C’est correct. T’es pas intéressé. Je l’ai compris au moment où j’ai été trop émotif avec toi pour rien. Des explications du bout des lèvres, un recul marqué puis, le silence. C’est correct, c’était pas meant to be. Mais je pense qu’avec un peu plus d’empathie de ta part, davantage d’écoute ou juste de fairness et ç’a aurait pu être quelque chose d’intéressant. Une belle amitié, peut-être. Parce que pour un moment de faiblesse, t’en as eu 10 où j’ai été attentif et empathique. T’as plutôt choisi de déposer tout le fardeau de « l’échec » sur moi, égoïstement. Dans ton message final i.e. avant que je te block forever (haha!) tu t’es délesté de tout et t’as tout dirigé vers moi, le problème, apparemment. Et avec tout ça, t’as décidé de mettre à la poubelle ce qui était beau et fun parce que c’était devenu « trop compliqué » sans même avoir essayé quoique ce soit. Classique. Déjà vu. Moultes fois cuvé.
J’ai rien inventé. Les discussions, les confessions, tout semblait être sur la même portée et en accord sur un joli chemin agréablement tracé. Toi, moi, nos faces souriantes, les moments tendres à distance, les appels, les FaceTime, les « je pense à toi » et les « j’ai hâte de t’voir ». Deux mois d’encouragement au coeur d’une pandémie de-marde-de-marde. Rien de compliqué, mais rien de solide non plus. Si embryonaire que ça ne mérite pas tous ces mots, mais ça m’a fait un bien immense de te connaître à ce moment-là et ça, ça compte.
J’aurais dû comprendre, je sais, mais tsé, les mixed signals. On en envoie tous un peu, mal gré. Pis ça fait son chemin même si on ne le veut pas vraiment. Et ça introduit souvent le début de quelque chose.
Le plus brutal, c’est quand tout semble bien se passer et que tout s’arrête. La porte qu’on ne voit pas avant qu’elle nous rentre dedans. Pour une fois avec toi, un soir, out of nowhere, j’ai été émotif, t’a pas aimé ça (ça devait toujours être toi, apparemment, la vedette de l’émotion), je me suis un peu trop montré intéressé, ça t’a brusqué, c’est devenu instantanément compliqué dans ta tête, genre toute. Too bad so sad. Je me suis repris et repentis de mon excès d’anxiété, j’avais pas rapport, mais peu importe, t’es disparu dans ta forme connue, je suis passé de cool à uncool en l’espace de plus ou moins 12 minutes. Un peu anxiety shaming style.
C’est comme ça que je me suis senti sur le coup : un gros caca puant.
Après deux nuits à me demander « de kossé don’ mon problème », j’ai dépompé pis j’ai continué mon train-train quotidien. Chacun ses torts, incompatibilité relationnelle apparente, difficulté de communication irréconciliable, c’est pas la fin du monde, c’est pas la première fois non plus, pis on n’a surtout pas besoin de ça ni l’un ni l’autre. C’est juste que tsé, la manière de le dire, LA MANIÈRE.
Et le soir où je t’ai demandé des explications, plusieurs, plusieurs semaines plus tard, ta réponse a été brusque, inconsidérante, toi, toi, toi, tes émotions, tes besoins, tes conclusions, toi. Pas un seul mot sur moi. Pas une seule seconde de « ça se peut que j’aie quelque chose à y voir ». J’ai eu le culot de, je suis difficile à suivre, je veux t’embarquer dans quelque chose qui « clairement ne t’intéresse pas ». Fuck you. Juste fuck you. Gère tes messages contradictoires d’abord, sois une coche moins égocentrique et arrête de tout ramener à toi, c’est mal.
L’affaire que j’aurais dû comprendre il y a bien longtemps, c’est que pas mal de monde s’en torche qu’il y ait un humain avec des émotions au boutte de leur manque d’empathie. C’est dommage parce que c’est vraiment correct de pas vouloir aller plus loin après avoir mis le pied dans l’engrenage, mais me semble que c’est pas obligé que l’ensemble de l’œuvre soit bonne pour la poubelle (et de faire sentir l’autre comme tel). Avec le temps, j’ai appris à dire à ceux avec qui il y a pu y avoir un intérêt commun : « on ne deviendra pas un couple, mais t’es l’fun, on pourrait peut-être être amis ». Ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas toujours une bonne idée, mais j’ai le feeling que ça vaut souvent la peine d’essayer. Au moins pour arrêter d’éviter tous les gens qu’on a daté et de répandre un peu plus de beau au passage.
Faque ce soir-là, dans le petit lit du fond de la roulotte sur le terrain de mes parents aux Îles-de-la-Madeleine, en t’écrivant, j’ai tiré sur la plug tellement fort que j’ai arraché une partie du mur. Y restait pu rien qu’à mettre le feu à maison pis boire des bières. Fin de l’histoire. Pif paf pouf.
J’ai beau être une grande personne, ça brasse tout l’temps. Le choix de mots de cette fin de brève histoire était inutilement violent. On commençait tout juste à apprendre à se connaître, je ne peux pas être triste de le perdre lui. Je suis juste triste d’avoir été envahi par ce sentiment lumineux d’abord, puis de rejet doublé de dégoût vraiment difficile à absorber.
J’ai eu longtemps du mal à comprendre que quelqu’un pouvait ne pas s’intéresser à moi sans remettre en question mon existence toute entière, sans avoir l’impression de devenir un déchet aux yeux du monde entier. Ça m’a pris du temps à comprendre, mais j’ai finalement vu une lumière au bout du long tunnel que je me suis imposé il y a quelque temps : je le vaux bien. Pas avec lui. Ni lui ou un autre, peut-être avec personne même, mais ça ne fera jamais de moi quelqu’un de moins intéressant ou moins désirable ou moins valable pour autant. La pandémie m’a fait réaliser un truc SUPER important : je suis bien avec qui je suis, seul avec moi-même. Ça ne signifie pas que je m’enfargerai jamais dans les filets du sentiment de rejet ou d’abandon de nouveau, ça signifie juste que je pense être en mesure de le vivre autrement, plus sereinement.
La vie est annulée depuis si longtemps que la moindre petite flamme redonne espoir sur ce qu’on connait. Tout le monde est à cran pis on n’a pu tant de plaisir. On partage des photos de voyage dans des endroits magnifiques où la moitié des commerces sont fermés, où le désinfectant craquelle les mains un peu plus à chaque utilisation et où le masque est obligatoire à l’extérieur d’un shack à patates. On n’a pu de fun même si on fait semblant. On travaille fort pour que ça ne ternisse pas trop notre quotidien en se répétant que « ça va bien aller » même si ça ne va pas si bien que ça.
Mais ça va bien aller pour vrai. Juste pas maintenant. Avec en plus tous ces mouvements qui nous remettent en question en tant que société jour après jour, on a du pain sur la planche pour remonter la pente, for good parzemple. Le temps, le temps fait si bien les choses, qui disent.
Quelle année, hen?
La vie est annulée depuis si longtemps que la moindre petite flamme redonne espoir sur ce qu’on connait! Tellement Vrai ce passage Luc, tellement, mais tellement Vrai! Merci!