Blackout un jour de pluie

Aujourd’hui, jour tendu du Blackout Tuesday, j’ai eu envie de lancer des objets. Je ne me souvenais plus d’avoir été crinqué comme ça dans un récent passé.

D’abord, la nuit dernière, j’ai vu circuler le carré noir sur Instagram et, considérant les récents événements aux États-Unis, je me suis senti interpellé et trouvai justifié de faire de même avec le hashtag blacklivesmatter. Parce que oui, barnak, la vie des noirs importe autant que celle de tous les êtres humains. Parce que JAMAIS dans une société juste, démocratique, sensible et humaine, un événement comme la mort de George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et tant d’autres ne devrait se produire et laisser indifférent. Ni même l’apartheid reconnu en Palestine au vu et au su de la communauté internationale et sous nos yeux injustement impuissants. Ni les morts par milliers dans nos CHSLD pour cause de pandémie et du financement anémique de notre système de santé. Les injustices en ce bas monde sont trop souvent monnaie courante ET toujours inacceptables, point. Peu importe l’origine, la couleur, le sexe, le bagage, l’âge ou l’orientation sexuelle. Il ne devrait pas non plus y avoir de hiérarchie de drame humain.

Un drame humain est un drame humain.

Donc, d’une intention positive, ç’a viré en pointage de doigt. D’une bonne action à poser, ça s’est soldé par une confusion générale et un manque flagrant de coordination dans tout le processus juste, justement, de la défense des droits de ce qu’on ne devrait plus jamais appeler « le droit des minorités », mais les droits humains. Ok, le dièse blacklivesmatter était à proscrire dans les circonstances parce qu’il a couvert un lien utile et vital d’information et de support en ces temps de crise-par-dessus-crise aux États-Unis. J’ai compris, me suis senti con de ne pas m’être informé davantage et j’ai modifié.

J’ai lu sur le sujet, me suis encore senti interpellé, j’ai fait le partage sur toutes mes plateformes autant personnelle que professionnelles.

Après, j’ai compris via les story repartagées que c’était, et je cite, une mauvaise idée de partager le carré noir d’abord, parce que je suis blanc (wooooooké?) et ensuite parce que ça contrecarrait le plan initial de promouvoir les réussites noires, mouvement lancé par Jamila Thomas et Brianna Agyemang au Sud de la frontière pour dénoncer la violence policière envers la communauté noire et l’atroce spectacle de la semaine dernière, dernier en liste d’une interminable liste.

Ok. Ok, ok, ok, ok, ok, ok. Tout d’un coup, ça m’a semblé compliqué et délicat et dangereux de m’y aventurer. J’ai donc tout effacé, plutôt contrarié. Et à tort – je l’ai bin trop vite compris – je me suis servi de ma plateforme sociale favorite pour ventiler mon incompréhension face à la complexité de la solidarité attendue dans ce cas bien particulier et extrêmement polarisant. Comme si j’avais 14 ans et que je voulais bitcher sur un « copain » de classe qui me traite de tapette pendant la récré. WRONG. En plus des « haha » face à mon commentaire, j’ai reçu cette réponse sanglante, insultante et inutilement agressive d’un maintenant ex « ami » Facebook :  » En tant que blanc, privilégié et cis genre, ton seul droit est de fermer ta yeule ». J’ai perdu pied. Les fils se sont touchés forever. Je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas garocher ma colère sur les murs. TA. BAR. NAK.

Il m’arrive d’être mal informé sur certains sujets, limite maladroit sur la manière du comment et je ne comprendrai jamais – ça va de soi – ce que c’est d’être une personne racisée parce que je suis blanc et dixit privilégié, mais me taire parce que je ne suis pas « de la bonne couleur pour comprendre » n’est pas une réponse logique ni pertinente ni édifiante quand on doit, en tant qu’humains, se soutenir devant l’imparfait. Le but de toute l’opération était d’apporter un certain soutien virtuel et une concertée solidarité transfrontalière aux événements de la semaine dernière, mais aussi, de manière plus générale, enfin, je crois, de faire un gros FUCK YOU mondial à l’injustice généralisée.

Mais encore une fois, un bien-pensant a préféré brandir la torche brûlante équivalente au point Godwin pour disqualifier ma réflexion sincère du jour. Comme s’il s’agissait de l’apocalypse.

Pour reprendre les paroles d’un ami qui m’a écouté haïr le monde entier par messagerie : « les petits tyrans de la pensée correcte qui te disent comment réagir et avoir les émotions autorisées…FUCK OFF ». Certes, je ne comprendrai jamais ce qu’est l’ostracisme racial, systématique et systémique, mais on ne devrait JAMAIS dans un débat dont la quête est la justice sociale et l’égalité, miner les intentions sincères et ultimement positives, aussi maladroites soient-elles, du porteur de message parce qu’il est « blanc, privilégié et cis genre ». Ça ne fait aucun sens.

On veut tu s’aider ou on veut tu pas s’aider? J’espère justement que du monde extérieur existe pour défendre les droits de ma communauté LGBTQ2S+ élargie et généreuse. Je l’espère à chaque seconde. C’est l’essence qui fait rouler le moteur des changements sociaux, le monde. Je ne dirai jamais non aux coalitions élargies et positives et bien intentionnées.

Donc, aujourd’hui, après avoir ruminé et ragé sur tous les fronts, je me suis senti comme en 2012 quand j’essayais de défendre mon carré rouge à tous crins sur les réseaux sociaux pis que je réalisais pas encore que ça servait à rien. C’était aussi bien avant que je connaisse l’existence de l’avilissant point Godwin. Ça pis enlever des gensses de ma liste « d’amis » Facebook parce que ça devenait juicy et insultant pour des miettes.

Je nous souhaite de l’ouverture, de la compassion, de l’écoute, de la mobilisation et de la solidarité gros comme la Terre et tous ceux qui la compose. On en a besoin. On aura toujours besoin de la plus petite des attentions pour créer un monde de changements.

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