En cette journée frisquette d’été, j’ai envie de parler de sexe. Peut-être parce qu’hier c’était humide et collant. Ou bedon parce que c’était nouvelle lune. La maudite lune. Qu’on le veuille ou non, elle a un réel impact sur nos vies. Parlez-en à tous ceux qui font du service à la clientèle. La lune pis les tempêtes de neige. Un drame annoncé. Toujours est-il que le sujet, immensément vaste et stimulant, me trotte dans la tête régulièrement, meaning à tou’é’ deux secondes.
Depuis quelques temps, je vois passer sous mes yeux, au propre et au figuré, le livre du yâble « The Ethical Slut ». Le titre est accrocheur ET dérangeant, il attire donc mon attention. Marketing réussi. On m’en a parlé aussi. C’est dans l’air du temps, on dirait. L’ouvrage se veut un « guide pratique au polyamour, aux relations ouvertes et autres aventures » [traduction libre]. Genre what the fuck?! Mais da fuck dans le sens de « ça me parle ».
Pour être bien franc, je suis mitigé (et effrayé et tourmenté et, et, et) parce que je ne m’y connais pas. C’est de notoriété qu’on a peur de l’inconnu. Mais qu’à cela ne tienne cher public, J’ADORE réfléchir ET l’inconnu.
Pas simple de tout démêler quand toute sa vie durant, on a été enveloppé par l’omniprésence de Dieu, de près ou de loin. Pas besoin d’avoir été à l’église ni d’être très pieu pour comprendre qu’on nous a brainwashé le couple uni, fermé, heureux avec beaucoup d’enfants à toutes les sauces, à tous vents et à qui mieux mieux. Société laïque, mon cul.
Nos parents sont les premiers à avoir défendu malgré eux le couple dans sa splendide fermeture. Au mieux, ils s’aiment vraiment et ont une réelle envie de fidélité et tout roule, ce qui ne gâche absolument rien. Au pire, ils s’endurent au nom de l’unité familiale et/ou se trompent secrètement jusqu’à l’implosion. Je grossis le trait, je tourne les coins ronds, mais ça me semble un résumé acceptable. Entre mariages, divorces, remariages, célibat, concubinage, il n’y a pas souvent de place, en tout cas, pas à ce que je sache, au couple uni ET ouvert au sein de cette génération. Et la nôtre?
La nôtre fait de son mieux. Celle d’après a l’air complètement déjantée aux yeux de nos vieux parents.
Ce n’est pas nouveau dans ma vie, par contre. J’ai vu tant et tant de couples gay ouverts depuis mon coming out il y a – le temps file si viiiiiiite – 16 ans. Mais à l’époque (j’utilise maintenant des mots de vieux), je ne pouvais imaginer l’intérêt ni même la viabilité du couple ouvert : « s’ils ont besoin d’aller voir ailleurs, c’est qu’ils ne s’aiment plus », disais-je fraîchement sorti du four. J’ai répété cette phrase tellement de fois, sans jamais savoir ni poser de question. Je l’admet, je le disais avec jugement et dégoût. Et j’appliquais la même rhétorique à ma propre vie : « si j’en suis rendu là, c’est que mon couple ne va plus, aussi bien passer à un autre appel ». Je me sentais si fort dans la défense de l’amour infini avec toutes ses lettres (pas juste le A).
J’ai donbin garroché de roches, moué là.
Le temps a passé, j’ai rencontré toutes sortes de monde, j’ai baisé – doux Jésus – me suis matché, me suis fait chier, j’ai recommencé. Toujours avec l’idée en tête qu’il était possible 1. de trouver l’homme de toute une vie et 2. qu’on s’aimerait assez pour n’avoir besoin de personne d’autre. Je pense que ça se peut, peut-être pas juste dans le cadre que je connais. C’est que je mélangeais beaucoup trop de concepts. Désir et amour vont souvent de pair et heureusement, mais ne sont pas nécessairement lié. On peut aimer sans désirer et désirer sans aimer. Et, semble-t-il, on peut aimer et désirer plusieurs personnes à la fois. Surprise et étonnement (not).
J’ai, à l’occasion, eu des contacts rapprochés avec des hommes en couple ouvert. Chaque fois, amusé et surpris, j’ai posé des questions. On m’a déjà dit : « j’ai fait l’amour à mon chum ce matin, et je te baise en ce moment et mon chum est au courant ». Petite toux de stupéfaction ici. MAIS COMMENT FONT-ILS? Pourtant, ces couples rencontrés au fil du temps ont l’air profondément heureux. Peut-être parce qu’ils sont plus libres. Peut-être parce qu’ils sont plus honnêtes l’un envers l’autre. Peut-être parce qu’ils communiquent plus que la moyenne. Tous ces facteurs les rapprochent sans doute. Peut-être sont-ils plus intimes et plus amoureux. Je sonde.
Seule chose, l’exposure. J’en ai un peu contre les couples ouverts qui manquent de discrétion. Ceux qui agissent comme s’ils étaient célibataires sans lendemain. Ceux qui s’exposent dans les partys et qui frenchent chacun dans leur coin. J’ai des limites, je crois. Par respect, je me dis. Par amour aussi. Mais je ne suis pas eux. Peut-être que ça leur convient et que ça tient.
Je me demande souvent si je suis adapté à cette nouvelle réalité. À vrai dire, pas exactement, pas encore. Mais est-ce que j’ai envie de faire mieux, d’être plus heureux, d’essayer autre chose, de changer certains paradigmes douteux dans ma vie? Toujours. Imaginez (ALLÔ maman!) la possibilité, sous certaines conditions négociées sous la couette, de satisfaire certaines pulsions à l’extérieur du nid conjugal ET de retrouver le plus souvent possible la personne merveilleuse avec qui on partage notre vie. Me semble que ça fait du sens (de l’anglais it does make sense) et que ça doit effectivement rendre heureux. On jase. On jase tout l’temps.
Je lirai donc ce livre maudit. J’espère qu’il sera révélateur et éducatif. On s’en reparle.
Bye les chums ❤