Juste un peu d’humanité

Allô. It’s been a boutte. Avant j’écrivais généralement pour ventiler, ça m’aidait à mettre mes idées en place et éventuellement, faire la paix avec la vie et ses aléas. Puis, un jour, les aléas sont devenus plus grands que nature, boostés par le stress et l’anxiété de la job beaucoup trop stressante et anxiogène et j’ai arrêté d’écrire. Je suis devenu incapable de mettre sur papier le trop-plein préférant anesthésier le concert de bruits devant la télé et bingwatcher avec Outrance, sans Parcimonie (elle, tsé). J’ai essayé plusieurs fois de m’y pencher, juste pour moi puis, rien. Le seul texte que j’ai réussi à composer était pour la mort d’un ami proche. L’émotion était trop forte, à juste titre.

Le truc, c’est que je ne peux pas craquer. Et ce que j’écris en ce moment, a un potentiel de craquage élevé. L’émotion est encore trop forte, à d’autres titres. Mieux vaut écrire et essayer de conjurer le craquage. Mais j’en ai envie, de flancher, je pense que ce serait libérateur, en fait. En revanche, si je me rends jusque-là, je ne me relèverai pas, pas rapidement en tout cas. Et j’ai besoin de rester debout pour plein de bonnes raisons. J’ai souvent cette peur qu’un moment donné, mon cerveau va juste tilter de trop de stress pis virer légume.

La dernière année fiscale a été I-N-T-E-N-S-E. Rien de tout ce que j’avais imaginé n’a abouti (pas encore, du moins). Ma route professionnelle a été jonchées d’embûches à l’allure insurmontable. Tout a déboulé quand la banque s’en est mêlée, pour un détail. Et quand elle s’en mêle, il n’y a pas d’émotion. C’est brut. C’est sec. C’est cartésien. Mais tout le monde sait, sans même être entrepreneur, qu’être en affaires, c’est souvent une question d’émotions autant que de faire de l’argent. L’idée arrogante qu’on va révolutionner le monde professionnel dans lequel on se lance. L’idée que le produit qu’on met au monde va faire le tour de l’Univers et plaire à tous. L’idée que son idée est l’idée du siècle et qu’elle, après le succès, apportera la richesse. Mais quand la banque s’en mêle, c’est le reality check que personne ne veut. Tu comprends à ce moment-là qu’il y a des entités et des gens qui n’ont pas de patience et qui ne disent pas « on va s’arranger » pour te rassurer. Un peu comme le gouvernement. T’es dans ‘marde, pas grave, on va te tirer vers le bas au maximum quitte à t’étouffer pour gagner pas grand-chose au final. Combien d’entreprises auraient pu survivre avec un peu plus de patience, d’aide et d’humanité de leur banquier, justement?  À partir de là, tout le monde le monde devient nerveux et tout le monde met de la pression, même ceux qu’on n’en pensait pas capable.

C’est lourd à porter.

Puis, tu te rappelles que c’était ton choix, cette aventure. Que des gens comptent sur toi, que tu ne veux pas décevoir, que tu ne veux pas « échouer » et perdre tout cet argent investi et ces amitiés généreuses. Donc, tu te relèves les manches, tu supprimes l’ensemble des émotions qui font surface, tu augmentes la dose pis tu joues la game. Je veux réussir. On veut tous réussir. Puis vient un moment où c’est plus fort que tout, plus que la logique, la santé mentale et l’équilibre émotionnel.

J’ai failli arrêter. Plus d’une fois. Récemment encore, avant une série de bonnes nouvelles, j’avais fait la paix avec « mettre la clé dans ‘porte » au risque de perdre beaucoup plus que des cennes. Pis là, pif paf pouf, tout s’arrange, encore. Des montagnes russes toujours difficiles à suivre. Et si une autre fois, tout ne s’arrangeait pas?

On a fait ce qu’il fallait faire. J’ai fait ce que je fais de mieux, faire aller mes antennes et s’entourer de gens compétents et chérants pour remonter l’abrupte pente. On est sur le point, un an et deux mois plus tard, de voir une lueur au bout du tunnel. Rien n’est réglé, c’est fragile, mais on a un bon produit et il y a de l’intérêt pour ce qu’on fait. C’est juste long. Toujours très long.

Aujourd’hui, on attend une nouvelle. On a reçu une approbation il y a PLUSIEURS mois, on devait recevoir les sous il y a PLUSIEURS semaines déjà, mais quelqu’une dans leur organisation a décidé de présenter notre projet devant son CA pour une deuxième fois. Juste pour être certaine qu’ils n’avaient pas dit oui les yeux fermés et les oreilles bouchées. Je suis sur le gros nerf depuis des semaines, je ne dors plus, je suis figé par la barge d’émotions qui m’assomme. Au moment de mettre en ligne, j’ai reçu la réponse que je souhaitais : on continue. Soulagement de feu, mais petites « séquelles » de tête tout de même. On ne se remet jamais vraiment de ces épreuves, je crois.

Il y a des humains derrière tout ça. Ici comme là-bas. Mais les humains ici n’ont pas beaucoup de grip sur la couvarte. Et on réussit tant bien que mal à enfouir la lourdeur du processus quelque part au fond de notre corps sous une couche épaisse de « toute va bin été » les doigts croisés, le chapelet accroché. Souvent ça va, souvent ça ne va pas. Je dis régulièrement que les succès sont petits et courts par rapport aux multiples petits et grands revers. Vient qu’on ne sait plus sur quel membre danser.

Ce qui me manque plus que tout, c’est d’entendre des histoires brutes d’échecs-succès. Qu’on le sache quand ça va mal ou du moins, qu’on ne fasse pas d’esbrouffe pour tout camoufler et qu’on se questionne. Une grande entreprise de prêt-à-manger a fait une faillite retentissante récemment, mais son ex-présidente flashait tout ce qu’elle pouvait dont son argent sur les réseaux sociaux. Pourtant, la marde était pognée en background avec bin du monde qui allait perdre. C’est certain que c’est moins glamour de montrer la rushante réalité, mais disons que ça donnerait l’impression qu’on n’est pas tous seuls à ramer.

Tout ce que je demande, au final, c’est davantage d’humanité. Ça irait tellement mieux pour tout le monde.

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