L’effort de la liberté

Allo. Ça fait un bout de temps. J’ai convenu avec moi-même de ralentir les écrits pour éviter de me répéter. Parce que tsé, ma vie depuis La Brume, ça rime pas mal toujours au même. Cela étant, j’ai eu quelques réflexions récemment dont j’avais envie de vous faire part. En voici une (autre).

Dimanche dernier, je suis allé bruncher avec un type devenu ami que j’ai connu au café. Un chic type qui traverse une passe vraiment pas facile. J’ai failli annulé, comme je l’ai fait si souvent récemment. Avec lui, avec d’autres, avec pas mal de monde. Ça ne me tentait pas. De quoi, c’est pas toujours clair, mais j’avais plus ou moins envie de parler pour parler. Mais j’ai pas annulé et j’y suis allé. Ça m’a fait du bien.

C’est un détail vous me direz, mais pour en avoir discuté avec ma partner, on a un peu l’impression d’être négatifs quand on voit du monde. Faque on annule pis on se cache dans nos maisons. En fait, on l’est un peu sans le vouloir, parce qu’on parle souvent de ce qui se passe au quotidien et ça revient un peu toujours à faire revivre les quelques frustrations qui vont et viennent. On a du fun tout plein, on aime ce qu’on fait, on ne ferait rien d’autre (en tout cas, pas en ce moment), mais ce qui ressort régulièrement ce sont les trucs qui gossent comme l’argent, la gestion du personnel et l’équipement qui pète (bis). Et voir du monde, à l’extérieur de notre sphère un peu trop étanche, ça signifie parler de notre job au moins un peu. Donc d’être possiblement négatifs.

J’ai pas envie d’être négatif.

Donc, dans les derniers mois, j’ai refusé / annulé tout plein de rendez-vous avec des amis proches et moins proches surtout dans l’expectative de devoir répondre à la câlice de question « comment ça va au café? ». C’est fin, ça veut dire qu’ils s’intéressent, que ça leur importe, mais ça m’oblige à parler de la seule chose qui occupe ma vie et dont je n’ai pas vraiment envie de parler parce que j’en parle tout l’temps : MA JOB. En plus, j’ai beau expliquer le pourquoi du comment, la majorité des gens ne peuvent qu’imaginer la marde dans laquelle on patauge parfois. Pis je dois don’ avoir l’air exagéré (je le suis, tiens toi le pour dit). Bref, je n’ai plus de repères professionnels avec les amis comme j’en avais avant. Ça reste que ça isole un peu, l’entreprenariat : horaires atypiques, manque de moyens financiers pour suivre le groupe dans ses aventures, redondance des sujets de conversation, problèmes vécus au quotidien difficiles à cerner, petites victoires difficiles à mesurer.

Je vends toujours bin yinke du criss de café.

Par contre, si on se croise dans un bar, sur la rue, au repos ou dans les loisirs (♬♪ une Mars aide à vous soutenir ♪♬), ça se peut que j’en parle, mais ça viendra naturellement. Je n’aurai pas cette pression du tête-à-tête-parle-moi-de-toi-ça-fait-longtemps-qu’on-s’est-vu. Et cette fâcheuse impression de lourdeur.

C’est l’idée de « devoir » en parler qui m’effraie. Ça peut paraître niaiseux parce qu’on sait tous que je finis toujours par en parler, mais c’est pas pareil. C’est moi qui « décide ». Pis généralement, j’essaie de ne pas le faire trop longtemps parce que je sais que radote.

Je sais que je vais finir par revenir à la raison. Peut-être pas tout de suite et peut-être pas avec tout ceux que j’ai un peu malgré moi repoussés / négligés, mais au moins avec certains d’entre eux. Un tinami à la fois. J’ai envie de ne plus être pris dans ma tête d’entrepreneur pauvre, angoissé et fatigué. Avant tout ça, j’avais un horaire de premier ministre. J’allais et venais dans toutes sortes de soirées. J’entassais le monde autour de ma table pour faire la fête. Là, sans revenir à ce brouhaha parfois étourdissant de jadis, j’ai envie de voir un peu plus de monde, du beau et bon monde, du monde souriant pis de les entendre me raconter leurs affaires drôles pas drôles. Pis en rencontrer du nouveau. Un peu. Juste pour dire que je tourne pas trop autour de mon pot.

Je les aime tous ces gens dont je refuse les invitations. Je les aime d’amour souvent. Je ne suis juste pas encore tout à fait prêt. Le temps et les circonstances nous ont un peu beaucoup éloigné et je ne feel pas encore l’idée du catch up. Parce que se revoir après autant de temps équivaut à récapituler le temps passé. Pis ça me tente moyen. J’ai aussi espoir que beaucoup de ses « retrouvailles » se feront un peu par hasard, ici et là.

Ça s’rait l’fun.

En ce moment, c’est souvent plus simple de niaiser sur mon sofa devant un épisode ô combien exagéré et pas crédible de Homeland, mais je me promets d’accepter une petite invitation par-ci, par-là. Même si à priori, sur le coup, je risque de ne pas en avoir envie. CHANGE D’AIR, ESTI.

Je sais que tout ce que j’ai à faire, c’est de répéter l’expérience de dimanche dernier : faire un effort. Parce qu’à force de ne pas en faire, on finit par ne plus en faire du tout. Et que comme dirait l’autre : « l’effort librement consenti rend libre ».

YOLO.

 

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