Réfléchir indépendamment

Je n’aime pas la chicane. Je dis ça, mais si on m’y pousse, je vais sauter dans le ring et je tenterai de ne pas me laisser faire. Avec le temps cependant, avec l’âge et l’expérience j’ajouterais, je tente de mieux la « gérer » si ça se peut. Fermement, mais calmement, toujours en tentant d’éteindre le feu et d’être à l’écoute. Ce n’est pas toujours évident. Malgré tout, je suis un grand émotif et je ne suis jamais à l’abri de me retrouver près de rideaux faciles à grimper.

La chicane, cependant, c’est pas mal ce qui fait vivre les politiciens d’opposition et les politiciens en général. On n’est pas d’accord, on en fait un plat bien gras. On s’objecte avec théâtralité et on s’indigne pour des virgules. Je comprends le concept, je comprends la joute politique et l’intention derrière ces interventions outrées, mais c’est épuisant à la fin.

Je ne me ferai pas d’amis ici, mais les sorties dramatiques des derniers mois du chef du Parti Québécois m’agacent beaucoup. D’abord, parce que ça sonne de plus en plus comme du « chialer pour chialer » et ça, ça m’a toujours exaspéré. Trump le fait en respirant, Poilièvre le fait même en dormant, Coderre transpirait la chicane, Drainville en a fait une carrière. On n’a pas besoin de ça. La CAQ est en chute libre, les libéraux avancent de reculons, QS est « omniabsent ». Ce serait pourtant le temps, tous partis confondus, de parler avec une passion contagieuse des projets qu’ils souhaitent réellement mettre de l’avant une fois au pouvoir. Parce que ce qu’on retient, c’est la maudite chicane. Ce serait aussi le temps de s’élever au-dessus de la mêlée et de ne pas verser dans le populisme excessif dans le but d’être élu, même si je constate tristement que ça fonctionne de plus en plus. Ça devient une seconde nature, je crois. Ça donne de la prestance, de la force, on sait se tenir debout, qu’ils doivent se dire.

C’est du grand n’importe quoi et ça rend le débat, la politique dis-je, stérile.

À ce stade-ci, je ne voterai pas pour le PQ. C’était mon intention jusqu’à tout récemment. J’avais espoir d’une différente façon de gouverner propulsée par une nouvelle génération de politiciens comme PSPPTUVW. Le PQ a souvent été derrière de grands changements qui ont modernisé notre société, pour lesquels on a gagné respect, rapport de force et dignité. Mais le ton alarmiste et la posture victimisante à outrance des derniers mois m’épuise. C’est quoi, au-delà de ton projet d’indépendance, ton maudit projet de société?

Je viens d’une famille souverainiste de mère en fils et la dissidence n’est pas encouragée. On ne peut pas aller à contre-courant du mouvement sans que ça ne génère des hauts cris de disgrâce. On a un oncle ouvertement fédéraliste et ç’a fait des flammèches régulièrement dans les soupers de famille par le passé. Bien que le personnage ait pu être polarisant d’emblée, je le soupçonne d’avoir joué volontairement au loose canon par plaisir de faire fâcher les matantes bin trop crinquées pour s’en rendre compte.

Je suis un mou, donc. Je voterais oui à un référendum sur la souveraineté, mais j’ai toujours été fier d’être Canadien. Je suis un fervent monarchique pour la mémoire vivante et la continuité incarnée, mais je suis pour un régime parlementaire sans gouverneur général, avec des sénateurs élus et un chef d’État incarné par le premier ministre ou un président symbolique. Je suis un mou et un fucké, apparemment. Bref, je ne suis pas dogmatique, ce qui fait défaut à la majorité des partis et politiciens qui aspirent au pouvoir.

Je veux un gouvernement qui me gouverne pour mon bien et pour tout le monde. Je veux un gouvernement avec de grandioses projets de sociétés porteurs d’espoir et de prospérité, comme on a su le faire à plusieurs reprises ces 60 dernières années. Je veux un gouvernement logique, qui dépense intelligemment, pas électoraliste, à l’écoute de ce qui se passe en bas et qui ne s’époumone pas sur un 3e lien inutile ou une charte des valeurs clairement dirigée vers certaines communautés ethniques et religieuses. Je veux aussi des oppositions qui félicitent les bons coups sans « mais ».

Si on se fie aux sondages et qu’on écoute nos voisins, la souveraineté, on n’en veut pas à ce stade-ci. Les sondages le disent, mais la conjoncture aussi. On est moins fâchés, peut-être. On se tient plus serrés, comme tout un peuple face à l’adversité. Je suis aussi d’avis qu’on est plus forts unis. Je suis de ceux qui croient qu’on est actuellement mieux servis dans un Canada fort face au potentiel envahisseur américain. Ça n’enlève rien au fait que je souhaiterai toujours plus d’autonomie pour le Québec pour faire vivre pleinement nos différences notables en matière de toute et de gros bon sens. On est quand même, depuis belle lurette, la barrière morale aux éventuelles dérives canadiennes. Niaise-nous pas, on va te sortir. T’es trop populiste ou rétrograde, tu ne passeras pas. Je suis aussi pour le maintien du Bloc Québécois à Ottawa pour rappeler au ROC qu’on existe et qu’on est bin bons pour se tenir debout. GO FIGURE.

Le truc avec l’indépendance, c’est que ça ne réglera pas tout. Pouvoir décider de tout en toutes matières ne nous protègera pas contre les mauvais gouvernements ou les dérives de différents partis ou politiciens. Des idiots comme premiers ministres, on en aura encore. Ce sera juste plus rushant parce qu’on aura moins de contrepoids institutionnels qui ne pensent pas exactement comme nous. Il y a eu des moments difficilement excusables dans l’histoire passée et récente de la confédération canadienne, ouvertement contre le Québec, mais on est moins là, je crois. Il y a certes encore des insensibilités, des maladresses et du Québec bashing dans certaines régions du Canada. Honnêtement, je crois qu’à certains moments, on l’a cherché comme une preuve de plus qu’on n’est pas les bienvenus dans c’te pays-là.

J’aurais tendance à croire qu’on y gagnerait tous à être moins fâchés tout le temps, à jouer le jeu du système tout en maintenant fermement notre nécessité d’autonomie et de société distincte. On base encore trop souvent notre colère actuelle sur les messes basses du passé qui remontent parfois jusqu’à la Conquête (misère). Si on essayait de ne pas oublier, de se tenir debout, de parler franc, mais d’être bons joueurs dans une période qui mérite unité et solidarité? Parce qu’à force de dire qu’on ce sont les autres le problème, on en devient peut-être un.

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