Je ne vous cacherai pas que ça brasse un peu dernièrement. Professionnellement, depuis 2 ans, ç’a été un shit show innommable de ups and downs malgré la belle vitrine et les bonnes ventes. Personnellement, ç’a aussi été ups and downs pour un tas de bonnes et mauvaises raisons. Ça fait que, mon couple et moi, on a décidé de se séparer pour arrêter de se tirer vers le bas. Difficile constat, au demeurant, mais lucide et adulte aussi, je dirais. Pis on a bien fait ça; dans le calme et l’écoute, avec beaucoup d’affection et de respect. Comme quoi, on peut bien réussir son couple-pendant-que-ça-dure que sa séparation.
Donc, de retour à la case célibat. Pas fâché, mais pas content-content non plus. Après presque 6 ans de travail sur notre entité quasi matrimoniale, on s’imagine toujours qu’on va finir par trouver une solution à toute, qu’on en a vu d’autres, qu’on s’aime et que c’est tout ce qui compte. Mais c’est justement l’accumulation de ces « autres » qui a fait en sorte qu’on vivait un genre de « divorce silencieux ». Vous irez lire là-dessus. Psychologie de garage de couple 101.
Faque, rebelotte les applications spécialisées. Pas obligatoire, mais comme instinctif. Un peu pour contrer cette nouvelle solitude, un peu pour passer au travers de l’hiver éternel, un peu pour potentiellement rencontrer de nouvelles personnes. Pas pour se matcher, évidemment, on sort d’un long fleuve pas toujours tranquille, ça prend un temps pour se poser. Parce qu’après chaque rupture, il y a une sorte de reconstruction nécessaire. On a fonctionné si longtemps au diapason d’un duo désormais révolu, au rythme de compromis et concession, d’ajustements et de discussions qu’on finit par se demander qui ont est réellement, finalement. L’avantage avec l’âge – il y en a parfois, ça me rassure – c’est qu’on sait un peu plus, un peu mieux qui ont est en toutes circonstances, mais ça use tout de même de se questionner après un moment. Ça fait douter. Parce que pour en arriver à se dire que c’est fini, c’est qu’il y a eu beaucoup d’étapes déstabilisantes où l’on a remis tout ou presque en question dont soi-même. Bref, les applications de rencontres pour réapprendre à marcher en société.
Premier constat, ÇA NE ME MANQUAIT PAS DU TOUT PANTOUTE. Jésus, Marie, Joseph. C’est beaucoup d’efforts, très, très peu de résultats, du gros magasinage de photos et des « Salut, ça va? » qui ne mènent nuuuuuuuuuuuuulle part. En plus, faut faire et re-faire le topo de sa vie à des inconnus un soir de semaine quand on ne voit jamais personne du dimanche au vendredi depuis bien longtemps. Maiiiiiiis ça occupe l’esprit et ça divertit dans la mesure du possible. Parfois c’est naturel, souvent non. Rien à dire cependant sur les quelques rencontres en personne que j’ai faites dernièrement : les discussions coulaient de source, ils étaient intéressés et intéressants, un verre, deux, trois, on parle de tout, de rien, j’ouvre mon grand livre de red flags spontanément pis ça choque par-sonne. Chose certaine, ça ne me dérange pas/plus de me rendre vulnérable. Je trouve ça même très pertinent de le faire rapidement, ça évite les pommes pourrites.
On va se le dire parzemple, c’est quand même énergivore. Et décevant souvent. Parce que même si je ne le fais pas pour rencontrer l’amour du reste de ma vie, je m’attends toujours à un minimum de respect? de suivi? de closure quand ça marche pas? Je sais pas, je ne souhaite être un item jetable comme je ne souhaite en faire de même avec les autres. Tu ne peux pas dire à quelqu’un après moults échanges intéressés « t’es ma top priorité » pis disparaître dans les limbes sans rien dire. C’est bizarre. C’est clair et pas clair à la fois. C’est le mal du siècle, d’après moi. Je dis ça, mais je ne dis rien.
Second constat, j’ai changé de catégorie d’intérêts aux yeux de plusieurs. C’est subtil, mais c’est un fait. J’ai beau être en forme, bien me présenter, savoir m’exprimer, avoir des intérêts divers, être willing, j’ai 45 ans et ça, dans la tête de certains, ça fait une grosse différence. Bien que l’âge puisse être vu à la fois comme une aura de stabilité ou de maturité ou d’expérience, ma barbe grisonne, mon expérience parle, ma patience a des limites :p C’est ok, je vivais déjà bien avec le fait de vieillir, mais je sens juste que ça prend beaucoup de place au moment de me vendre. C’est peut-être juste dans ma tête. À cette question existentielle et pour faire la conversation, j’ai écrit à un dude : « Qu’est-ce qui fait que UnTel, 33 ans, puisse s’intéresser à Lulu, 45 ans presque 46? ». La question bon enfant était le reflet de ma surprise de croire que je puisse encore plaire à un gars vraiment plus jeune. Rien à voir avec SON âge, mais avec le mien. La question n’a pas passé au conseil, il m’a unmatch sur-le-champs, sans explication. My my. Ça en dit long sur sa marge manœuvre, nulle au demeurant.
Où s’en va le monde (a-t-il vraiment jamais arrêté d’aller là)?
Je suis déjà las de tout ce processus ahah! Je réalise aussi que si peu de gens sont sur ces apps par rapport à ce qu’on peut croiser dans les bars, par exemple. Ça parle. Si seulement le printemps pouvait s’installer pour vrai, avec les terrasses, les parcs et les shorts-shorts, ça serait beaucoup plus simple. Je suis aussi dans un entre-deux de quelques fins et de nouveaux départs (entreprise, rupture professionnelle et personnelle, déménagement, etc.). Je peux bin me donner une chance sans trop me prendre la tête.
Ça brasse donc. Professionnellement, personnellement, sentimentalement. Mais au fond, il y a quelque chose d’étrangement vivant là-dedans. Dans le chaos des apps, des conversations qui ne mènent nulle part, des unmatchs gratuits et un peu violent, des barbes qui grisonnent, je me redécouvre un peu. Je n’ai pas laissé mon couple pour me retrouver instantanément dans une autre relation, mais pour ressentir de nouveau le sentiment de la liberté sans avoir de compte à rendre. Je sais encore qui je suis, même si parfois je doute. Je sais ce que je ne veux pas, même si parfois ce n’est pas clair. Je sais ouvrir mon grand livre de red flags sans m’excuser. Ce n’est pas rien, à 45 ans presque 46, de repartir avec ça dans les poches.
Ça brasse, mais ça finit toujours par se placer.