Encore une histoire de job. Une triste, un peu.
Notre voisine de commerce, Michelle, vient de nous annoncer qu’elle jetait l’éponge. Après cinq années d’espoir, d’idées, de sacrifices, d’énormément de travail, elle a décidé de fermer boutique. For good, qu’elle dit. Elle semblait sereine. Elle était d’un calme olympien quand elle nous l’a annoncé. Souriante pis tute. Sa décision a été réfléchie, murie, retournée dans tous les sens. Parce que mettre un terme à un rêve tenu à bout de bras pendant aussi longtemps, ça demande BEAUCOUP de réflexion. Et de temps.
Je ne le répèterai jamais assez : être entrepreneur, c’est ultra valorisant, c’est grisant même, mais c’est aussi super duper insécurisant. À moins d’avoir choisi un domaine automatiquement rentable. Et encore. On a une cliente avocate qui, après deux ans de pratique, mange encore ses bas (c’est presque littéral). Une entreprise, ça reste toujours insécurisant à certains égards. Les comptes n’arrêtent jamais de remplir la boite à lettres. C’est la même chose qu’à la maison avec des montants multipliés par 10. Quand ça va bien, tu bûches pour que ça continue pis quand ça va mal, tu bûches pour que ça change. Esti.
Ce sont les maudits sacrifices qui n’en finissent plus qui gossent. Et la solitude. D’ailleurs, elle nous a dit que c’est ce qu’elle avait trouvé le plus difficile ces cinq dernières années. Les sacrifices et la solitude. Se retrouver seule dans sa boutique. 60% du temps. Et le fait de ne pas être capable de se payer un minimum et de profiter un tant soit peu de la vie. Elle a, fort heureusement, une copine adorable et moralement solide qui la supporte à fond depuis le début. Comme un phare qui la guide la nuit. Mais un man’né, ça ne suffit plus. Vient un temps où l’entrepreneur dévoué a besoin, comme tout le monde, d’un peu de récompense. Et quand la récompense ne vient jamais, le sourire des clients ne donne plus assez de gaz pour continuer.
On en a souvent parlé elle et moi. Sur le trottoir. Dans sa boutique. Dans notre « backstore ». Sous un soleil de plomb ou sous la pluie. Toujours avec le même degré de compréhension et d’ouverture. De l’affection même. C’est comme une collègue de travail, au fond. Pas le même domaine, mais les mêmes issues. On s’est souvent dit qu’on avait un deadline. Le mien est plus loin que le sien, évidemment, mais elle avait déjà quelques années et des poussières derrière la cravate. Chaque fois, je lui disais : « Tu pourras toujours dire que t’es allée au bout de ton idée. Tu l’as fait pis t’as tout donné. » Comme chaque entrepreneur.
Quand on nous parle de notre commerce, on nous dit souvent : « ça va bin vos affaires, c’est toujours plein! ». Et je réponds souvent qu’on est chanceux. Parce que derrière chaque entreprise, il y a évidemment beaucoup de travail et de décisions – bonnes ou mauvaises – mais il y a aussi beaucoup beaucoup de chance. Parce que chaque idée a le potentiel de fleurir. Ça dépend souvent juste du terreau. Parfois, la terre est pas fertile. T’as beau arroser, y’a rien qui va pousser.
Ce qui m’a le plus secoué de sa nouvelle, c’est la réaction de ma partner. Elle pleurait. Parce qu’on perd une voisine exceptionnelle, une fellow entrepreneure devenue amie. Pis parce qu’elle a réalisé que no matter what, c’est pas toujours toi qui décide de la finalité de ton aventure. Oui, mais non. Les circonstances le font souvent beaucoup à ta place. La réalité te rattrape et te fouette. Ça m’a bouleversé de la voir comme ça. Parce tous les jours tu pries l’Univers pour que ça finisse par rouler rondement. Mais pour certains, comme pour Michelle, malgré tous les efforts et toutes les incantations, de fil en aiguille, ça ne fonctionne pas.
Meh.
Good luck, gorgeous! You’ve done your best. You are the best. Take that well-deserved break and ENJOY life. You know, the one with money 😉