Pasta gate

C’était un 23 février. Lui, moi, une allé d’épicerie et la pire crise de notre couple déjà amoché. Une crise de larmes, de mots durs, de je-suis-fucking-à-boutte, une éternité de distance entre nos coeurs et un point de non retour dans nos vies. C’était la fin.

Ce gars-là, ce n’était pas le coup de foudre dévastateur, mais c’était un excellent life partner. Le genre de gars avec qui j’aurais passé les vingt prochaines années. On parlait de tout, on essayait tout, on avait peur de rien. On s’obstinait tout l’temps, on se challengeait sur tous les sujets, on se poussait mutuellement vers le haut, enfin je crois. Il n’y avait pas de sujets tabous. On riait beaucoup. C’est tellement important, ça, dans la survie d’un couple.

On s’est rencontré sur Grindr. Une estie d’app sur lequelle 98% de la population tapette cherche une baise d’un soir ou deux. On a cherché pendant longtemps comment raconter notre histoire en omettant ce léger-pas-pire-gros détail. On a brodé toutes sortes de trucs pour finalement s’en foutre et se dire qu’on était l’exception qui confirmait la règle.

ll a tout fait pour me séduire. Il a laissé des cupcakes sur le pas de ma porte pour ma dent sucrée, de la tisane fancé pour mon sommeil léger, des baklavas au sirop d’érable pour m’impressionner. Il a été avec moi ce que j’avais essayé d’être avec les autres : un gentleman intéressé. Il s’est donné à fond parce qu’il me voulait. C’était beau, ça m’a inspiré, je me suis laissé tenter. Tout a commencé comme ça.

Est-ce que j’étais certain? Non. Est-ce que je me serais retourné sur son passage si on ne s’était pas woofé sur l’app? Possiblement pas. Quand on s’est daté le premier soir, il portait une espèce de veste molle un peu pâlotte et moi j’avais l’air bête/déprimé/triste/sûr de rien. Rien de vraiment attirant. Qui plus est, je venais de me faire flusher, 2-3 jours plus tôt (bravo! champion!). Mais il a gagné beaucoup à être connu. Exactement ce que je prêchais depuis des années : se donner une chance de se connaître. On passe trop souvent, trop rapidement au suivant. Bis.

Pourtant, parce que ça allait un peu trop vite pour mon coeur meurtri, j’ai reculé quelques semaines plus tard, ne sachant plus si j’avais envie de ça ou pas, continuant de cuver la rupture d’avant. Pas bin bin winner, je sais. Puis, re-intéressé, je l’ai invité le 31 décembre pour un parté. Après avoir frenché sur la « piste de danse », je lui ai proposé de rester pour la nuit. Et là, complètement saouls, bercés d’une douce musique, il m’a dit la plus belle chose qu’on a pu me dire : « promets-moi de ne jamais changer ». J’ai pleuré.

Puis, en ce jour du jugement dernier où tout c’est terminé devant les pâtes sèches de l’allée 4, il m’a dit que son coeur était fatigué. Ça signifiait qu’il ne ferait plus jamais d’efforts pour moi. Et que le ne-change-jamais n’avait plus cours. Ça m’a donné l’impression que ce qu’on avait vécu était un peu faux, lui qui prétendait tant m’aimer. Comment, quand on aime, est-il possible d’abandonner au moment où c’est justement le temps de donner plus de gaz? J’aurais été prêt à travailler. Lui non. The end.

Je ne l’ai pas tellement revu depuis. Sauf quelques fois tendues et maladroites. Je ne suis pas encore rendu là, je crois. Je ne sais pas si je serai rendu là un jour. Pour toutes sortes de raisons reliées et pas rapports, je suis encore fâché de cette finale inattendue. Mais je vais finir par en revenir.

En fait, ce qui me tracasse, c’est la rapidité avec laquelle il s’est rematché sérieusement. Et la vitesse folle avec laquelle il l’a présenté à ses parents. Vue la réaction de tout le monde, c’est comme si je n’avais jamais existé. J’ai cru longtemps que ça en disait long sur la place que j’avais occupé dans sa vie.

Mais il m’a écrit aujourd’hui pour me rappeler que ça faisait un an. Un court message sans conséquence accompagné d’un beau texte qu’il voulait me partager. Dans ce texte, l’auteure parle des relations terminées qu’on n’oublie jamais vraiment. J’imagine qu’à travers toute l’étrangeté du geste, il a voulu me faire comprendre que finalement, j’avais compté.

On dirait que ça m’a soulagé. Comme une certaine délivrance, un poids en moins sur ma conscience pas souvent en paix. En tout cas. Merci.

L’autre texte : https://voir.ca/chroniques/sale-temps-pour-sortir/2017/02/15/pourquoi-les-gens-attendent-ils-en-file-pour-dejeuner/

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