Il y a deux semaines, j’ai reçu l’appel d’une journaliste de la radio de Radio-Canada (Ici Première, je sais, je sais). Je pensais d’abord que c’était pour qu’on discute de salaire minimum, mais non. Elle voulait savoir si j’accepterais de parler du petit dernier : Le vent tourne. Un peu médusé, réalisant du même coup que mes textes plus personnels pouvaient être lu aussi, j’ai dit « oui, pourquoi pas ». Partons du constat qu’on ne parle jamais assez de la maladie mentale, peu importe la forme et la gravité.
Puis, il y a eu l’entrevue, la diffusion et quelques messages de gens qui approuvaient la démarche. Je me suis quand même demandé s’il était approprié pour un entrepreneur dont je suis, avec, entre autres, une entreprise ayant pignon sur rue, de parler si ouvertement d’anxiété. Ça demeure encore stigmatisant, tout de même, ces problèmes-là. Même si je sais pertinemment que la Terre entière est occupée de gens de plus en plus anxieux et médicamentés, c’est encore tabou. C’est pas cute, le burnout. C’est faible de tomber. Pourtant non, loin de là, mais la dernière chose que je voudrais en ce moment, c’est qu’on me prenne en pitié. J’ai constaté un problème, j’en ai parlé, je me soigne. Rien de plus. Je ne m’apitoie pas sur mon sort (même si j’en aurais tout à fait le droit), je ne me plains pas, je partage plutôt un moment de ma vie où j’ai glissé sur le plancher des émotions.
Cela étant dit, je vais bien. Malgré quelques petites crises de panique (phénomène jamais expérimenté auparavant), j’ai et je garde le cap. Mon comptable m’a dit que le meilleur remède était de continuer à travailler. Il n’a pas tort. J’ai traversé quelques journées où la peur de sortir de la maison a eu raison de ma motivation, mais traverser cette porte, descendre cet escalier et me rendre au boulot ont été des gestes très salutaires dernièrement.
D’ailleurs, la structure de mon entreprise a quelque peu changée. Ma partner a décidé de quitter. Même si on a travaillé à une rupture adulte et respectueuse, je ne peux pas dire qu’elle a été agréable ni simple pour personne. Nous avons semé le vent et récolté un peu de tempête. Je pense cependant avoir écouté ma petite voix qui ne voulait que mon bien. J’ai tout de même l’impression d’avoir recommencé à respirer et de m’être levé après avoir été trop longtemps assis. Je marche même, et d’un pas décidé. Je suis donc l’unique propriétaire (ou presque) de deux entreprises dont une en démarrage. C’est un beau casse-tête avec lequel je jongle plutôt bien dans les circonstances. Heureusement, je suis bien entouré. J’ai une famille aimante et dévouée, un chum très amoureux et à l’écoute, des amis qui me font beaucoup rire, des employés efficaces et disponibles. Tout ce beau monde rend mon quotidien vraiment plus agréable.
La suite, je ne la connais pas. Elle me rend parfois anxieux, parfois pas. Ça varie entre « je tire su’ la plug » ou « check moi bin aller ». Ça dépend des jours, de mon sommeil beaucoup et de tellement d’autres facteurs, mais j’ai des objectifs en tête et j’ai envie de voir si je peux y arriver. Ça me pousse à continuer. Le quand et le comment sont assez flous et l’atteinte des objectifs pourrait être un processus plus long que prévu. Mais who cares parce que ce sera fait avec mes besoins personnels à combler en tête de liste. D’ailleurs, je suis à Washington DC venu voir des gens qui me font du bien et flâner sans but pendant que des employés de confiance et la Providence veillent sur mes commerces. Certains diront que je suis inconscient, mais je me rassure en me disant que j’ai appris à faire confiance et à lâcher prise sur bin des affaires. Ça me rassure beaucoup.