L’amour ça fait pleurer

Semaine de la Fierté oblige, quelques coming out sont à l’affiche sur un Facebook près de chez vous.

Je viens d’ailleurs de voir le vidéo d’un youtubeur québécois dans lequel il annonce à ses fans qu’il est gay. À priori, pour ceux qui le connaissent, c’est une non nouvelle puisque tant de gens sont déjà au courant. Mais pour lui, de se mettre à nu devant ses abonnés, après des années de discrétion volontaire, c’était une grosse étape. Parce qu’il y a encore un risque. Un risque de rejet, de moqueries, d’homophobie. Et au moment où il l’a dit, il a pris une pause et ses yeux se sont remplis d’eau. Parce que, pour l’avoir vécu moi-même, avec l’immense ouverture d’esprit, l’accueil et la compréhension dont sait faire preuve ma famille, faire une telle « annonce » vient avec une trolley d’inquiétudes. Ça replonge dans tout le processus de réflexion amorcé souvent très très jeune, à un âge où on ne devrait jamais se sentir à part ou différent. Ça fait remonter à la surface des souvenirs surtout laids. Ça rappelle que c’est encore un obstacle au progrès pour certains et contre-nature pour d’autres. Ça met en lumière le possible rejet, l’abandon des loved ones. Ça rappelle qu’on s’est déjà fait traiter de fifs, qu’on s’est déjà senti féminin ou tomboy pour rien, qu’on s’est fait pointer du doigt pour avoir été fragile ou pas nécessairement à la hauteur de ce qu’un gars ou une fille devrait être.

Maudite hétéronormativité.

Pis ce matin, puisqu’on est dans le thème, j’en ai vu un autre où un jeune américain annonce à sa mère qu’il est gay. Et il pleure de peur, d’angoisse, de désespoir et elle, le cœur gros comme la Terre, lui répète que RIEN au monde ne pourrait l’empêcher de l’aimer tel qu’il est. On sait tous que ça devrait toujours être comme ça.

Reste qu’on a tous eu cette peur d’être rejeté. Par notre famille en premier lieu. Ceux avec qui l’amour devrait être inconditionnel nous apparaît incertain au moment de s’avouer. Viennent après les amis, qu’on espère compréhensifs et assez ouverts d’esprit pour nous accepter au-delà de cette « différence » qui au fond, ne regarde que nous et ne change en rien qui nous sommes. Puis, plus tard, au travail, la peur de perdre son emploi parce qu’on se dit gay ou lesbienne ou queer ou transgenre. Tout ça parce que le/la boss croit dur comme fer que les hommes aiment les femmes et font de bébés, point.

Pourquoi l’amour ça fait pleurer ?

Le youtubeur en question est en couple depuis deux ans. Avec un homme. Ils semblent s’aimer, ils doivent être heureux, leurs amis sont sans doute heureux pour eux, pourquoi cette impression d’avouer quelque chose d’inavouable ? Pourquoi cette peur ? Il me semble qu’avec tout le chemin parcouru, on ne devrait plus avoir peur. Le geste devrait être naturel : « tu en couple ? oui, je te présente mon chum ». Mais non. Comme il existe encore des white supremacists malgré l’horreur nazie, il existe encore des homophobes et autres phobies liées à l’orientation sexuelle.

Être gay au Québec en 2017 et l’avouer au monde entier peut encore sembler être un fardeau pour certains.

Pourtant, on est rendu loin dans la « normalisation » de l’homosexualité au Québec et au Canada. La célèbre phrase de Trudeau père qui faisait voter le projet de loi omnibus modifiant nombre de passages du code criminel en 1969 : « l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation » était le début d’une longue (lente, mais certaine) série d’améliorations pour la communauté LGBTQ2.

Et où on en est aujourd’hui ? À continuer le combat, puisque c’est bien ce dont il s’agit. On se bat pour la liberté de ceux qui ne l’ont pas, contre l’exclusion en tous genres, contre la violence gratuite, contre la haine. Un festival de la Fierté ou Gay Pride ici et ailleurs dans le monde, dans les mégapoles ou dans les petites villes, sont autant de raisons de saluer la diversité et de faire comprendre aux haters qu’on existe et qu’on ne se cachera plus. On s’expose, parfois à outrance, juste pour ça. Parce que la différence EXISTE, que c’est BEAU et INSPIRANT et que tout le monde doit le savoir. On est heureux, on a des jobs, certains fondent des familles, on apporte quelque chose à la société, comme TOUT LE MONDE. Mais surtout, peu importe notre couleur, notre orientation sexuelle, nos choix, nos envies, on est tous HUMAINS.

Hier, au T-Dance du parc des Faubourgs, il y avait de tout. Il y avait même quelques familles hétérosexuelles avec des enfants en bas âge venus fêter la diversité ou simplement profiter de la musique et de l’ambiance. Ces parents-là, peu importe la raison de leur présence, vont faire grandir des enfants avec les yeux grands ouverts sur le monde et le cœur sur la main. Simplement parce qu’ils dansaient tout sourire sous les couleurs du drapeau arc-en-ciel. Et ça, ça ne peut être que le prélude à des jours encore meilleurs.

Un jour peut-être, toi et moi, on ne sera plus différent. Toi et moi, peu importe qui tu aimes, ce sera beau. Un jour peut-être,  les gens comme moi n’auront plus besoin de faire leur coming out et que l’amour ne fera plus pleurer.

 

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