épreuves de la vie, c’est déjà un pas en avant. Personne n’a demandé à être sur Terre, aussi bien être positif, le temps passera plus agréablement. Get the most of it, que je dis tout le temps. Maintenant.

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La défaite crève-coeur d’Hillary m’a mis dans tous mes états. Ce qui me chagrine le plus, c’est qu’on se retrouve encore une fois du mauvais côté de l’histoire. C’était SON tour, SON moment, SA victoire presque assurée. Elle aurait dû être présidente. Elle aurait été une bonne présidente, positive. Il est trop tard maintenant, Hillary se retrouve maintenant au rang des souvenirs.

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On vient de me demander un latte décaféiné au lait de soya. Sérieux, je ne comprends pas.

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