Netflix and chill

Ça fait littéralement des mois que j’hésite pour écrire un autre texte. La peur d’être redondant. Ou de ne pas prendre le bon ton. Ou encore, de parler toujours des mêmes affaires. Je constate que c’est le cas pis c’est ok. Je RADOTE, pis je suis vieux. J’ai l’doua.

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Ouais bin, c’est ça. Cabine-Boulotte-B4-No-Goods-To-Follow a repris le chemin de sa première maison. Après 8 ans à vivre au rythme des canicules suintantes, des retards de la STM, des demandant congrès de l’ACFAS, des tempêtes de neige de slush et de Noëls festifs en famille, elle a pris la difficile décision d’aller voir ailleurs, si elle y était. Je l’entends déjà maugréer que sa maison, c’est aussi ici – peut-être plus, même – mais elle avait besoin de retrouver ses racines et de voir si elle pouvait faire quelque chose de bien de cette France-là. Je lui souhaite un siècle des Lumières. Je lui souhaite la plus belle et la meilleure des chances. Elle le mérite et elle la prendra, sa chance. Elle part avec une boite à outils bien remplie, en tout cas.

Avec tout ça, Noël arrive vite cette année et ça me rend inévitablement nostalgique. Le départ de Boulotte laisse un vide, tout de même. Un vide qui me rappelle que je n’ai pas tant de monde autour de moi pour varger sur la vie comme je l’ai fait avec elle. J’en ai, mais avec elle, il n’y jamais eu de barrière et/ou limite. Même si on ne se voyait pas tous les jours ni même toutes les semaines, elle n’était jamais bien loin. On était toujours a phone call away, comme on se disait. Donc, cette année, puisqu’elle m’accompagnait toujours dans les soirées familiales, ce sera mon premier Noël vraiment seul depuis longtemps. C’est pratique une meilleure amie pour combler le vide émotif. Ce l’est moins quand elle est loin loin. On va s’y faire. Et on ne sera jamais vraiment bien loin, finalement.

Toujours est-il que ça me fait réfléchir à ce que je vis depuis quelques temps (la nuit des temps, oui). J’ai l’impression de courir après quelque chose que j’aurais perdu. Pourtant, là où j’en suis dans ma vie, je devrais marcher et ne pas chercher. Je ne suis pressé de rien, en fait. Et je ne cherche pas vraiment, comme je dis toujours, mais je suis alerte et ouvert à rencontrer. Si je tombe sur un candidat potentiel, je ne le laisserai pas partir. J’ai (j’avais?) Tinder, mais c’est surtout pour le divertissement d’avoir des matchs. Ça fait du bien à l’égo. Ça, pis les like Instagram.

Mais fait déstabilisant, chaque fois que j’entrouvre la porte pour voir ce qui se trouve derrière, chaque fois que je me dis que je peux peut-être me laisser emporter par le vent, elle se referme sans même que j’aie pu prendre la mesure de quoi que ce soit. Un peu sur mon nez. Bêtement. On me dira que ce n’était pas le bon.

Et si le bon n’existait pas ?

Se faire refuser l’entrée aussi souvent et régulièrement, à la longue, ça joue sur les certitudes. T’as beau te faire croire que t’es fort, que ça ne t’atteint pas tant que ça, ça gosse. Beaucoup même. Mon angoisse nocturne me le rappelle constamment. Ça joue dans les émotions pas l’fun, ça remue les insécurités, ça fait ressortir les affaires-que-tu-pensais-réglées-mais-qui-ne-le-sont-pas-tant-que-ça-finalement. Que faire, donc ?

Je ne suis peut-être pas fait pour dater.

C’est rendu que j’analyse les likes que je reçois sur Instagram et Facebook tout en jaugeant ceux que moi je devrais donner aux autres. Je joue la game que je reproche aux autres. Tu vois bin que c’est n’importe quoi!

À voir quelques personnes matchés autour de moi, je me dis qu’on est un peu tous dans la même galère. Ils sont en couple, mais pas nécessairement heureux, et un peu à la recherche du temps perdu, mais eux, au moins, ils ont quelqu’un que je me dis. Ce qui reviendrait à dire que c’est mieux d’être mal accompagné que seul. Mais j’ai aussi l’impression qu’ils se font souvent chier pour rien. Et en gros, je ne veux pas me faire chier et je ne veux pas être mal accompagné. Est-ce que ça se peut ?

Je suis plutôt bien seul. Dans ma petite maison, avec mon Netflix et mon verre de vin, je jouit agréablement de la vie. Il y a juste des moments plus solitaires, plus tristes ou des moments où j’aurais vraiment envie d’affection ou de me faire ramasser par l’homme que j’aime et qui m’aime. Ça vient et ça passe. Et les hookups c’est l’fun, mais pas tant. Une fois fini et le dude parti, la situation reste la même.

À quoi bon, donc ?

Je fais les constats suivants : 1) j’ai envie de rencontrer, je suis rendu là, mais 2) dater me déstabilise émotionnellement, 3) beaucoup sinon la majorité des gars rencontrés depuis cet été semblent avoir peur de l’engagement i.e. perdre cette liberté qui leur permet de choisir/flirter/baiser à outrance (et j’en suis), 4) TOUS ont peur d’être blessé donc gardent une distance appréciable entre le cœur et l’objet désiré, ce qui fait que 5) personne n’a envie de faire plus d’efforts qu’il ne faut, parce que de toute façon, statistiquement parlant, et selon l’expérience de plusieurs, c’est un échec annoncé.

Je ne suis pas défaitiste et je crois encore dur comme fer à l’amour at first sight et/ou à force de travail, mais j’essaie aussi d’être réaliste. Je réalise donc que si je veux vraiment entrer en relation avec quelqu’un, au moment où je vous parle, je devrai être patient, travailler sur mes attentes, apprendre à mieux contrôler mes émotions et ramer plus longtemps que prévu. La multiplication des applications de rencontres et des relations jetables fait en sorte que tout le monde reste sur ses gardes et s’investi peu et/ou lentement. Et être sur ses gardes, on va se le dire, ça ne fait pas des enfants forts.

Qui plus est, je prends conscience également qu’on ne peut se permettre d’être aussi intense que l’on est en réalité. Mon intensité a fait fuir tant de belles personnes. Je constatais encore récemment qu’un gars m’avait retiré de son Facebook sans doute à cause de cette intensité. Ce qui me fait dire qu’il y a des limites à vouloir être soi-même, à tout prix. Ça ne fonctionne pas toujours. Faut savoir doser.

Comme d’hab’, je ne sais pas trop si c’est cohérent et ousse que je m’en vais avec tout ça…

Depuis ma dernière retentissante rupture d’il y a deux ans, il y a eu de bons moments seul et accompagné, mais je n’étais pas tout à fait prêt. J’ai donc dû, le plus honnêtement possible, laisser partir de bons partis. Maintenant, reconnaissant beaucoup de mes défauts, de mes erreurs, mais aussi mes qualités boyfriend material, j’ai envie d’essayer quelque chose de sérieux et d’y mettre l’effort. Avec les compromis que ça comporte. Avec le lot de hauts et de bas. Même si je me réjouis joyeusement d’être célibataire chaque fois qu’un couple d’amis se pogne pour des niaiseries.

Tout ce que je demande, c’est de l’honnêteté et du feedback. Tu dates quatre personnes en même temps, fine. Si ça paraît dans ton jeu, que tu gosses par ton manque de disponibilité, que tu répètes les mêmes affaires à tous tes prétendants et que je l’apprends, c’est moins cool, mais sois honnête si je te pose la question et je jugerai si ça me tente de continuer. Et surtout donne du feedback, maudit criss. Rappelle. Text back. Intéresse toi. Propose. C’est plutôt simple.

La Boulotte m’a écrit ceci avant de s’envoler vers les Zeuropes : « Tous les changements, même les plus souhaités, ont tous leur mélancolie car ce que vous quittez, c’est une partie de vous-même. Il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre. » Ça doit venir d’un livre savant qu’elle a dû lire.

Ça me permet de conclure que je suis peut-être rendu là. Après quelques nuit d’insomnie à penser à ce qui ne fonctionne pas, après avoir expérimenté ce qui s’apparente à des petites crises d’angoisse, après avoir conclu que la manière dont je date me rend un peu malheureux, il serait peut-être temps que je pense à ma stabilité émotionnelle. Chu pu jeune jeune. Et si ça passe par être seul plus longtemps, mais plus longtemps heureux, ce sera ça. Le dude qui rendra mon quotidien plus effervescent arrivera bien un jour. Je ne sais pas quand ni comment. Mais je sais que ça arrivera et que je n’aurai pas besoin de travailler pour ça. Surtout, pas angoisser pour ça.

Alea iacta est, espérons-le.

 

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