« Ce sont les plus innovants qui s’en sortiront le mieux ».
Combien de fois j’ai entendu cette affirmation depuis le début de la crise. On pourrait remplacer l’adjectif « innovants » dans cette phrase par inventifs, ingénieux, travaillants, débrouillards, tenaces, avant-gardistes et tant d’autres mots qui pourraient sonner encourageants dans ma grosse tête. C’est anodin et je comprends que c’est sans doute plutôt vrai, que ceux qui en font plus que le client en demande maintenant risquent de sortir de tout ça un peu plus gagnants. Mais bon.
Ça résonne dans ma tête depuis tant de jours. Indûment, ça ajoute une pression sur mes épaules qui, malgré les circonstances, ne sont pas nécessairement plus légères qu’à l’habitude. Avec d’autres et de mon plein gré, j’essaie de ne pas être complètement déconnecté et je discute de solutions possibles pour le pendant puis, de certaines avenues réalisables pour l’après. On se casse la tête pour continuer d’exister dans une période où rien se peut. Ce que chaque discussion me fait réaliser, c’est que je sens que je m’oblige à être à la même hauteur que tous les p’tits vites qui avaient déjà une carte ou deux de plus dans leur jeu avant la Grande Pause. Plus que ça, j’essaie d’être à la hauteur de ce à quoi je pense que les gens pourraient s’attendre de moi. Meh.
C’est lourd.
Pis ça m’tente pas.
J’ai déjà d’la misère à me gérer quand toute va bin, imaginons maintenant.
Avant qu’un pangolin fasse ses petits besoins dans le manger d’un humain, toutes nos affaires allaient bon train. J’avançais vers l’été confiant qu’on allait être capable de le traverser sans trop de difficulté. Pis là, du jour au lendemain, sur ordre gouvernemental et suivant un mouvement mondial, me suis ramassé chez nous un peu soulagé que la roue se mette à rouler pour tout l’monde en même temps. Ma stratégie du moment : me reposer. Un repos bien mérité, je dirais.
Est-ce que j’aurais dû paniquer et essayer de me retourner sur un dix cennes? Ça se peut. Je n’en ai pas senti la nécessité, jusqu’à présent. De toute façon, cette urgence-là, je la vis au quotidien. Chaque jour je réfléchis à comment survivre un ou deux mois de plus. C’est pas plus nouveau avant qu’après l’annonce de la pandémie.
Ce que je sens, c’est que je devrais sentir l’urgence à tout prix pour être un bon entrepreneur. Il faudrait que je me démène jour et nuit pour des grenailles au nom de la survie de mon/mes entreprises. Montrer que j’ai des couilles d’acier, pis un moral d’enfer, que je suis motivé et prêt à renverser ciel et terre pour arriver à la ligne d’arrivée en même temps que le Québec en entier. Mais non. Je ne me suis pas comme ça. Je n’en sens pas la force en ce moment. Et depuis toujours, je suis partisan du « advienne que pourra ». Ça ne signifie pas que je reste sur mon cul à regarder le temps passer. Je me prépare, j’analyse, je continue d’avancer, mais plus lentement. Je finalise des dossiers, je reste à l’affût, je serai prêt pour le retour et espérons-le plus en forme que jamais, des idées plein la tête. J’ai un plan, pis COVID ou pas, ça va se passer.
Il y a les gens, ceux qui sont bin motivés à ma place, et il y a moi. Parce qu’encore une fois, au final, on parle ici de mon cerveau, de mes bras, de mon portefeuille, de ma motivation, de mon entreprise, de mon avenir. Ils sont évidemment bien intentionnés et je me sens mal de leur dire que je préfère ne pas me garocher partout. Ça fait sans doute de moi un real pain in the ass, mais pas quelqu’un de moins ambitieux.
Attendre que la tempête passe un peu, n’est pas la pire des idées non plus. Anyways, tout est ralenti au mieux, arrêté au pire.
J’ai absorbé le choc, j’ai beaucoup dormi, j’ai aussi mal dormi, mais je reprends tranquillement un rythme « normal » dans les circonstances. J’ai bon espoir que tout ça reprenne lentement, mais sûrement. J’arriverai au bout du tunnel, là où il y a la lumière, sans aucun doute plus endetté, mais peut-être aussi moins essoufflé ET en même temps que tout le monde. J’avais tant besoin de reprendre mon souffle.