J’ai 5 ans

Aujourd’hui, La brume dans mes lunettes a cinq ans. Je me pince parce que je ne pensais pas vraiment fêter un jour les cinq ans d’une entreprise que j’ai moi-même bâtie. Et dans les circonstances, c’est d’autant plus surprenant parce qu’on traverse une autre tempête sans trop de dégât pour l’instant.

Cinq ans, ça m’apparaît le temps idéal pour un bilan. Et quelques remerciements.

Arrivé au bout apparent de ma carrière en architecture – ou simplement à bout de nerfs de mes tâches quotidiennes – j’ai perdu mon emploi. J’avais prévu l’annonce de mon patron quelques semaines plus tôt, mais pas la suite, évidemment. Pendant mon évaluation annuelle, à la question : « où te vois-tu dans cinq ans », j’avais répondu sans hésiter « je sais pas, mais certainement pas ici». No wonder que j’ai été mis à pieds haha! Je sais aujourd’hui qu’on s’est mutuellement rendu service. Pierre, merci de ta confiance, de ton écoute, de ta franchise et de ta bienveillance. Ta décision a été le début de quelque chose de grand.

Tour à tour, je l’ai annoncé à ma mère et à mon chum de l’époque. Et à l’unisson, ils m’ont encouragé à ouvrir un « restaurant », idée qui me trottait dans la tête depuis un certain temps. Maman, je ne pourrai jamais te remercier assez de ton soutien indéfectible depuis le début et en toutes circonstances. Ce projet-là, CES projets-là, ce sont aussi les tiens. Merci de me faire confiance, de me laisser conquérir le monde un scone à la fois, de déterminer la direction de toute, de gérer tous ces dollars et d’être toujours là pour m’aiguiller au besoin. Ton expérience, ta sagesse et tes roulements d’yeux sont souvent d’un grand secours (et d’une certaine frustration haha). Dave, ça n’a pas été le bout de chemin le plus simple, mais merci de m’avoir poussé à aller de l’avant. Et merci d’avoir préparé les premiers meilleurs scones au monde :p

Anik, comme j’ai moults fois établi, même si notre partenariat s’est bien/mal fini, saches que je serai toujours reconnaissant de ton apport et de ces années passées avec toi derrière le comptoir. On a eu nos divergences, nos légendaires prises de bec, mais chacun à notre façon, on a toujours eu à coeur le bien-être de toute l’affaire. Et on a ri en masse!

Mathieu, pour ton support dans les moments difficiles, tes étreintes, ton écoute, tes bons mots, ta logique, ta patiiiiiiiiience, et pour avoir sécher mes pleurs si souvent, merci du fond du cœur.

Ma précieuse famille et mes sincères amis qui m’écoutent raconter mes histoires avec intérêt et bienveillance, qui partagent et encouragent tous mes projets et qui ont su me tendre la main quand ça comptait, c’est inestimable. Ma soeur, pour toutes ces conversations pas-de-bon-sens sur le meilleur et le pire de l’entrepreunariat et de la vie, merci x 1000.

Aux employés présents et passés, vous avez été et êtes le coeur de cette aventure. Sans votre excellent service et votre continuel dévouement, rien de tout ça ne pourrait exister. Vous créez l’ambiance, l’excellence du service, l’attention aux détails, la délicatesse des plats servis, la justesse du café offert, les MEILLEURS scones au monde et ce, au QUO-TI-DIEN. Merci pour tout!

Aux clients qui vont et viennent, à ceux qui ont vu les premiers balbutiements du plus beau café du monde, à ceux qui y sont venus tous les jours pendant un temps, à ceux qui repassent à l’occasion pour se rappeler de bons moments, à tous ceux qui y en ont fait leur repaire, aux touristes qui découvrent, aux amoureux du service de thé, à ceux qui laissent des commentaires positifs ou non, MERCI de votre présence régulière ou sporadique et de votre retour post-pandémie. Ce cinquième anniversaire ne serait pas le même sans les « on est content de vous retrouver » et les «ça fait tant de bien de revenir ici » qu’on reçoit depuis quelques semaines. Ça, ÇA, c’est que vous apportez de plus précieux.

En cinq ans la Brume s’est régulièrement retrouvée dans des palmarès des meilleurs endroits à Montréal pour étudier ou pour prendre le thé à l’anglaise, elle s’est retrouvée dans un guide de voyage destiné aux touristes néo-zélandais appelé Montreal & Quebec City de Patricia Maunder, dans le livre Montréal l’hiver de Susan Semenak et Cindy Boyce, dans le guide Cafeine de Sarah-Émilie Nault, elle est passée deux fois à la télévision nationale (La Petite Séduction et l’Épicerie) et dans tous les grands journaux, blogs et guides culinaires de notre belle métropole. Mais plus encore, elle a été le théâtre de rendez-vous amoureux, de pèlerinages post-mortem, d’annonces de grossesses, de présentations de nouveaux-nés, de discussions enflammées, de quelques larmes, du mariage royal et en direct de Harry et Meghan, du discours de défaite de Hillary Clinton (en direct aussi), de matins ensoleillés, de brume dans la vitrine, de quelques soirées festives et de milliers de sourires satisfaits. Pour ces cinq années de pur bonheur et de moments touchants, MERCI!

Ça n’a pas été rose tous les jours, mais je considère que ça en a valu la peine (et l’angoisse haha). La Brume, môman, moi et les employés, on a traversé quelques tempêtes de tous acabits. Des belles pis des rushantes. Pis on est ENCORE là. Faque aujourd’hui, je suis fier de nous. Et je suis fier d’être le propriétaire plus beau café du monde.

C’est correct

C’est correct. T’es pas intéressé. Je l’ai compris au moment où j’ai été trop émotif avec toi pour rien. Des explications du bout des lèvres, un recul marqué puis, le silence. C’est correct, c’était pas meant to be. Mais je pense qu’avec un peu plus d’empathie de ta part, davantage d’écoute ou juste de fairness et ç’a aurait pu être quelque chose d’intéressant. Une belle amitié, peut-être. Parce que pour un moment de faiblesse, t’en as eu 10 où j’ai été attentif et empathique. T’as plutôt choisi de déposer tout le fardeau de « l’échec » sur moi, égoïstement. Dans ton message final i.e. avant que je te block forever (haha!) tu t’es délesté de tout et t’as tout dirigé vers moi, le problème, apparemment. Et avec tout ça, t’as décidé de mettre à la poubelle ce qui était beau et fun parce que c’était devenu « trop compliqué » sans même avoir essayé quoique ce soit. Classique. Déjà vu. Moultes fois cuvé.

J’ai rien inventé. Les discussions, les confessions, tout semblait être sur la même portée et en accord sur un joli chemin agréablement tracé. Toi, moi, nos faces souriantes, les moments tendres à distance, les appels, les FaceTime, les « je pense à toi » et les « j’ai hâte de t’voir ». Deux mois d’encouragement au coeur d’une pandémie de-marde-de-marde. Rien de compliqué, mais rien de solide non plus. Si embryonaire que ça ne mérite pas tous ces mots, mais ça m’a fait un bien immense de te connaître à ce moment-là et ça, ça compte.

J’aurais dû comprendre, je sais, mais tsé, les mixed signals. On en envoie tous un peu, mal gré. Pis ça fait son chemin même si on ne le veut pas vraiment. Et ça introduit souvent le début de quelque chose.

Le plus brutal, c’est quand tout semble bien se passer et que tout s’arrête. La porte qu’on ne voit pas avant qu’elle nous rentre dedans. Pour une fois avec toi, un soir, out of nowhere, j’ai été émotif, t’a pas aimé ça (ça devait toujours être toi, apparemment, la vedette de l’émotion), je me suis un peu trop montré intéressé, ça t’a brusqué, c’est devenu instantanément compliqué dans ta tête, genre toute. Too bad so sad. Je me suis repris et repentis de mon excès d’anxiété, j’avais pas rapport, mais peu importe, t’es disparu dans ta forme connue, je suis passé de cool à uncool en l’espace de plus ou moins 12 minutes. Un peu anxiety shaming style.

C’est comme ça que je me suis senti sur le coup : un gros caca puant.

Après deux nuits à me demander « de kossé don’ mon problème », j’ai dépompé pis j’ai continué mon train-train quotidien. Chacun ses torts, incompatibilité relationnelle apparente, difficulté de communication irréconciliable, c’est pas la fin du monde, c’est pas la première fois non plus, pis on n’a surtout pas besoin de ça ni l’un ni l’autre. C’est juste que tsé, la manière de le dire, LA MANIÈRE.

Et le soir où je t’ai demandé des explications, plusieurs, plusieurs semaines plus tard, ta réponse a été brusque, inconsidérante, toi, toi, toi, tes émotions, tes besoins, tes conclusions, toi. Pas un seul mot sur moi. Pas une seule seconde de « ça se peut que j’aie quelque chose à y voir ». J’ai eu le culot de, je suis difficile à suivre, je veux t’embarquer dans quelque chose qui « clairement ne t’intéresse pas ». Fuck you. Juste fuck you. Gère tes messages contradictoires d’abord, sois une coche moins égocentrique et arrête de tout ramener à toi, c’est mal.

L’affaire que j’aurais dû comprendre il y a bien longtemps, c’est que pas mal de monde s’en torche qu’il y ait un humain avec des émotions au boutte de leur manque d’empathie. C’est dommage parce que c’est vraiment correct de pas vouloir aller plus loin après avoir mis le pied dans l’engrenage, mais me semble que c’est pas obligé que l’ensemble de l’œuvre soit bonne pour la poubelle (et de faire sentir l’autre comme tel). Avec le temps, j’ai appris à dire à ceux avec qui il y a pu y avoir un intérêt commun : « on ne deviendra pas un couple, mais t’es l’fun, on pourrait peut-être être amis ». Ce n’est pas toujours simple, ce n’est pas toujours une bonne idée, mais j’ai le feeling que ça vaut souvent la peine d’essayer. Au moins pour arrêter d’éviter tous les gens qu’on a daté et de répandre un peu plus de beau au passage.

Faque ce soir-là, dans le petit lit du fond de la roulotte sur le terrain de mes parents aux Îles-de-la-Madeleine, en t’écrivant, j’ai tiré sur la plug tellement fort que j’ai arraché une partie du mur. Y restait pu rien qu’à mettre le feu à maison pis boire des bières. Fin de l’histoire. Pif paf pouf.

J’ai beau être une grande personne, ça brasse tout l’temps. Le choix de mots de cette fin de brève histoire était inutilement violent. On commençait tout juste à apprendre à se connaître, je ne peux pas être triste de le perdre lui. Je suis juste triste d’avoir été envahi par ce sentiment lumineux d’abord, puis de rejet doublé de dégoût vraiment difficile à absorber.

J’ai eu longtemps du mal à comprendre que quelqu’un pouvait ne pas s’intéresser à moi sans remettre en question mon existence toute entière, sans avoir l’impression de devenir un déchet aux yeux du monde entier. Ça m’a pris du temps à comprendre, mais j’ai finalement vu une lumière au bout du long tunnel que je me suis imposé il y a quelque temps : je le vaux bien. Pas avec lui. Ni lui ou un autre, peut-être avec personne même, mais ça ne fera jamais de moi quelqu’un de moins intéressant ou moins désirable ou moins valable pour autant. La pandémie m’a fait réaliser un truc SUPER important : je suis bien avec qui je suis, seul avec moi-même. Ça ne signifie pas que je m’enfargerai jamais dans les filets du sentiment de rejet ou d’abandon de nouveau, ça signifie juste que je pense être en mesure de le vivre autrement, plus sereinement.

La vie est annulée depuis si longtemps que la moindre petite flamme redonne espoir sur ce qu’on connait. Tout le monde est à cran pis on n’a pu tant de plaisir. On partage des photos de voyage dans des endroits magnifiques où la moitié des commerces sont fermés, où le désinfectant craquelle les mains un peu plus à chaque utilisation et où le masque est obligatoire à l’extérieur d’un shack à patates. On n’a pu de fun même si on fait semblant. On travaille fort pour que ça ne ternisse pas trop notre quotidien en se répétant que « ça va bien aller » même si ça ne va pas si bien que ça.

Mais ça va bien aller pour vrai. Juste pas maintenant. Avec en plus tous ces mouvements qui nous remettent en question en tant que société jour après jour, on a du pain sur la planche pour remonter la pente, for good parzemple. Le temps, le temps fait si bien les choses, qui disent.

Quelle année, hen?

La bonne conscience

Allo! C’est encore moi, le grumpy blogger.

Chu bin bin tanné de me faire garocher des roches parce que je ne dis pas e-x-a-c-t-e-m-e-n-t ce qu’il faudrait dire. Me suis fait parler de ma white opinion parce que je n’étais pas totalement d’accord ni totalement en désaccord avec le mouvement defund the police.

Entouécas, m’a juster raconter des affaires.

Samedi soir dernier, avec trois amis de trois adresses, on a évidemment parlé de la situation actuelle, mais surtout de racisme. Discussions houleuses, s’il en est, où l’on s’est levé pour parler et avoir l’impression d’être mieux entendu et où j’ai failli monter sur ma chaise pour finalement lâcher un « ferme don’ ta yeule pis laisse-moi finir ». Bref, une discussion animée, mais respectueuse (wiwi) et surtout, responsable.

J’ai toujours vu le racisme comme la haine profonde de l’autre, de celui qui ne nous ressemble pas, avec la conception principale qu’il est inférieur à soi et qu’ultimement, en tant que sous-race, il ne mérite que d’être exploité ou même de mourir. La ségrégation raciale aux États-Unis, la Shoah de l’Allemagne nazie, le génocide rwandais pour ne donner que quelques exemples absurdes à trop grande échelle. Ç’a toujours été ça pour moi, le racisme. Ça et comme on le voit aux États-Unis ces jours-ci, refuser de servir une personne de couleur ou un sud-américain avec le commentaire assassin du « retourne dans ton pays ». Je ne me suis au grand jamais associé à ça.

Avec le temps, j’ai aussi fini par voir le racisme comme la peur injustifiée de l’autre alimentée par beaucoup d’ignorance, mais pas de haine réelle. Des biais (de l’anglais bias) alimentés par des communautés homogènes, l’éloignement des grands centres et les médias. Hérouxville style. Rien de bien dangereux dans ces cas-là, juste beaucoup de maladresse, de méconnaissance de la diversité et d’un certain manque d’ouverture. Ces mêmes personnes racistes sont souvent aussi ‘phobes à tous vents sans trop savoir pourquoi. Bien éduqués sur le sujet, beaucoup changeraient d’avis. Ça demeure du racisme, mais malléable, il me semble.

Le Larousse dit du racisme : « idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains » et « attitude d’hostilité répétée voire systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes ». Donc, selon cette définition, c’est plutôt violent, le racisme.

Revenons à samedi. On a aussi parlé de nos parents, de nos grands parents qui, malgré toutes leur sagesse et leurs belles qualités, passent parfois des commentaires considérés trop souvent comme anodins, mais qui au fond sont insidieux, récurrents et qui alimentent à juste titre le concept de white privilege et le racisme systémique, surtout à l’encontre des noirs. Des biais racistes allant de « criss de n**** » au déjà mentionné « retourne dans ton pays » pour finir avec un « est bin belle pour une noire ». Ou nous qui, spectateurs de ces comportements depuis toujours, les répétons parfois sans trop se poser de question et sans y voir d’incidence outre-mesure. Des mauvaises blagues, des à priori, des automatismes, des préjugés ou raconter des histoires vécues en précisant l’origine des personnages, inutiles et futiles précisions, au demeurant. Comme si c’était normal et/ou acceptable. Finalement, ce que je constate, c’est que je, tu, il, nous, vous, ils, avons été racistes à un moment ou à un autre. Penser le contraire aujourd’hui serait malhonnête. Inconsciemment ou non, ça s’est passé. C’est le moment d’en prendre conscience, de faire amende honorable et de tabler sur demain.

Et il n’y a pas de « mais ». J’ai sans aucun doute eu des comportements racistes que je ne considérais pas préjudiciables parce que faits sous le coup de l’humour ou de la nonchalance, mais qui au fond, on pu l’être à certains égards et pour certaines personnes. Je regrette et je tâcherai de faire beaucoup mieux. Tâchons tous de faire mieux.

Dans le discours actuel, j’ai rapidement compris qu’avoir des réserves est devenu impossible. Étonnamment, c’est le festival du blanc qui lance des roches, qui pointe du doigt et qui accuse tous ceux qui osent questionner la trajectoire du mouvement. Le ton acerbe, le discours unique et catégorique des tyrans de la pensée correcte qui te disent quoi dire, comment le dire et comment agir (encore là, tous des blancs), je l’ai déjà dit, ça gosse en esti. Pour être à la hauteur des détracteurs à la bonne conscience et ne pas être un racist-white-privileged-asshole, il faudrait que j’acquiesce sans broncher et que je crie aussi fort qu’eux sans laisser la moindre place à la discussion. Ça ne me ressemble pas. Je me tairai donc sur le sujet, à partir de maintenant. Je continuerai cependant d’être le meilleur allié possible dans ces circonstances impossibles, en étant attentif et en dénonçant les comportements racistes, tout en écoutant, en corrigeant et en éduquant le mieux possible. Être constructif, quoi.

Parce qu’il n’y a qu’un seul but à atteindre, mais plusieurs chemins pour y arriver.

Blackout un jour de pluie

Aujourd’hui, jour tendu du Blackout Tuesday, j’ai eu envie de lancer des objets. Je ne me souvenais plus d’avoir été crinqué comme ça dans un récent passé.

D’abord, la nuit dernière, j’ai vu circuler le carré noir sur Instagram et, considérant les récents événements aux États-Unis, je me suis senti interpellé et trouvai justifié de faire de même avec le hashtag blacklivesmatter. Parce que oui, barnak, la vie des noirs importe autant que celle de tous les êtres humains. Parce que JAMAIS dans une société juste, démocratique, sensible et humaine, un événement comme la mort de George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et tant d’autres ne devrait se produire et laisser indifférent. Ni même l’apartheid reconnu en Palestine au vu et au su de la communauté internationale et sous nos yeux injustement impuissants. Ni les morts par milliers dans nos CHSLD pour cause de pandémie et du financement anémique de notre système de santé. Les injustices en ce bas monde sont trop souvent monnaie courante ET toujours inacceptables, point. Peu importe l’origine, la couleur, le sexe, le bagage, l’âge ou l’orientation sexuelle. Il ne devrait pas non plus y avoir de hiérarchie de drame humain.

Un drame humain est un drame humain.

Donc, d’une intention positive, ç’a viré en pointage de doigt. D’une bonne action à poser, ça s’est soldé par une confusion générale et un manque flagrant de coordination dans tout le processus juste, justement, de la défense des droits de ce qu’on ne devrait plus jamais appeler « le droit des minorités », mais les droits humains. Ok, le dièse blacklivesmatter était à proscrire dans les circonstances parce qu’il a couvert un lien utile et vital d’information et de support en ces temps de crise-par-dessus-crise aux États-Unis. J’ai compris, me suis senti con de ne pas m’être informé davantage et j’ai modifié.

J’ai lu sur le sujet, me suis encore senti interpellé, j’ai fait le partage sur toutes mes plateformes autant personnelle que professionnelles.

Après, j’ai compris via les story repartagées que c’était, et je cite, une mauvaise idée de partager le carré noir d’abord, parce que je suis blanc (wooooooké?) et ensuite parce que ça contrecarrait le plan initial de promouvoir les réussites noires, mouvement lancé par Jamila Thomas et Brianna Agyemang au Sud de la frontière pour dénoncer la violence policière envers la communauté noire et l’atroce spectacle de la semaine dernière, dernier en liste d’une interminable liste.

Ok. Ok, ok, ok, ok, ok, ok. Tout d’un coup, ça m’a semblé compliqué et délicat et dangereux de m’y aventurer. J’ai donc tout effacé, plutôt contrarié. Et à tort – je l’ai bin trop vite compris – je me suis servi de ma plateforme sociale favorite pour ventiler mon incompréhension face à la complexité de la solidarité attendue dans ce cas bien particulier et extrêmement polarisant. Comme si j’avais 14 ans et que je voulais bitcher sur un « copain » de classe qui me traite de tapette pendant la récré. WRONG. En plus des « haha » face à mon commentaire, j’ai reçu cette réponse sanglante, insultante et inutilement agressive d’un maintenant ex « ami » Facebook :  » En tant que blanc, privilégié et cis genre, ton seul droit est de fermer ta yeule ». J’ai perdu pied. Les fils se sont touchés forever. Je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas garocher ma colère sur les murs. TA. BAR. NAK.

Il m’arrive d’être mal informé sur certains sujets, limite maladroit sur la manière du comment et je ne comprendrai jamais – ça va de soi – ce que c’est d’être une personne racisée parce que je suis blanc et dixit privilégié, mais me taire parce que je ne suis pas « de la bonne couleur pour comprendre » n’est pas une réponse logique ni pertinente ni édifiante quand on doit, en tant qu’humains, se soutenir devant l’imparfait. Le but de toute l’opération était d’apporter un certain soutien virtuel et une concertée solidarité transfrontalière aux événements de la semaine dernière, mais aussi, de manière plus générale, enfin, je crois, de faire un gros FUCK YOU mondial à l’injustice généralisée.

Mais encore une fois, un bien-pensant a préféré brandir la torche brûlante équivalente au point Godwin pour disqualifier ma réflexion sincère du jour. Comme s’il s’agissait de l’apocalypse.

Pour reprendre les paroles d’un ami qui m’a écouté haïr le monde entier par messagerie : « les petits tyrans de la pensée correcte qui te disent comment réagir et avoir les émotions autorisées…FUCK OFF ». Certes, je ne comprendrai jamais ce qu’est l’ostracisme racial, systématique et systémique, mais on ne devrait JAMAIS dans un débat dont la quête est la justice sociale et l’égalité, miner les intentions sincères et ultimement positives, aussi maladroites soient-elles, du porteur de message parce qu’il est « blanc, privilégié et cis genre ». Ça ne fait aucun sens.

On veut tu s’aider ou on veut tu pas s’aider? J’espère justement que du monde extérieur existe pour défendre les droits de ma communauté LGBTQ2S+ élargie et généreuse. Je l’espère à chaque seconde. C’est l’essence qui fait rouler le moteur des changements sociaux, le monde. Je ne dirai jamais non aux coalitions élargies et positives et bien intentionnées.

Donc, aujourd’hui, après avoir ruminé et ragé sur tous les fronts, je me suis senti comme en 2012 quand j’essayais de défendre mon carré rouge à tous crins sur les réseaux sociaux pis que je réalisais pas encore que ça servait à rien. C’était aussi bien avant que je connaisse l’existence de l’avilissant point Godwin. Ça pis enlever des gensses de ma liste « d’amis » Facebook parce que ça devenait juicy et insultant pour des miettes.

Je nous souhaite de l’ouverture, de la compassion, de l’écoute, de la mobilisation et de la solidarité gros comme la Terre et tous ceux qui la compose. On en a besoin. On aura toujours besoin de la plus petite des attentions pour créer un monde de changements.

Au temps du corona

« Ce sont les plus innovants qui s’en sortiront le mieux ».

Combien de fois j’ai entendu cette affirmation depuis le début de la crise. On pourrait remplacer l’adjectif « innovants » dans cette phrase par inventifs, ingénieux, travaillants, débrouillards, tenaces, avant-gardistes et tant d’autres mots qui pourraient sonner encourageants dans ma grosse tête. C’est anodin et je comprends que c’est sans doute plutôt vrai, que ceux qui en font plus que le client en demande maintenant risquent de sortir de tout ça un peu plus gagnants. Mais bon.

Ça résonne dans ma tête depuis tant de jours. Indûment, ça ajoute une pression sur mes épaules qui, malgré les circonstances, ne sont pas nécessairement plus légères qu’à l’habitude. Avec d’autres et de mon plein gré, j’essaie de ne pas être complètement déconnecté et je discute de solutions possibles pour le pendant puis, de certaines avenues réalisables pour l’après. On se casse la tête pour continuer d’exister dans une période où rien se peut. Ce que chaque discussion me fait réaliser, c’est que je sens que je m’oblige à être à la même hauteur que tous les p’tits vites qui avaient déjà une carte ou deux de plus dans leur jeu avant la Grande Pause. Plus que ça, j’essaie d’être à la hauteur de ce à quoi je pense que les gens pourraient s’attendre de moi. Meh.

C’est lourd.

Pis ça m’tente pas.

J’ai déjà d’la misère à me gérer quand toute va bin, imaginons maintenant.

Avant qu’un pangolin fasse ses petits besoins dans le manger d’un humain, toutes nos affaires allaient bon train. J’avançais vers l’été confiant qu’on allait être capable de le traverser sans trop de difficulté. Pis là, du jour au lendemain, sur ordre gouvernemental et suivant un mouvement mondial, me suis ramassé chez nous un peu soulagé que la roue se mette à rouler pour tout l’monde en même temps. Ma stratégie du moment : me reposer. Un repos bien mérité, je dirais.

Est-ce que j’aurais dû paniquer et essayer de me retourner sur un dix cennes? Ça se peut. Je n’en ai pas senti la nécessité, jusqu’à présent. De toute façon, cette urgence-là, je la vis au quotidien. Chaque jour je réfléchis à comment survivre un ou deux mois de plus. C’est pas plus nouveau avant qu’après l’annonce de la pandémie.

Ce que je sens, c’est que je devrais sentir l’urgence à tout prix pour être un bon entrepreneur. Il faudrait que je me démène jour et nuit pour des grenailles au nom de la survie de mon/mes entreprises. Montrer que j’ai des couilles d’acier, pis un moral d’enfer, que je suis motivé et prêt à renverser ciel et terre pour arriver à la ligne d’arrivée en même temps que le Québec en entier. Mais non. Je ne me suis pas comme ça. Je n’en sens pas la force en ce moment. Et depuis toujours, je suis partisan du « advienne que pourra ». Ça ne signifie pas que je reste sur mon cul à regarder le temps passer. Je me prépare, j’analyse, je continue d’avancer, mais plus lentement. Je finalise des dossiers, je reste à l’affût, je serai prêt pour le retour et espérons-le plus en forme que jamais, des idées plein la tête. J’ai un plan, pis COVID ou pas, ça va se passer.

Il y a les gens, ceux qui sont bin motivés à ma place, et il y a moi. Parce qu’encore une fois, au final, on parle ici de mon cerveau, de mes bras, de mon portefeuille, de ma motivation, de mon entreprise, de mon avenir. Ils sont évidemment bien intentionnés et je me sens mal de leur dire que je préfère ne pas me garocher partout. Ça fait sans doute de moi un real pain in the ass, mais pas quelqu’un de moins ambitieux.

Attendre que la tempête passe un peu, n’est pas la pire des idées non plus. Anyways, tout est ralenti au mieux, arrêté au pire.

J’ai absorbé le choc, j’ai beaucoup dormi, j’ai aussi mal dormi, mais je reprends tranquillement un rythme « normal » dans les circonstances. J’ai bon espoir que tout ça reprenne lentement, mais sûrement. J’arriverai au bout du tunnel, là où il y a la lumière, sans aucun doute plus endetté, mais peut-être aussi moins essoufflé ET en même temps que tout le monde. J’avais tant besoin de reprendre mon souffle.

Les sentiments humains

Il y a longtemps que je n’avais pas senti tout ce poids sur mes épaules, cette fébrilité, cette panique latente. J’avais l’impression de bien gérer les nouvelles en continu et l’ingérable propagation du virus jusqu’à ce qu’un jeune de 22 ans commente sur Instagram les dernières mesures mises en place au café : « Fermez s’il vous plaît, pour le bien de tous ». D’un seul coup, en quelques mots, je me suis senti responsable de propager à moi seul le pangolin virus à la Terre entière.

J’ai ruminé pendant des heures. Un peu pour éviter de sombrer. J’ai essayé de trouver une solution pour moi, mes employés et le bien commun, un truc équitable et sensé dans les circonstances qui ne le sont pas. Dans mon coeur, fermer était la seule solution, mais…j’ai hésité, je l’admets, parce que je n’ai rien devant moi. Il y a tout un tas de raisons à cette valse hésitation qui sont difficiles à comprendre en dehors de mes souliers. Je me suis troublé. Je me suis jugé. Il y a morts d’hommes, c’est assez pour s’encabaner chez soi pendant plusieurs semaines. Mais je pense aussi à la mort clinique et imminente de rêves, de projets tenus à bout bras, de quotidiens heureux, de stabilité financière. Lundi soir, j’ai eu l’impression que j’allais tout perdre et ça m’a déchiré le coeur.

Mais hé! on est pas mal tous dans le même bateau. Rassurant?

J’ai fermé le café, finalement. J’ai fait les relevés d’emploi de tous mes dévoués employés et j’ai mis la clé dans la porte, soucieux que ce soit peut-être pour la dernière fois. Parce que malgré l’aide annoncée (qui ne s’appliquera visiblement pas aux cafés, bars et restaurants) et la bonne volonté de tous, certains d’entre nous devront tourner la page. Ça se peut que j’en fasse partie. On venait tout juste de passer les deux pires mois de l’année en terme de rentabilité (février devrait juste arrêter d’exister). Mars s’annonçait ensoleillé. La clientèle, les revenus et tout le bazar étaient au rendez-vous. Poc! Fini oiseau.

Pur hasard, j’avais un rendez-vous de prévu depuis quelques semaines avec ma médecin soleil. Ça s’est passé au téléphone, distanciation sociale pis toute oblige. Étrange moment de discussion où j’ai eu l’impression d’être entendu et compris, mais hystériquement anxieux pour tout, sauf pour le contagieux virus. Je m’étais fait une liste de « symptômes » physiques qui gossent depuis un bout. C’tu un cancer, une dépression, la glande thyroïde, la sclerodermie, la maladie de Lyme? EST-CE QUE JE VAIS MOURIR, DOCTEUR? Une fois l’appel terminé, j’ai eu envie de m’excuser, de lui envoyer une petite carte me désolant d’être un patient que je n’ai jamais voulu être. Je me sens ouach, je dors mal, j’ai mal partout, mes poches sont plus vides que jamais et j’ai beau vivre d’espoir, l’avenir est plutôt gris pour l’instant. C’est pas une raison pour devenir hypocondriaque, bout’crisse.

À fait dire que je suis anxieux (hahahahahahaha!). C’est juste ça. Chu pas malade, tous mes tests sont normaux, je suis en parfaite santé physique, chu juste fucking anxieux. Pis je ne m’en rends pas tout à fait compte quand ça se passe. J’ai quand même quelques années de pratique dans le déni des petits problèmes, étape que j’ai considérée essentielle pour survivre à ma nouvelle vie de faiseur de projets. Mais ça gruge, finalement. Insidieusement et silencieusement. J’ai toujours quelque chose qui traîne dans mon cerveau, quelque part.

Conclusion heureuse?

J’ai appelé mon psy, j’ai pris ma pellule pis mon gaz égal. Qu’est-ce qui peut bien m’arriver de si grave? La faillite, ok, ça sera pas juste de ma faute (haha!). Toute va bin été, comme dirait l’autre. Ou presque. Toi, moi, la Terre malgré cet étrange événement qui occupe nos journées et qui décime trop de gens. On n’a pas le choix. The show must go on. Je vais faire ce que j’ai à faire, trouver des solutions, faire ce que je sais faire de mieux : croire que tout est possible. On va tous se relever de ça un peu éreinté, décontenancé, mais plus fort, je crois. Parce qu’apparemment, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Même quand il pleut

J’ai marché aujourd’hui. Seul dans les rues de Montréal. Sans but. Pour réfléchir et essayer de prendre le temps. Tout va vite, tout l’temps. Pas juste pour moi, je sais. Je me le suis dit plusieurs fois ces derniers temps : j’ai besoin d’une pause. Et je ne sais plus tant comment faire.

Faque me suis arrêté dans un café (mais pas le mien) pour écrire. Et prendre le temps.

Les journées sont occupées, les nuits trop souvent angoissées, je commence ma semaine en lion, je la fini en boule, ou presque. Mon repère (et repaire) le plus confortable et réconfortant, c’est mon vieux sofa. Celui qui me suis depuis les dix dernières années, qui a tout vu, tout entendu, tout subi (hehe) et qui me permet de bingewatcher, de me sentir ailleurs, protégé, juste bien. C’est là que je me réfugie quand mes draps me semblent plus lourd que le plus lourd de mes ennuis.

J’ai dit à mon nouvel ex (wiwi, mais on s’aime beaucoup) que de parler de mon quotidien professionnel, de me donner l’occasion de l’exprimer, de creuser en profondeur pour en connaître tous les détails, ça noircit mon âme systématiquement. Parce que chaque fois, les fameuses questions du « comment tu vas ? » suivi du « non mais, comment tu vas pour vrai ? » ouvrent une porte que peu de gens ont vraiment envie d’ouvrir (haha!). Ma tête devient lourde, mes mots aussi, mon esprit brouillé, ça me donne chaud, ça palpite, comme une crise d’angoisse en devenir. J’ai chaud en ce moment même d’écrire tout ça, I-MA-GINE. J’ai convenu avec moi-même d’en parler le moins possible, donc. C’est mieux pour ma santé mentale et celle des autres. Y paraît de toute façon que plus on dit qu’on va bien quand on feel comme d’la marde, plus on a de chance de mieux se sentir. C’est une manière de ne pas s’apitoyer sur son sort, je suppose. Une question de perspective aussi.

Et je vais bien, pour vrai. Même si mon quotidien professionnel est un casse-tête sans fin. Même si je vis au gré des périodes de paie. Même si je ne sais pas quand je serai capable de repartir en vacances la tête en paix. Même si je passe volontairement mes soirées seul chez moi. MÊME si je ne sais plus comment ni si j’arriverai à sortir la tête de l’eau. Je vais bien. J’ai une vision très claire de ce qui de passe et ce qui peut s’en venir. J’ai souvent l’impression que ma job me rend impuissant et stressé et anxieux et lourd, voire malheureux et que j’avance avec l’énergie du désespoir, mais quand je n’y pense pas, tout va. POUR VRAI. Je suis capable re regarder l’avenir avec confiance, d’être groundé, de lâcher prise, de sourire, de rire, d’avoir du gros fun noir entre amis, de me tenir en forme, de bien me nourrir et surtout, d’avoir ESPOIR. Et je m’efforce d’être en mode solutions, de voir au-delà des centaines de milliers de dollars investis ces quatre dernières années, de voir tout ça d’un côté positif, constructif. Parce qu’au final, c’est juste de l’argent. Personne n’est en danger de mort. La Terre n’arrêtera pas de tourner (enfin, pas pour ça). All good.

Ne pas en parler trop donc, c’est ma planche de salut. C’est gros pour moi toi ça. C’est gros pour moi tout seul. Je m’étais dit qu’avec mon front de bœuf, j’arriverais à bout de tout (j’y arrive pas mal, en fait), mais parfois, l’envie de tout abandonner me traverse le corps et l’esprit. Sauf que la procédure d’abandon n’est pas de tout repos non plus. C’est un gros, gros, GROS pensez-y bien. Parfois aussi, j’ai juste l’impression d’être au bout de mes compétences de gestionnaire et de mes capacités intellectuelles et physiques à tenir deux entreprises à bout de bras. Un one man show, c’est drôle et valorisant, mais c’est d’la job en tabarnak. Ça se peut que ce soit trop pour moi tout seul, je ne me cacherai pas la tête dans le sable.

Mais me trouve pas mal bon d’être rendu là, par contre. D’avoir réussi TOUT ça (avec beaucoup d’aide de plein de gens). Ça me rend fier. Quand je compte le nombre d’articles, de livres (dont un de Nouvelle-Zélande), de commentaires positifs qui parlent de mes projets, ça me remplit du sentiment du « devoir » accompli.

La prochaine fois qu’on se croisera, on parlera de toi, de Donald Trump, du projet d’indépendance de l’Alberta (FUCK YEAH!), de ton transit intestinal ou de tous autres sujets pas d’bon sens pour éviter de parler de ÇA. Ça me fera du bien de penser à autre chose. Ça me permettra sans doute de relativiser bin des affaires. Et quand j’aurai vraiment besoin de me vider le cœur, j’appellerai ma vieille mère (Haha! Pauvre elle!) ou on se verra toi et moi et je pleurerai sur ton épaule quelques minutes avant de retrouver confiance en la vie. Ça ne me prend pas grand chose pour retrouver confiance en la vie.

Après le déluge, tu pourras te dire que ça va bien. Même quand il pleut.

Les raisins de ma colère

Je ressens beaucoup de colère en ce moment. De la colère entrecoupée de résignation. Et d’espoir. Et de peine. Et d’une envie folle d’aller de l’avant et de réussir. Et ce sentiment d’échec qui perdure malgré tant de petits, mais grands succès. Ma tête est en état de siège de ses contradictions. Je vie le processus de deuil à répétition depuis si longtemps.

Je joue à Candy Crush pour me calmer les nerfs.  Et j’ai souvent les nerfs à vif depuis un certain temps, donc je joue beaucoup. C’est ma façon de vivre dans le déni pendant quelques minutes. Réussir un tableau, ça c’est quelque chose que je peux réussir assez facilement. Ça, j’aime ça.

Ce jeu plutôt stressant me calme, c’est tout dire. La vie va vite autour de moi. Je cours tout le temps ou j’ai l’impression de. Difficile à dire en fait. Je sais que j’ai souvent du temps à revendre et que mes collègues entrepreneurs en font plus que moi, plus vite, plus efficacement, plus beau ou mieux. Mais je n’ai jamais le sentiment d’avoir de pause. Je n’en ai jamais en fait. Je pars en vacances quelques jours, et je reçois des courriels, des appels, je dois régler tel ou tel problème à distance, ou accepter la démission d’un employé. Mon cerveau n’est jamais à off. C’est super. 

J’ai choisi tout ça. Funné, n’est-ce pas? J’ai choisi la liberté pour finalement me sentir souvent emprisonné. Je ne peux pas démissionner ni laisser tomber la serviette. Ça me fait souvent rusher. Les dettes, c’est de la petite bière à côté de tout le reste. Faire faillite, c’est correct, ça se peut, ça fait un peu de mal à l’égo, mais on s’en remet. Je pense plutôt à ceux qui m’ont fait confiance, qui croient en moi et qui y ont mis quelques pièces de leurs économies. Ça aussi, ça me fait rusher.

Je suis fâché. De ce qu’on attend de moi. De ce que je devrais faire. De ce qui me prend du temps. Des tâches qui s’accumulent. Des factures impayées. Des clients qui ne paient pas vite. Du zèle. Du criss de zèle. Des gens qui ne se mettent JAMAIS à la place des autres. Des règles toujours plus contraignantes et multiples. Des émotions déversées sur mon bureau en attente de validation.

J’ai choisi la liberté, comme je disais. 

J’ai souvent envie de laisser tomber la serviette. Genre 10 fois par jour. De dire fuck it, je mets la clé sous la porte, je change d’identité et je vais travailler dans un McDo en Californie. Ce serait si simple. Pour vrai, qu’on me montre où se trouve la maudite switch OFF parce que je ne la trouve pas.

Le plus difficile, c’est de manquer de cohérence, de constance et de positivisme face aux gens que j’aime. Je porte de beaux succès sur mes épaules, mais aussi plusieurs revers tristes et difficiles à accepter que j’ai dû absorber sans trop broncher parce je n’avais pas le temps. Que ce soit désorganisé dans ma tête est une chose, mais je sais que ma vie professionnelle a beaucoup d’impact sur la personnelle (sempiternelle affirmation). Je le sais. On me le dit. Ils ont raison, mais je ne sais juste pas quoi faire. Donc ils partent.

Étrangement, je ne ferais rien d’autre. Ça, ÇA, c’est étrange.

Malgré mon envie insoutenable de garocher ma serviette 10 fois par jour, j’ai 100 illuminations quotidiennement, des moments de profonde lucidité où je me dit que j’ai tout pour réussir, que je vais réussir, que j’en ai les capacités, le talent et le droit (notion que je travaille beaucoup en ce moment). Je finis toujours par trouver une solution quand j’ai le cordon du cœur qui traîne dans’ marde. Parfois c’est long, mais j’ai compris aussi que je devais me laisser le temps de ruminer, de dormir par déni, de procrastiner trop longtemps pour mieux revenir et être prêt à conquérir le monde.

Je sais que je peux manquer de cohérence, mais je fonce aussi souvent tête baissée, sans trop réfléchir, je me teste pour voir comment je vais me sentir ou réagir, si la situation m’est confortable ou non, voir si je suis capable d’en prendre et jusqu’où je suis capable d’aller. J’imagine que c’est un peu ce que j’ai choisi aussi.

Anyway, je retourne bingewatcher une série trépidante sur Netflix le temps que le beau temps revienne dans ma tête et que je remonte sur mon cheval de bataille.

J’ai hâte, mais j’ai toute la vie devant moi.

Le cordon du cœur

Les dernières semaines ont été étranges. Et intenses. Et révélatrices. Rien de grave en fait, juste une grosse dose de malentendus qui ont parfois fini en queue de poisson, sur la broche, calcinée, en miette. Beurk.

Je suis hypersensible, comme la voie lactée s’en doute. Un rien peut devenir une montagne escarpée qu’il est possible que je déboule violemment. J’essaie d’éviter d’en arriver là, assez que j’évite le drame et les conflits à tout prix (ce qui n’est pas toujours idéal ni de tout repos). Comme j’évite les gens qui ont tendance à en faire pour tout et rien. Ce qui fait que lorsque je ne suis pas d’accord, je peux devenir maladroit, sec, expéditif. Parfois mean. À l’intérieur, ça crie fort fort fort « ÉCOUTE-MOUÉ! » pis ça sort comme ça peut. C’est ce qui s’est passé, entre autres.

Je me remets régulièrement en question. À chaque 3 minutes 28 secondes environ. Je voudrais sans cesse être une meilleure version de moi-même. Je prends du recul aussi souvent que possible. Je mets à profit les expériences du passé pour faire mieux, autant que faire se peut. Je veux être une bonne personne. J’y travaille tous les jours. Mais parfois, je m’enfarge. Et parfois, ça ne marche juste pas. Dans mes mots, dans mes émotions, dans le ton. Je pense comprendre ce qui se passe, mais j’interprète, comme tout le monde, et la spirale de l’incompréhension s’emballe. Wiiiiiiiiiiiii!

C’est l’idée que quelqu’un puisse imaginer une intention malveillante de ma part et ne pas prendre le temps de comprendre mon point de vue qui me réduit en miette à chaque fois. Et par ricochet, de sentir que je suis responsable de l’échec des discussions de A à Z. Tout ça, parce que j’émet une opinion, que j’exprime un malaise ou un désaccord que je considère légitime. On me parle souvent de mon ton, celui que, visiblement, je n’entends pas. Mais ce que je veux qu’on entende c’est le propos, mon propos, pas le ton. Qu’on parte de là et qu’on laisse tomber les à priori et les émotions envahissantes (je sais, c’est moi qui dit ça). Est-ce que ça peut blesser, peut-être. Est-ce ma tendance abrasive peut déranger, sans aucun doute.

Mais est-ce qu’on a simplement envie d’écouter et de discuter?

À travers tout ça, le problème, je crois, c’est l’incapacité ou le désintérêt de certaines personnes de se mettre à la place de l’autre. Et business wise, il n’y a pas grand monde qui s’arrête deux secondes pour se demander ce que c’est de courir après les cennes pour 1. payer ses employés 2. juste survivre une semaine ou deux de plus. Je passe mes journées à calculer, à faire des appels, à espérer que ça décolle pour de bon, à gérer des crises, les émotions de autres, à essuyer des revers parfois niaiseux, parfois humiliants, parfois retentissants, à prévoir, à organiser, à vivre quelques succès et à garder le sourire, le cap et mon enthousiasme no fucking matter what. Me faire dire qu’une personne est trop importante pour que je lui parle ne me revient juste pas. Ça m’insulte même. Je n’ai pas le temps pour ça. Je suis en mode survie. Je n’ai pas le temps d’attendre. Il faut que ça bouge. Si la porte est fermée, je vais l’ouvrir. Si on me dit non, j’irai ailleurs. Je. Suis. En. Mode. Survie.

Et me dire quoi faire n’a jamais porté ses fruits non plus. Je n’aime pas ça. C’est sans doute pour ça que je suis mon propre boss. Je préfère qu’on me suggère, qu’on m’accompagne, qu’on m’insuffle le changement, qu’on me présente un chemin plus intéressant. Qu’on sème une graine qui germera sans aucun doute. J’ai besoin de réfléchir, de prendre acte avant d’agir. Tirer sur la fleur ne la fera pas pousser plus vite. Me dire quoi faire, en affaires surtout, ça enlève de l’importance au chemin que j’ai parcouru moi-même, seul dans mes bottes trouées, pour arriver où j’en suis aujourd’hui i.e. pas si mal, après tout. Je suis on ne peut plus ouvert à la discussion, à me raviser, à me repentir, le cas échéant. C’est important de discuter et d’embrasser des points de vue qui ne sont pas les siens. Tout est dans la manière et dans l’ouverture.

Est-ce que ça se peut que je grimpe dans les rideaux à l’occasion? FUCK YEAH. Est-ce que c’est souhaitable et/ou productif? HELL NO. Mais ça arrive et je réclame une fois de plus le droit à l’exagération. Avec les conséquences que ça peut impliquer.

Il y a quelque semaines, j’ai passé un pas pire quart d’heure. Découragé, à bout de nerfs, le cordon du coeur qui traîne dans’ marde. J’ai pris l’après-midi pour dormir. Pour oublier. Au son de la pluie. Je me suis levé avec un mal de tête carabiné, le cerveau en feu, les idées brouillées par trop d’émotions contradictoires et d’imbroglios à répétition. J’ai eu envie de tirer sur la plug de la job, encore une fois. Toute la maudite fucking journée.

Cette semaine-là, suite au trop plein d’émotions, j’ai entendu Zaz au Centre Bell avec ma sœur, une amie et mon étrange semaine dans le corps. Portant toute la pression de mon monde sur mes épaules, j’ai tendu l’oreille et ouvert les yeux. Pendant « Demain c’est toi », on a vu apparaître des petites lumières blanches dans la foule, puis une autre, puis tant d’autres jusqu’à former un truc irréel et beau et inspirant. S’unir pour faire du beau. Avec ce qu’on a. Comme des petites lueurs d’espoir dans les jours trop sombres. Ça m’a fait sourire. Ça m’a redonné foi.

Rien n’arrive pour rien, il paraît. J’y crois beaucoup. Et aussi bien que certains événements arrivent plus tôt que trop tard. Pour me consoler, je n’ai qu’à regarder la famille formidable qu’on s’est bâti dans ces deux entreprises qu’on tient à bout de bras. C’est beau. C’est vrai. C’est motivant. Et ensemble, on fait de grandes petites choses. Un scone à la fois. C’est pas mal tout ce qui compte.

Récolter la tempête

Il y a deux semaines, j’ai reçu l’appel d’une journaliste de la radio de Radio-Canada (Ici Première, je sais, je sais). Je pensais d’abord que c’était pour qu’on discute de salaire minimum, mais non. Elle voulait savoir si j’accepterais de parler du petit dernier : Le vent tourne. Un peu médusé, réalisant du même coup que mes textes plus personnels pouvaient être lu aussi, j’ai dit « oui, pourquoi pas ». Partons du constat qu’on ne parle jamais assez de la maladie mentale, peu importe la forme et la gravité. 

Puis, il y a eu l’entrevue, la diffusion et quelques messages de gens qui approuvaient la démarche. Je me suis quand même demandé s’il était approprié pour un entrepreneur dont je suis, avec, entre autres, une entreprise ayant pignon sur rue, de parler si ouvertement d’anxiété. Ça demeure encore stigmatisant, tout de même, ces problèmes-là. Même si je sais pertinemment que la Terre entière est occupée de gens de plus en plus anxieux et médicamentés, c’est encore tabou. C’est pas cute, le burnout. C’est faible de tomber. Pourtant non, loin de là, mais la dernière chose que je voudrais en ce moment, c’est qu’on me prenne en pitié. J’ai constaté un problème, j’en ai parlé, je me soigne. Rien de plus. Je ne m’apitoie pas sur mon sort (même si j’en aurais tout à fait le droit), je ne me plains pas, je partage plutôt un moment de ma vie où j’ai glissé sur le plancher des émotions. 

Cela étant dit, je vais bien. Malgré quelques petites crises de panique (phénomène jamais expérimenté auparavant), j’ai et je garde le cap. Mon comptable m’a dit que le meilleur remède était de continuer à travailler. Il n’a pas tort. J’ai traversé quelques journées où la peur de sortir de la maison a eu raison de ma motivation, mais traverser cette porte, descendre cet escalier et me rendre au boulot ont été des gestes très salutaires dernièrement.

D’ailleurs, la structure de mon entreprise a quelque peu changée. Ma partner a décidé de quitter. Même si on a travaillé à une rupture adulte et respectueuse, je ne peux pas dire qu’elle a été agréable ni simple pour personne. Nous avons semé le vent et récolté un peu de tempête. Je pense cependant avoir écouté ma petite voix qui ne voulait que mon bien. J’ai tout de même l’impression d’avoir recommencé à respirer et de m’être levé après avoir été trop longtemps assis. Je marche même, et d’un pas décidé. Je suis donc l’unique propriétaire (ou presque) de deux entreprises dont une en démarrage. C’est un beau casse-tête avec lequel je jongle plutôt bien dans les circonstances. Heureusement, je suis bien entouré. J’ai une famille aimante et dévouée, un chum très amoureux et à l’écoute, des amis qui me font beaucoup rire, des employés efficaces et disponibles. Tout ce beau monde rend mon quotidien vraiment plus agréable. 

La suite, je ne la connais pas. Elle me rend parfois anxieux, parfois pas. Ça varie entre « je tire su’ la plug » ou « check moi bin aller ». Ça dépend des jours, de mon sommeil beaucoup et de tellement d’autres facteurs, mais j’ai des objectifs en tête et j’ai envie de voir si je peux y arriver. Ça me pousse à continuer. Le quand et le comment sont assez flous et l’atteinte des objectifs pourrait être un processus plus long que prévu. Mais who cares parce que ce sera fait avec mes besoins personnels à combler en tête de liste. D’ailleurs, je suis à Washington DC venu voir des gens qui me font du bien et flâner sans but pendant que des employés de confiance et la Providence veillent sur mes commerces. Certains diront que je suis inconscient, mais je me rassure en me disant que j’ai appris à faire confiance et à lâcher prise sur bin des affaires. Ça me rassure beaucoup.