Non, mais hen. Tsé, j’veux dire. Une belle année. Féérique pis toute.
Au boute du boute de toute ça, ça fera une année complète (peut-être plus) que la vie aura installé des speed bumps aux deux, trois mètres dans notre quotidien. Pour la majorité d’entre nous, on aura tout de même appris quelques petits trucs : apprivoiser la solitude, prendre le temps, ne rien prendre pour acquis, faire des économies, se garder une petite gêne, pleurer un peu pour rien et s’ennuyer à mourir de cette vie trépidante et un peu rushante que ça-fait-don’-longtemps-qu’on-n’a-pas-vécu. Pis on aura amplifié la plainte à un niveau jamais vu, comme si c’était possible de le faire plus.
Ce qui m’a fait réagir récemment? Le mot « retrouvailles » généralement associé à des réunions de familles lointaines ou à un rassemblement de mottés du secondaire une fois aux 10 ans. Cette fois, il s’adresse à chacun d’entre nous, à nos amis chéris, à notre famille adorée et à tous ces gens qu’on croisait ici et là, avec qui on échangeait des petits riens ou de grandes choses et qu’on n’a pas serré dans nos bras depuis le 21 mars 2020. C’est long, c’est plate, mais ça aura peut-être redéfini certaines valeurs.
Esti que ça finit pu.
Y se passe tellement rien, qu’on n’a pas tant de trucs à raconter. Ce qui ne signifie pas qu’il ne se passe rien en dedans. Et j’ai compris qu’on avançait pas mal tous tête baissée en se disant que ça allait finir par passer. Qu’en serrant les dents un peu plus longtemps, qu’on s’apercevrait que cette situation est enfin derrière nous. C’est en parlant avec des amis proches que j’ai compris que certains d’entre eux avaient perdu pied à un moment ou à un autre. Un genre de flash qui leur a fait réaliser que c’est pas ça, la vie, que c’est pas d’même qu’ils la voulaient, leur vie. C’est la première véritable épreuve collective des générations Boomer, X, Y et Z et c’est aussi la première fois que l’Occident au grand complet est soumis à un phénomène trop souvent vécu ailleurs. Parce que tsé, ici, en Occident, on est toujours épargnés des drames qui se passent ailleurs. C’est peut-être le karma?
C’est aussi une période où la communication est plus que jamais confrontée à un flot incessant d’opinions personnelles basées sur des croyances personnelles souvent à mille lieux de la vérité. C’est important de discuter de ce qui nous arrive, de ceux qui nous dirigent, des décisions qu’on nous impose, de l’information qui nous est rapportée. C’est aussi important de conserver un certain équilibre dans tout, dans la critique comme dans l’opinion. Ce que je pense de la situation du monde n’intéresse que les gens qui m’entourent et encore. C’est cependant et maintenant permis de dire tout ce qu’on pense de la manière qui nous chante et ce, peu importe l’interlocuteur. Les niveaux d’empathie, d’écoute, d’analyse et d’ouverture sont proches de zéro et c’est bien désolant. D’une discussion surréaliste avec un dude « qui avait fait ses recherches », j’ai retenu la chose suivante : je ne cherche pas à avoir raison, mais à nous faire réaliser qu’on a peut-être tous tort. Parce que je ne crois pas en la vérité absolue ni en des médias entièrement impartiaux ni en un gouvernement qui ne veut que notre bien. L’équilibre, moi j’dis.
Ceux qui ont faits leurs recherches, les « covidiots », sont finalement idiots du simple fait de ne rien mettre dans la balance, de contester l’ordre établi parce qu’on touche à leurs droits et libertés indivuels sans jamais penser à la collectivité. Eux, leur bien-être, leurs voyages, leur possibilité de choisir ou non de porter un masque ou de se regrouper. Eux. En oubliant que notre confinement en est un de luxe, qu’on est extrêmement chanceux d’avoir été pris en charge par leur gouvernement – qui a rapidement pris la mesure de l’aide à apporter sans trop broncher – et que le système de santé à ses limites, qu’il ait été bien financé au fil du temps ou pas. On a rapidement oublié également qu’il y a quelques mois à peine, les morts étaient empilés dans des remorques réfrigérées pas plus loin qu’à New York, le coeur de la première puissance du monde. La seule chose qu’on nous a vraiment demandé, c’est de porter un esti de masque en public et de restreindre nos déplacements et rassemblements avec notre entourage. C’est pas toi qu’on vise maudit criss, mais l’ensemble de la société. Un effort collectif. Pour le bien commun. Ça ne me semble pas bien compliqué. On n’est pas en train de restreindre tes droits et libertés pour t’en passer une belle, mais pour essayer de s’en sortir sans trop de séquelles. Pour que tu puisses encore jouir de tous tes privilèges à la fin de tout ça. Je ne vois pas où il devrait y avoir de débat. C’est juste un boute plate à passer, sans plus.
Reste que chu vraiment fru de voir qu’aux États-Unis, entre autres, le monde s’en criss, que ça continue de faire le parté pendant que des restrictions sommes toutes managable sont imposées. Chu fru de voir des smartass chez nous continuent de partager des photos de leurs soirées de groupe pendant qu’on essaie tous de garder la tête hors de l’eau. C’est ne pas comprendre le principe de société qu’on s’est donné. C’est vouloir prendre seulement ce qui nous avantage sans rien donner en échange. C’est individualiste et égoïste pis c’est pas du monde que je veux côtoyer.
C’est clair cependant qu’entre le ton larmoyant et formaté de Justin Trudeau et cette succession de décisions contradictoires et mal ficelées de Québec, on a perdu le fil de la logique depuis un certain temps. On n’y comprend plus grand chose et ça peut nous rendre un peu plus cynique chaque jour. Chose certaine, je ne voudrais pas être à leur place et devoir choisir entre l’économie et la santé ni à devoir faire une balance entre les deux. On choisit du monde pour nous représenter, nous devrions tous leur lever notre chapeau en ce moment et être solidaire de cette gestion de crise qui ne pouvait être que chaotique. J’aurais fait mille choses différemment, mais c’est pas moué qui décide et c’est peut-être mieux comme ça.
Je rêve qu’après cette épreuve le monde soit plus généreux, plus sensible, plus authentique et plus collectif. Qu’on comprendra mieux ce que c’est, vivre en société et que l’état Providence, c’est une idée géniale. Je rêve aussi que mes voisins pellètent la neige devant mon escalier de temps à autres. Ce serait l’fun qu’on soit juste un peu plus fins entre humains.