Je ressens beaucoup de colère en ce moment. De la colère entrecoupée de résignation. Et d’espoir. Et de peine. Et d’une envie folle d’aller de l’avant et de réussir. Et ce sentiment d’échec qui perdure malgré tant de petits, mais grands succès. Ma tête est en état de siège de ses contradictions. Je vie le processus de deuil à répétition depuis si longtemps.
Je joue à Candy Crush pour me calmer les nerfs. Et j’ai souvent les nerfs à vif depuis un certain temps, donc je joue beaucoup. C’est ma façon de vivre dans le déni pendant quelques minutes. Réussir un tableau, ça c’est quelque chose que je peux réussir assez facilement. Ça, j’aime ça.
Ce jeu plutôt stressant me calme, c’est tout dire. La vie va vite autour de moi. Je cours tout le temps ou j’ai l’impression de. Difficile à dire en fait. Je sais que j’ai souvent du temps à revendre et que mes collègues entrepreneurs en font plus que moi, plus vite, plus efficacement, plus beau ou mieux. Mais je n’ai jamais le sentiment d’avoir de pause. Je n’en ai jamais en fait. Je pars en vacances quelques jours, et je reçois des courriels, des appels, je dois régler tel ou tel problème à distance, ou accepter la démission d’un employé. Mon cerveau n’est jamais à off. C’est super.
J’ai choisi tout ça. Funné, n’est-ce pas? J’ai choisi la liberté pour finalement me sentir souvent emprisonné. Je ne peux pas démissionner ni laisser tomber la serviette. Ça me fait souvent rusher. Les dettes, c’est de la petite bière à côté de tout le reste. Faire faillite, c’est correct, ça se peut, ça fait un peu de mal à l’égo, mais on s’en remet. Je pense plutôt à ceux qui m’ont fait confiance, qui croient en moi et qui y ont mis quelques pièces de leurs économies. Ça aussi, ça me fait rusher.
Je suis fâché. De ce qu’on attend de moi. De ce que je devrais faire. De ce qui me prend du temps. Des tâches qui s’accumulent. Des factures impayées. Des clients qui ne paient pas vite. Du zèle. Du criss de zèle. Des gens qui ne se mettent JAMAIS à la place des autres. Des règles toujours plus contraignantes et multiples. Des émotions déversées sur mon bureau en attente de validation.
J’ai choisi la liberté, comme je disais.
J’ai souvent envie de laisser tomber la serviette. Genre 10 fois par jour. De dire fuck it, je mets la clé sous la porte, je change d’identité et je vais travailler dans un McDo en Californie. Ce serait si simple. Pour vrai, qu’on me montre où se trouve la maudite switch OFF parce que je ne la trouve pas.
Le plus difficile, c’est de manquer de cohérence, de constance et de positivisme face aux gens que j’aime. Je porte de beaux succès sur mes épaules, mais aussi plusieurs revers tristes et difficiles à accepter que j’ai dû absorber sans trop broncher parce je n’avais pas le temps. Que ce soit désorganisé dans ma tête est une chose, mais je sais que ma vie professionnelle a beaucoup d’impact sur la personnelle (sempiternelle affirmation). Je le sais. On me le dit. Ils ont raison, mais je ne sais juste pas quoi faire. Donc ils partent.
Étrangement, je ne ferais rien d’autre. Ça, ÇA, c’est étrange.
Malgré mon envie insoutenable de garocher ma serviette 10 fois par jour, j’ai 100 illuminations quotidiennement, des moments de profonde lucidité où je me dit que j’ai tout pour réussir, que je vais réussir, que j’en ai les capacités, le talent et le droit (notion que je travaille beaucoup en ce moment). Je finis toujours par trouver une solution quand j’ai le cordon du cœur qui traîne dans’ marde. Parfois c’est long, mais j’ai compris aussi que je devais me laisser le temps de ruminer, de dormir par déni, de procrastiner trop longtemps pour mieux revenir et être prêt à conquérir le monde.
Je sais que je peux manquer de cohérence, mais je fonce aussi souvent tête baissée, sans trop réfléchir, je me teste pour voir comment je vais me sentir ou réagir, si la situation m’est confortable ou non, voir si je suis capable d’en prendre et jusqu’où je suis capable d’aller. J’imagine que c’est un peu ce que j’ai choisi aussi.
Anyway, je retourne bingewatcher une série trépidante sur Netflix le temps que le beau temps revienne dans ma tête et que je remonte sur mon cheval de bataille.
J’ai hâte, mais j’ai toute la vie devant moi.