C’est la fête

Aujourd’hui, je deviens un adulte. Même si ce n’est pas ce que je ressens à l’intérieur, c’est un constat qui me semble assez juste. Théoriquement et statistiquement, j’ai vécu 48,5% de ma vie. Ce n’est ni positif ou négatif, mais ça ressemble à la moitié d’un tout. C’est beaucoup pour l’enfant médusé qui se rappelle avec vigueur le 40e anniversaire de son désormais vieux père. D’abord, du haut de mes 13 pommes, tous les gens présents semblaient bien grands et vieux. Ensuite, pour une raison que je préfère ne pas comprendre, tous portaient des épaulettes dans des accoutrements suivants différents tons de bruns, tant les hommes que les femmes. Je dois admettre que dès lors, cette étrange mode a eu un peu raison de mon espoir en l’humanité.

Je ne sais pas si j’ai aimé être un enfant. J’ai été anxieux et/ou « braillard » comme on s’évertue encore à me le rappeler, assez solitaire, pis bin bin accroché à la jupe de ma mère. Un instant loin d’elle et je pleurais. Malgré tous ses énormes efforts pour faire de moi un enfant indépendant, j’ai fini par ne jamais participer aux activités auxquelles elle m’inscrivait tant je pleurais de désespoir à son départ. Pas de karaté, de natation, de louveteau, ou autre activité éducative et bonne pour le développement de l’infint. Rien. Je pleurais.

Je voulais être astronaute, pape ou princesse héritière d’un grand empire.

Petit, frêle, gêné, coincé, toujours à ma place et têteux de prof, j’ai fait mon entrée au secondaire en longeant les murs sans trop vouloir me faire remarquer. Puis un jour, face à une injustice flagrante, j’ai affronté-effronté des p’tits bums de secondaire 3 qui nous sommaient, mes amies et moi, de quitter LEUR cafétéria. J’AI DIT NON! Mon premier véritable acte de bravoure m’a valu un lançage de roches en bonne et due forme à la sortie des classes ce jour-là. Qu’à cela ne tienne, mon objectif de vie était désormais d’essayer de toujours me situer au-dessus de la mêlée, de « vaincre » avec ma tête et non mes bras. Cinq années passèrent, j’étais fier finissant (et étrangement populaire) pendant qu’eux avaient redoublé 2 ou 3 fois, fuckers. J’avais gagné.

J’ai poursuivi mon chemin vers le cégep, volontairement loin de tous ces gens de la folievalente, pour entamer les études de ma première carrière : l’architecture. Je ne serais donc pas astronaute. Attentif, travaillant, doué pour le dessin, j’ai bûché encore et encore, sans jamais festoyer et sans alcool (it’s been a while) pour finir avec une cote R fort enviable (35,7) m’ouvrant les portes de toutes les universités dans ce domaine contingenté.

Fuck off, j’ai envie de vivre et de voyager, je vais travailler.

Premier job en achi, premier mentor (merci JFSD), premiers gros projets, premières responsabilités. Un peu plus sûr de moi et un peu plus baveux, j’ai crié tant de fois à mes collègues « chu pas yienqu’un dessinateur » avec la fougue et l’arrogance du débutant prêt à déplacer des montagnes. On m’a fait confiance, ils ont eu raison et j’ai passé au total 10 ans (14 en comptant les énièmes pauses) à dessiner des ostis d’escaliers en acier et des bâtiments institutionnels en tout genre. Vers la fin de ma carrière, je comptais pour 50 millions de dollars de projet sur mon seul bureau. J’avais gagné encore, je crois.

Entre temps, j’ai accepté mon HOMOSEXUALITÉ et je suis devenu un peu plus exagéré (allô RL).

Puis, un homme (I know) et le goût du défi m’ont mené en relations internationales à l’université, ici et en Angleterre. Rien de trop beau pour la classe ouvrière, j’avais décidé que l’avenir m’appartenait. La pédale dans l’tapis, avec toute l’assurance du monde, mon dernier travail de l’université de Leeds portait la mention « outstanding« . Même si tout n’a pas été rose et simple, je pouvais tourner cette page la tête haute.

Dans l’intervalle, j’ai vu Paris au moins 10 fois.
J’ai pris une photo avec Céline Dion, la vraie.
J’ai reçu une lettre de recommandation de la Déléguée générale du Québec à Atlanta suivant une fabuleuse entrevue.

Puis est venue la politique, court et intense passage auprès (pas si près) de Pauline Marois, ma première première ministre. Du beau, du grand, de l’impossible, du cassage de plafond de verre, mais aussi du weird, du « pas fin » et beaucoup, beaucoup d’apprentissage. J’ai compris à ce moment-là qu’il fallait parfois se faire violence pour changer de trajectoire. Je ne serais donc pas pape ni princesse héritière d’un grand empire. NON. HABEMUS. PAPAM.

Le reste, c’est de l’histoire.

Je ne sais pas si j’ai envie d’être un adulte. Chose certaine, je ne retournerais pas en arrière. Certes, j’aurais fait beaucoup de choses autrement : j’aurais été plus patient, plus léger, j’aurais appris à être moins émotif pour TOUTE, j’aurais sans doute pris d’autres chemins, surtout amoureux et moins douloureux, j’aurais voulu étudier autre chose, être plus indépendant financièrement plus tôt (ou ever haha!), être plus discipliné, plus musclé (lol), ne pas perdre mes chfeux, pleurer moins et trouver l’homme de ma vie pour la vie à 21 ans.

Ce que je vais faire, maintenant? Continuer à essayer de devenir une meilleure version de moi-même, apprécier mes petites victoires, solidifier les amitiés que j’ai déjà, faire la fête dans d’autres pays sans pandémie, manger plus de foie gras, boire plus de champagne, profiter de la présence de mes vieux parents, m’émerveiller devant mon cactus de Noël en fleur, essayer de devenir un muscle man au gym Halères & Go (j’adore le jeu de mot douteux), siester le plus souvent possible et tenter de dompter les maudites petites angoisses du quotidien une fois pour toute.

La chose qui m’a beaucoup rassuré en voyant le temps passer récemment, c’est que j’ai réalisé que je profitais enfin du moment présent. Comme ça, sans faire d’effort. Sans m’en rendre compte donc, la boule que je trainais depuis si longtemps s’est dissipée. C’est peut-être ça, vieillir.

Je ne sais pas si je suis devenu un adulte aujourd’hui. Je suis aussi anxieux qu’avant, plus du tout frêle, fonceur, frondeur, plutôt baveux (parfois trop, à ce qu’on dit), confiant, reconnaissant et prêt à tout. C’est moi. C’est le moi de quarante ans.

Et si c’est ça, être une adulte, je suis pas si déçu du Lulu que je suis devenu.

Laisser un commentaire