Tinder, épisode 588

Le dating version moderne me décourage. J’en reviendrai jamais, j’pense. J’essaie de m’adapter, de comprendre, de voir la CHOSE autrement, mais ça gosse. Comment peut-on prétendre par des mots et des gestes être intéressé par l’autre si on est toujours en mode recherche ? Genre « recherche intensive ». Et cette game de je-ne-te-texte-pas-pendant-trois-jours, mais je t’inonde de selfie la 4e journée ça rime à quoi? Tu’ intéressé ou pas ? Parce que c’est pas clair. As-tu du temps cette semaine ? Tu devrais avoir envie de me voir le plus souvent possible. T’as pas cette envie, ça doit pas être ça, je ne suis sans doute pas le bon. T’es occupé ? Tu vas trouver le temps. Voyons, le monde! C’est supposé être naturel et simple.

On se voit, on jase, on s’embrasse, on baise, on dort, on se revoit, on recommence, mais c’est pas ça ? Ça se peut que tu ne le sentes pas dans ton intérieur, ça se peut vraiment. Mais pourquoi entretenir le vide et les peut-être, dans ce cas ? Pourquoi ne pas juste dire d’emblée : ça ne marchera pas, je ne le sens pas ? Pour essayer ? Ok. Mais pas trop longtemps, ok? C’est de la job pour toi aussi d’entretenir toutes ces conversations et ces prises de rendez-vous. On le sait assez rapidement que ça n’ira pas loin. On le sait, c’est tout.

Sinon, c’est quoi ? La peur d’avoir mal ? Parce que y’a ça aussi, la maudite peur d’être blessé. C’est bin plate, mais ça fait partie du processus de rencontre. Ça, pis les premiers rendez-vous qui rendent fucking nerveux où tu sais pas quoi te mettre pour séduire juste assez. T’es intéressé, mais t’as peur ? Protège-toi un peu, ouvre ton cœur un peu, gère tes émotions comme un adulte. Regarde pas trop derrière, concentre-toi sur un candidat, avance en regardant devant pour ne pas trop t’enfarger pis ESSAIE. Genre. Juste un peu. Sinon tu vas passer par-dessus mille affaires le fun. Pis si ça marche pas, t’auras au moins essayé (pis eu un peu sexe).  WIN-WIN.

Je crois aussi qu’on fait de la recherche intensive pour combler un certain vide. Ce vide laissé par la dernière relation ou celle qu’on aurait voulu. L’espoir du mieux. On a aimé, on a été blessé, notre cœur saigne toujours un peu, même quand on le croit guéri. Pour éviter de souffrir à nouveau, on prépare la prochaine étape (i.e. le candidat suivant) avant d’avoir même commencé la première (apprendre à connaître le premier). En partant du fait qu’il y a intérêt, bien évidemment. En gros, on ne fait pas trop d’efforts. Tout le monde veut quelqu’un, mais plus personne ne sait trop comment s’y prendre. On a tous de l’amour à donner, un shit load, mais on sait plus comment faire.

Pis qu’est-ce que je fais ? Un peu la même maudite affaire que tout le monde, tout en essayant de faire autrement. Je n’ai pas envie d’être le seul à me bercer d’illusions, tsé.

Toujours est-il que depuis une certaine lurette, j’ai mis un terme au niaisage avec l’anglophone. Oui, non, peut-être, pas aujourd’hui, je suis trop nerveux, j’ai pas assez dormi, mais on va se revoir, promis. LAISSE FAIRE. I like you but I don’t want something serious and I didn’t see anyone since I met you. Doux Jésus. Marie pis Joseph pis les dindons de la crèche. Nenon, tu veux quelque chose de sérieux, sinon tu ne passerais pas ton temps sur les applications. Tu veux juste pas de sérieux avec moi pis c’est bin correct. Plate, mais correct.

Le monde, j’aimerais tant que tu réapprennes à dater comme du monde. Juste parce qu’en ce moment, tu me propose des relations jetables. Pis j’aime pas ça.

Le dating selon Lulu :

  1. Si je suis minimalement intéressé, je te donne des nouvelles régulièrement. Possiblement tous les jours, sans exagérer. Sauf si ton text behavior m’inspire l’inverse.
  2. Si on s’est déjà vu de près, j’ai envie de te revoir régulièrement aussi. Possiblement dès que j’ai un moment de libre. J’ai envie d’apprendre à te connaître, tsé.
  3. Je pense à toi sporadiquement dans la journée. Rien de catastrophique, mais tsé, tu me plais un peu, faque.
  4. Si tu me textes, ça me fait un petit quelque chose en-d’dans. Pas grand chose, là, juste une petite émotion agréable qui me donne envie de recommencer.
  5. Si on a baisé ensemble et que c’était bon, j’ai envie de recommencer. C’est quand même au moins 50% du couple, le sexe. C’est un esti de bon départ.
  6. Si tu étires le délai entre tes communications, ça gosse. Je me demande pourquoi tu fais ça et ça gosse un peu plus. Pourquoi je ne te texte pas, dans ce cas ? À cause du point 1.
  7. J’aime pas le niaisage.
  8. Si je te texte avec une phrase ouverte, t’as le droit de conclure. Laisser tout ça en suspend, c’est plate.
  9. Si tu joues une game (peu importe laquelle), je décroche.

Ça doit être l’alignement des planètes, mais je comprends pu rien.

Tinder, épisode 237

C’est dimanche soir, j’ai passé un bon weekend, je me sens en contrôle de mes maudites-émotions-à-marde, j’installe Tinder pour la 237e fois. Je « super like » un gars. Il me répond dans la seconde ou presque, la conversation est parfaite, il me fait rire, il est freaking hot. Il me donne son numéro de téléphone et on décide de se dater le lendemain. Tout beigne.

Il est grand, blond et anglophone. On aura plein de raisons de ne pas se comprendre. Yay!

On se date lundi soir. Il vient me chercher, m’emmène dans un resto sympathique, paye la note (sooooo gentleman), me propose un « dernier verre » chez lui. Tute va bien.

Je le texte, il me texte, le lendemain et les jours suivants. Il me propose de l’accompagner voir la maison qu’il vient d’acheter à l’extérieur de Montréal. J’accepte volontiers. Sur la route, il m’appelle future husband (avec une pointe d’humour, il va sans dire), on jase de tout et de rien, la conversation est fluide. On rit, c’est intéressant. Pas de temps mort. Pas d’hésitation. C’est simple et agréable.

On arrive, on démolit un mur vite fait, on jase, il m’embrasse, on démolit un autre truc, je me donne à fond, je lui montre mon côté masculin-je-suis-manuel-et-je-sais-tenir-une-drill x 1000, je l’embrasse, il me demande mon avis sur ses choix designs, me fait faire le tour du quartier, me ramène à la maison. Tsé, simple et léger. Il me prend dans ses bras avant de quitter. J’ai une petite émotion.

Je le texte pour lui dire you’re cool. I like you. Pas « je t’aime pis je veux t’épouser ». Plutôt « je t’aime bien et j’aimerais te revoir ». Tsé, apprendre à se connaître et peuuuuuuut-êeeeeetre, un man’né, m’attacher. Il me répond que je suis cool too and very chill. On a tous les deux passé une belle journée, donc. J’ajoute que je suis libre dimanche. Il acquiesce avec un we’ll make a plan.

On ne s’est pas vu dimanche, finalement. Personne n’a proposé de plan. Je n’ai pas osé le relancer, ayant préalablement fait une partie du chemin. J’ai senti un changement de rythme, je dirais. Ses réponses sont plus espacées et les textos n’ont plus de conclusion. Et hier, rien. Sauf quand j’ai décidé de le texter vers 19h. Il a répondu sur-le-champs cependant et la conversation semblait intéressée. J’ai quand même l’impression d’avoir commencé à courir tout seul. Un peu.

Je ne suis pas tant chill, finalement. Et je pense beaucoup trooooooop.

Je m’en fais encore pour rien, je sais. Je crois cependant qu’il soit justifié de penser que si on est vraiment intéressé, on propose un vrai plan et pas seulement « we’ll make a plan ». Maudit dating du criss.

Je. Pense. Trop.

Je ne suis pas assez casual pour dater, je pense bien. Je n’y arrive pas encore, du moins. Je sais qu’on peut dater quelqu’un par intermittence, sans engagement, sur une longue période. J’en connais plein qui le font et pour qui ça fonctionne. On se voit quand ça adonne jusqu’à ce que ça adonne full pin (ou pas). Entre temps, ça ne signifie pas que l’un ou l’autre n’est pas intéressé. Je sais. JE SAIS. Et j’essaie fort de faire autrement, mais c’est pas super naturel. Toutes les histoires funnées que j’ai connues auparavant ont été full pin dès le départ. Faque dans ma tête, c’est d’même que ça marche.

Maintenant, je cherche ce que je pourrais bien faire de différent cette fois-ci. Me CALMER LES NERFS serait une bonne chose. Être vraiment chill, comme je sais l’être quand je n’ai ni attente ni attache. Et ne rien faire de plus, je crois. Pour éviter d’être déçu, tsé.

Maudite psychologie de garage de mes deux fesses.

 

Au-delà de la violence

Il est minuit six. J’arrive tout juste à la maison.

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Je suis parti du travail avec un peu le cordon du cœur qui trainait dans’ marde. Un peu. Pour toutes sortes de raison. J’arrive juste pas à le raccrocher comme je voudrais en ce moment. C’est cyclique, je crois. Temporaire, surtout. Donc, ce soir, j’avais envie de prendre un verre et de rentrer un peu plus tard, mais pas trop tard. Juste pour dire. Je n’avais juste pas envie de rentrer seul à la maison en sortant du bureau. Tsé, ce genre de moment.

C’est raté, il est très tard.

Je me suis donc retrouvé chez l’EX, celui avec qui j’ai passé quatre années formidables/de marde, mais pour qui j’ai un profond respect et encore beaucoup d’amour. Pour l’occasion, parce que mon cordon machin trainait dans ÇA, j’ai acheté une bonne bouteille. Avec son copain que j’adore, on a discuté de choses et d’autres. Du quotidien pis tute. Et à un moment donné, j’ai dit : « le discours d’Hillary est à 22h ». Tout ce que je voulais, c’est l’écouter. Bin me v’là tu pas que je l’ai regardé sur grand écran, full HD avec le volume dans l’tapis! Pis avec eux. What a speech!

Ce soir, j’ai vécu un moment comme j’en rêve trop souvent. Un ESTI de moment. Comme quand  Pauline est devenue première ministre. Cette étape où tout semble possible. Où les dernières barrières tombent. Où sky is the fucking limit. Cette femme-là, Hillary, je ne sais pas pourquoi, mais elle m’inspire. Malgré tout ce qu’on a pu lui reprocher et plus encore. C’est Hillary Rodham Clinton. HRC, la présidentiable. C’est SA campagne, SON moment, SON accomplissement. Peu importe si elle gagne ou non, peu importe ses erreurs du passé, peu importe ce qu’on pu dire, elle mérite cette nomination. C’est une battante, elle est déterminée, qualifiée et fucking prête!

Je sais, je parle d’un autre pays. C’est juste tellement plus inspirant politiquement parlant qu’ici. Là-bas, à chaque campagne présidentielle, le monde peut changer. Là-bas, le monde VOTE. Ils s’intéressent et comprennent les principes de base de la démocratie, le moins pire des systèmes. En plus, ils ont le sens du spectacle, du rythme, du discours. Et ils en ont les moyens. C’est beau et inspirant (parfois un peu troublant).

J’ai absorbé chaque mot de son discours. Chaque intonation, chaque sourire, chaque martèlement. Elle est tellement prête! J’ai ri, j’ai applaudi, j’ai été fébrile, j’en ai redemandé. Quelle femme! Quelle future présidente!

Après ce discours véritablement historique, je marchais sur la rue en souriant béatement. J’étais bien. Heureux. Satisfait. Comme si tout pouvait arriver sans m’ébranler. Fallait donc que je trouve une chanson pour faire perdurer le moment. J’ai pitonné, et pitonné encore jusqu’à ce que je tombe sur L’amour existe encore. J’ai hésité, mais je l’ai laissé jouer.

L’amour existe encore. Parce qu’à travers tous ces mots que Hillary a su si bien juxtaposer, il n’y a que ça : du beau, du bon, de l’unité et de l’amour pour son prochain. Que ça mène à un résultat ou non. C’est de ça dont le monde a besoin en ce moment. Du positif. On n’est peut-être pas du même bord, mais au bout du compte on s’en fout d’avoir raison ou tort. Le monde est mené par de fous, mais il n’en tient qu’à nous de nous aimer plus fort. Au-delà de la violence. Au-delà de la démence. Malgré les bombes qui tombent aux quatre coins du monde. Malgré ce mal qui court et met l’amour mort. C’est tellement à propos.

Pis quétaine un peu (ou beaucoup).

Après ce soir, je pourrais mourir parce que j’ai vécu un moment parfait, mais j’ai bin trop envie de voir Hillary présidente des États-Unis. Pour toutes les personnes qui se battent pour un idéal dans le monde. Faque je ne mourrai pas. J’ai juste pas envie.

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Il est minuit cinquante et je vais dormir. PEACE.

Boyfriend material

Me semble que ça fait longtemps que je n’ai pas étalé ma vie privée sur la blogosphère. Ça vous manquait, je sais. Voici, donc.

Le chapitre Paragraphe 3 vient de se terminer. Pas parce que ce n’est pas du boyfriend material, au contraire, il est beau, pis fin, pis drôle, pis attentionné, pis généreux, pis amoureux, pis je crois bien qu’il aurait mis la Terre à l’envers pour me rendre heureux. Exactement comme je ferais pour celui que j’aime. Mais suite à une discussion que j’ai souhaité franche, il a mis un terme à nos ébats parce que je ne suis pas capable de lui donner tout ce qu’il attend de moi. Je rumine des vieilles affaires, encore. Je n’ai pas complété tous mes deuils, je crois. J’ai encore de la colère emmagasinée, on dirait bien. En ce moment, je lui ouvrirais mon cœur pour les mauvaises raisons. J’ai donc dit non, implicitement. Il a dit non, explicitement. Question de timing, qui disent.

C’est dire que j’ai, un peu malgré moi, tiré la plug sur une pas pire belle histoire. Comme un amateur.

Un soir un peu trop arrosé, un bon ami à moi lui a dit que j’étais un peu FOMO ces temps-ci, dans des termes plus affectueux, bien sûr. Effectivement, j’ai en ce moment cette fâcheuse impression d’avoir peur de manquer quelque chose. Quoi ? Je ne sais pas. Pourquoi ? Non plus. Mais je ne reste pas en place deux secondes, j’ai besoin de sortir, de voir du monde, de flirter, de me sentir libre. C’est ça, j’ai besoin de LIBARTÉ. Plus qu’à l’habitude. Comme si j’avais été encabané pendant trop longtemps. Comme si je m’étais un peu trop privé au nom d’une certaine stabilité émotionnelle.

J’ai souvent dit que j’avais trouvé un anxiolitique efficace : le couple. Quand je suis en couple et heureux (cela va de soi), je n’angoisse pas, je dors la nuit, je souris le jour, j’apprécie rester chez nous les fins de semaine. Je suis léger et funné. Je crois qu’en pareille situation, et mon entourage pourra en témoigner, je suis à mon meilleur. Quand je date, je deviens rapidement instable, émotif, exagéré, intolérant, je me réveille la nuit pour ruminer, réfléchir ou paniquer, inutilement.

Maudit câlisse.

Dans la vie en général, mais plus particulièrement en ce moment, j’ai besoin de voir du monde, d’organiser des soupers le vendredi soir, de sortir dans les boites de pédés. Mes amis sont majoritairement gays, je suis gay, je vis gay et c’est comme ça que je me sens bien. C’est donc dire que j’ai besoin de quelqu’un qui va avoir envie de faire les mêmes activités que moi, avec le même monde que moi, au même rythme que moi ou presque. J’aimerais être différent, me satisfaire de peu, être capable de naturellement rester chez moi les fins de semaine, jardiner, tricoter ou jouer à la pétanque avec des amis. J’aimerais vouloir désespérément partir en camping, en voyage de pêche, avoir un chalet pour m’évader tous les fuckin’ weekends de l’année. Je ne suis pas encore rendu là. Je ne me sens pas comme ça. Je préfère les 5 à 7, les partys et rentrer aux petites heures du matin.

Ça me déçoit parfois.

J’ai 35 ans. J’ai l’impression d’en avoir 20. J’agis comme si je n’avais pas vécu et/ou appris. Mes amis me répètent à juste titre que ce serait peut-être le bon moment de prendre une pause, de me retrouver, de me ressourcer, d’être en couple avec moi-même. Genre.

Que faire maintenant ? Rien, je suppose. C’est la meilleure réponse que j’ai trouvée. Rien ou essayer de faire différemment, encore. J’imagine devoir construire un Trump wall entre les autres et moi. Pas par peur d’être blessé, juste pour éviter de rencontrer prématurément et de m’attacher indûment. Du moins temporairement.

En attendant, je vais laisser accrochés les dessins que Paragraphe 3 m’a fait au café. Juste pour me rappeler que c’était l’fun. Pis que j’aurais aimé être à la bonne place, au bon moment.

En deux temps, trois mouvements

Épisode 2783 sur les rapports humains.

J’ai revu le dude du premier paragraphe (réf.: Trois fois passera). Appelons-le affectueusement Paragraphe 1. Il m’a expliqué les raisons de son silence et m’a signifié son envie de me revoir. Il a d’abord oublié notre rendez-vous de « retrouvailles » d’une journée (wink), mais on réussi à setter une autre date. C’était bien. On a jasé de choses et d’autres, simplement. Depuis, on échange régulièrement, amicalement. C’est un bon gars au fond (wink wink).

Paragraphe 2 et moi on continue d’échanger et tout va pour le mieux. Je le trouve funné et j’aime beaucoup sa répartie. Il a plus d’une soirée dans son sac, ça change souvent le mal de place (sourire satisfait).

Sans même avoir lu mon blog, Paragraphe 3 est revenu dans le portrait. Il s’est confondu en excuses, en explications et en « je voudrais te revoir ». Je lui ai donc accordé audience. Je lui ai dit : « qui suis-je, intense x 1000, pour refuser les explications d’un intense x 1 000 000? ». On est allé bruncher, je l’ai écouté, il a remis son train sur les rails après un spectaculaire déraillement, j’ai dit des choses, on a échangé. Il a payé le déjeuner. Gentleman.

Il a perdu beaucoup de points. Il en a gagné plein d’autres. À suivre.

J’ai jamais été indifférent, au fond. J’étais plutôt intéressé, en fait. Mais tout ce branlebas de combat m’a fait un peu peur (no shit). Ça allait vite, c’était intense, ça allait sans doute un peu trop vite et c’était peut-être un peu trop intense. Ralentissons, donc. On va se revoir. Lentement, mais sûrement. À mon rythme et sans contrat. Tant que c’est simple de parts et d’autres, ça ira.

Ce qui m’étonne encore, c’est que je ne m’attendais pas à tant de revirements. Je n’espérais ni les explications de Paragraphe 1 ni le retour de Paragraphe 3. Habituellement, quand je prends le guess d’écrire des platitudes sur mes dates déchues, la suite est rarement positive. Je ne m’attendais à erdjien. Une ex-fréquentation m’avait déjà écrit pour me dire d’arrêter de parler de lui sur mon blog, que notre « histoire » était déjà loin derrière lui et que je devais cesser de l’embêter. J’avais ri. C’est donc qu’il se reconnaissait. Et que ça l’embêtait. J’en avais profité, du haut de ma confiance renouvelée, pour lui répondre que personne ne le forçait à me lire : « c’est à toué les oreilles », je disais.

Mais je peux le comprendre. Qu’on parle de moi en termes plus ou moins élogieux sur un site à 677 abonnés, ça pourrait me gosser. Mais ça signifierait sans doute aussi que j’ai été une p’tite vache à certains égards. Ça, ou que j’ai manqué de maturité. Ou de clarté. Ou de bin des affaires nécessaires à tout humain engageant un contact avec autrui. J’en viens donc à la conclusion que Paragraphe 1, 2 et 3 sont des gens bien et relativement groundés. Le monde et les temps changent.

Pis bonne fête des pères.

Des paillettes de solidarité

C’est un texte que j’ai publié en 2014 pour faire la morale à l’infâme Richard Martineau. Je le reprends aujourd’hui, suite aux événements d’Orlando, pour tous les haters de la Terre.

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Toi, hétéronormatif, tu ne comprends pas l’importance de célébrer la Fierté. Tu trouves qu’on est exagéré, déplacé, exubérant et qu’on devrait juste « être » et faire « comme tout le monde ». Pas besoin d’être fier de quoique ce soit de toute façon ou de se montrer avec des plumes dans l’cul, on a le droit d’adopter des enfants sur « votre » bras, c’est bin assez.

Toi, hétéronormatif, tu rejettes l’idée d’un défilé parce que toi, hétéro normatif, tu n’en as pas, toi, de défilé. Tu prétends ne pas avoir à être fier d’être hétéro et sans histoire. Et s’il fallait qu’on fasse un défilé pour tous les « gens différents », il y en aurait tous les jours. Tsé.

Toi, tu ne te réveilles pas un matin de tes 6 ans avec du désir gros comme la Terre pour un copain du même sexe que toi sans comprendre pourquoi. Tu n’as jamais eu peur d’en parler, toi. Toi, à 6 ans, tu joues avec tes autos miniatures et tu ne penses pas à ça. Au mieux, tu joues au docteur avec ta petite voisine et ça, c’est drôle et mignon pour la majorité des gens.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de vouloir être « normal » aux yeux de gens comme toi. Tu n’as jamais eu à mentir sur qui tu es intrinsèquement pour avoir l’impression d’être accepté de gens comme toi. Parce qu’être pointé du doigt parce que t’aimes pas les mêmes choses que « tout le monde », tu ne connais pas ça.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de faire rire de toi par les p’tits cons de ton école. Entouré d’hétéronormatifs, l’enfant « différent », qu’il soit blanc, gay, noir ou jaune, ne fait pas partie de la norme, il est donc risible, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 16 ans, une blonde pour être « comme tout le monde » et être amoureux de ton meilleur ami. Tu ne sais pas ce que c’est de ne pas pouvoir lui dire parce que ce n’est pas « normal » ou « acceptable ». Les questions que tu peux te poser sur ton orientation sexuelle ne t’empêchent pas de dormir la nuit.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 15, 20 ou 30 ans, d’être un gars (ou une fille) et de devoir annoncer à tes parents que t’aimes quelqu’un du même sexe que toi. Aussi compréhensibles et humains soient-ils. T’as rien à annoncer de spécial sauf, peut-être, que t’as rencontré quelqu’un de bien et ça, pour tes parents, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas cette peur d’être rejeté par ceux que t’aimes parce que la société te considère comme différent. On ne rejette pas un gars qui présente une fille à sa famille, à ses amis ou à ses collègues. Ou l’inverse.

Toi, tu n’as pas à avoir peur de marcher sur la rue et de tenir la main de la personne que t’aimes. Et toi, tu peux le faire partout dans le monde. C’est normal d’être toi. C’est accepté partout, comme VISA. Moi, pas si loin que ça, je peux me faire jeter d’un resto parce que j’aime un gars. Ou être la cible d’un hater meurtrier juste parce que je suis gay. T’as déjà pensé à ça?

Toi, t’as peut-être oublié qu’il n’y a pas si longtemps, à Montréal, on coffrait des gens parce qu’ils se retrouvaient dans des endroits dits clandestins parce que ce n’était pas légal de vivre comme eux. Ils se cachaient pour être heureux. T’as peut-être oublié aussi qu’ils se faisaient tabasser sans autre raison que leur différence et que leurs bourreaux étaient impunis et parfois même, applaudis.

Toi, tu ne soutiens pas toujours les gens qui font encore parfois les frais de commentaires homophobes, d’humiliation, de licenciement injustifié et de violence. Tu ne réalises pas qu’il y a 72 pays dans le monde où la communauté LGBT n’est pas la bienvenue. Que ces mêmes pays votent des lois pour condamner les homosexuels jusqu’à la peine de mort. Aux États-Unis, encore aujourd’hui, des lois sont votés pour restreindre nos droits et libertés. Toi, as-tu peur d’être tabassé parce que t’es hétéro et « normal »? Tu te souviens des deux jeunes gay iraniens qui ont été pendus par leurs pairs parce qu’ils s’aimaient? C’est ça, tu crois, la vie?

Toi, tu penses que de payer des taxes et d’avoir des avantages fiscaux est suffisant. Toi, tu penses qu’on s’est battus juste pour ça. Mais tu ne comprends pas qu’on s’est avant tout battu pour être respecté et accepté, non pas juste toléré.

On s’est battu pour rester debout.

Un défilé de la fierté, pourquoi? Pour se féliciter du chemin parcouru pour la communauté LGBT ici et à travers le monde. Qu’on le fasse avec exubérance, enrobé de plumes, de paillettes ou les fesses à l’air ne change rien. On est là pour faire du bruit et rappeler que la différence existe. Et c’est beau, la différence. Qui plus est, ça aide parfois quelques âmes en détresse à sortir la tête de l’eau et vivre. Tsé, vivre.

Chaque défilé aussi, on garde une minute de silence en l’honneur de ceux qui sont morts du SIDA et de l’intolérance et pour ceux qui marchent toujours pour leur liberté au péril de leur vie. C’est pour ça qu’année après année, à chaque défilé, lors de la minute de silence, je lèverai le poing afin de signifier que je les soutiens dans leur combat.

On appelle ça la solidarité.

Le 12 juin, au Pulse d’Orlando, la vie était belle. Des gens s’amusaient, dansaient le sourire aux lèvres. Ils ne demandaient rien de plus que d’avoir du gros fun noir avec leurs amis. Rien de plus, rien de moins. Faire « comme tout l’monde », tsé.

Pense à tout ça. Parce que toi, tu n’as peut-être jamais eu à te battre pour exister.

Trois fois passera

Dans les trois derniers mois, j’ai daté trois gars. Commençons par ça.

Le premier, ça s’annonçait super bien. On s’est rencontré dans un bar, on s’est plu tout de suite, genre sourires automatiques, petites étoiles dans les yeux, une envie irrésistible de s’arracher nos vêtements. On s’est revu, en tête-à-tête au resto, chez lui, on avait envie de se revoir, on s’est revu, trois fois, et c’est à ce moment que j’ai dit l’impensable : tu me plais. Ça et quelques autres questionnements que je considère légitimes. MAIS OÙ AVAIS-JE LA TÊTE?! Depuis, plus rien ou presque. Des grenailles d’attention et quelques relances.

Le deuxième, je l’ai connu sur Tinder avant ma résolution. On a tous les deux swipé à droite, on s’est envoyé un premier message pis ça semblait parti pour la gloire. On s’est vu trois fois, chez lui, et c’était vraiment agréable. Cette fois, c’est moi qui ai reculé, je ne le sentais pas, mais je lui ai dit rapidement et avec des mots en séquence cohérente : « je ne souhaite pas m’aventurer sur cette voie avec toi ». Et le traditionnel : « je préfère qu’on reste ami ». Depuis, quand il a été prêt, on s’est revu en amis et j’apprécie ces moments.

Le troisième, je l’ai poké sur Facebook. Bin oui, je fais ça. Il m’a poké back, je lui ai envoyé un message et s’en est suivi un échange enflammé pendant deux semaines. Le gars, à l’extérieur de la ville pendant ce temps, est même revenu plus tôt parce qu’on ne se pouvait plus. Beau, fin, drôle, into me x 1000. Into him x 1000 aussi. On s’est vu pour la première fois vendredi et c’était juste parfait. Malgré son intensité plus aiguisée que la mienne et l’évolution rapide de la « relation », j’ai mis mes quelques issues récurrentes de côté au profit d’une possible chouette histoire.

On s’est revu samedi soir, je rencontrais ses amis (bin oui, vite de même, mais pourquoi pas?!), et je devais repartir avec lui, chez lui. Sauf que, j’étais fatigué et un peu dans ma tête, j’ai donc préféré partir sans lui, chez moi, et éviter des discussions possiblement akwards. Je lui ai dit et il a déchanté sur-le-champ. S’en est suivi – de sa part – un envoi massif de textos plus ou moins agréables à lire et deux appels manqués – je dormais, tsé, j’étais vraiment et réellement fatigué. Faqueeeeee, me suis fait domper hier matin. Bête de même. Je n’étais plus à la hauteur de ses attentes, tout à coup. J’aurais dû rester avec lui, faire comme si tout allait bien et sourire à tous vents. Me sacrifier pour la cause, en quelque sorte. Ça s’est fini hier matin donc, au téléphone. C’est toujours mieux que par textos. Ooooooooh well. Ça m’a rassuré sur un truc : il y a plus intense que moi. Merci, bonsoir.

Étonnement, hier matin, j’étais d’un calme plat. Quoi dire ou faire face à ça? Absolument rien. J’ai donc expérimenté le « lâcher prise » avec succès. C’est dire que devant une situation totalement hors de mon contrôle et démesurément dramatique, je suis encore assez sensé pour me retirer avec grâce et sans trop de séquelle. Je me sens quand même vidé de toute cette intensité, j’ai fait à peu près huit siestes dans la journée, mais je suis fier de ne pas avoir accepter de courir vers l’impossible, tête baissée. Y’a toujours bin des limites!

Ça met donc un terme, pour le moment, à un cycle de dating poche. Aujourd’hui, je dois avouer que j’étais un peu découragé/dégoûté des dernières semaines et de certaines de ces rencontres. C’est comme courir vers des portes grandes ouvertes, mais les recevoir en pleine face au moment d’entrer. Un moment donné, ça gosse.

Conseils du jour :

  1. Si tu dates pis que ça marche pas ou que tu veux pas, aies au moins les couilles de le dire rapidement, avec des mots qui se comprennent et des phrases claires. Sois assez adulte pour ne pas garder l’autre comme un rond de poêle allumé, juste au cas. C’est nul. La personne l’autre bord a possiblement un intérêt pour toi et tu lui donnes espoir pour rien. Répéter au besoin avec patience et un peu de cœur.
  2. Si t’es intense, apprends à te gérer un peu. Ce n’est jamais simple, les émotions sont souvent plus fortes que la raison, mais fais un effort. Au pire, rumine chez vous, parles-en à tes amis, radote, mais ne sois pas pathétique devant lui. Apprend à parler calmement, à tête reposée. Pour l’avoir vécu trop souvent, parler sur le coup de l’émotion ne donne JAMAIS les résultats escomptés. Répéter avec abandon, intelligence et estime de soi.
  3. N’accepte jamais qu’on joue avec toi. Tu vaux plus que ça, tu m’entends?

Comment conclure, maintenant?

Les gars (les filles), on a tous des issues dans la vie. Y’a personne de parfait ni de totalement prêt à se lancer en relation. Même les plus zen de mes amis sont un peu fuckés. Sont juste plus calmes. On a tous un passé, des angoisses, des attentes, des trucs à régler, l’espoir de trouver le bon et le cœur fissuré d’histoires ratées. Y’en aura jamais de facile, maudit câlisse. Être en couple, c’est UN TRAVAIL DE TOUS LES JOURS. C’est pas juste du WOW, c’est aussi des discussions pas l’fun, des ajustements, des compromis, c’est traiter avec un HUMAIN qui a des travers différents des vôtres. Pis après avoir compris ça, c’est essayer d’avancer ensemble dans la même direction. C’est là que la magie s’opère, en principe. Mais pour ça, faut avoir un intérêt d’abord et être prêt à faire des efforts ensuite.

Parce qu’on a rien pour rien dans la vie, tsé.

Neeeeeeeext.

 

Sous le vent

Quand j’ai rédigé mon plan d’affaires, j’ai essayé d’y aller dans le détail : clientèle visée, groupes d’âges, offre de services, secteurs privilégiés, menu, liste de prix, etc. Évidemment, on pense à tout ce qui est prévisible et on tente de prévoir l’impossible. Trente-sept pages de réflexions, de tableaux et de prévisions. Dans tout ce processus de rédaction, une seule chose m’a vraiment échappée : les fucking ressources humaines.

Je n’avais jamais « dirigé » des employés. J’ai eu quelques bénévoles à aiguiller durant deux campagnes électorales, sans plus. Et les collègues sous ma terrible gouverne étaient des gens avec qui je m’entendais déjà bien et qui n’avaient pas vraiment besoin de patron. Un bénévole, de toute façon, c’est de l’or en barre. Ça donne du temps, beaucoup de temps et souvent son cœur pour une cause qui lui est chère. Généralement, donc, tout beigne avec eux, sauf rares exceptions. Mais un employé, c’est pas pareil. Ça échange un travail contre rémunération. Ses attentes ne sont pas les mêmes. Les miennes non plus.

Donc, les ressources humaines. Un joyeux mélange de psychologie de garage, de gestion chaotique d’horaires, d’émotions à apprivoiser, de remplacements d’employés malades, d’égos à gérer et de communication perpétuelle. En tant qu’ex-employé-petite-vache, je n’avais pas réalisé à quel point il pouvait être difficile d’être patron. Je comprends mieux, maintenant.

Je n’étais pas un bon employé. J’avais régulièrement l’air bête (possiblement tous les jours), je grognais à la moindre demande et j’évitais les rencontres d’équipes et/ou les 5@7 de bureau. Je considérais donner suffisamment de mon temps à un travail qui ne me plaisait pas tant pour en partager davantage avec les collègues APRÈS les heures de travail. J’étais pas super fin, je le réalise maintenant. Je ne rendais pas la tâche très à facile à mes patrons.

Tout ça pour dire que j’apprends chaque jour à être le boss. Je dois réfléchir à chacune de mes réactions, ne pas tout dire ce qui me passe par la tête, contrôler mon trop-plein d’émotions, absorber le leur, apprendre à écouter, à ne pas juger, à être compréhensif et continuer à servir les clients avec le sourire. Pas. Tous les jours. Facile.

Dans les deux derniers mois, les ressources humaines ont été tout sauf un long fleuve tranquille. En fait, c’est ce qui gruge le plus clair de notre temps. Un employé qui s’en va pour réaliser son rêve, un autre qui tombe malade une journée et qu’on doit remplacer à pied levé, hangover, avec 3 heures de sommeil dans l’corps, un autre qui quitte pour l’été, des discussions difficiles, répétées, deux congédiements, des entrevues, des embauches, de longues heures de travail. Ça et tant d’autres tâches. Et, je le répète, tout en gardant un sourire affable et sincère pour notre merveilleuse clientèle qui ne mérite que le meilleur. Les joies de l’entreprenariat. Ah!

Les ressources humaines donc, ce n’est pas mon sport préféré.

Et avec tout ça, le congélateur a rendu l’âme, le lave-vaisselle a dû être réparé deux fois dans la même semaine, la machine à glace est capricieuse. J’ai dit à la blague que notre monde s’écroulait un morceau à la fois. Wink. Mais il y a pire (parfois, je me le demande, haha!). Pis maintenant, quand une badluck nous tombe dessus, plus rien ne surprend. Emmènes-en des drames! Mon associée répète que nous sommes des arbres qui plient sous le vent. On plie en esti, pis on se redresse aussi vite. Système D dans l’tapis. Ainsi va la vie.

Les petites épreuves des dernières semaines, autant personnelles que professionnelles, nous rendent plus fort. C’est quétaine, mais vrai. Pis on a de bons employés, malgré tout. Double wink. Ma façon de leur dire merci, c’est de leur laisser le plus de latitude possible et de leur faire confiance. C’est en faisant confiance et en lâchant prise sur certaines variables qu’on est capable de grandes choses. Même au quotidien. Pis ça, pour moi, c’est le plus important.

Le cœur brisé d’étoiles

Je me suis retrouvé hier soir dans un appartement rempli de boites. Des boites de déménagement. Parce que mon ex-couple s’en va aujourd’hui.

Dans la journée d’hier, soumis au hangover d’alcool de la veille, j’ai eu le sentiment d’avoir le cœur brisé, sentiment agrémenté de cette fameuse impression de fin du monde post brosse. Pas uniquement à cause de cette relation qui s’est terminée, puisqu’on est tous les deux conscients qu’on est better off maintenant, mais surtout par le concept de séparation, encore. Ce n’est pas agréable une rupture, même consentante. Ça joue sur les sentiments, l’humeur, la confiance, les certitudes, le contrôle et les limites. Ça brasse bin des affaires pas l’fun.

Sur mes trois longues relations, je n’ai quitté le nid qu’une seule fois. Les deux autres, c’est eux qui sont partis. Ce qui fait que deux fois, je me suis retrouvé dans un appartement à moitié vide, ayant au début de la relation, fait de la place pour leurs choses. Donc, aujourd’hui, dimanche, la chambre sera vide. Genre vide. Ça me rend un peu triste. Ça, pis la brosse à dents en moins.

Par choix, j’ai dormi sur le sofa du salon depuis le jour R. Ça me réconforte dormir sur un sofa. C’est comme si je dormais ailleurs, où tout va relativement bien. J’oublis généralement mes angoisses et autres menus tracas. Je dors étonnement bien, malgré mes grandes jambes et le peu de marge de manœuvre. Et je n’ai pas l’intention d’installer un lit dans la prochaine semaine, au désespoir de ma mère. Dormir sur mon sofa, dans ma petite bulle, sera vraiment salutaire. Quelques jours encore, maman. Pas plus, promis.

Puis, j’ai rencontré un garçon il y a quelques temps. Notre rencontre était remplie d’étoiles, comme dans les films. Et les rencontres suivantes l’ont été tout autant. Puis, de son bord, de moins en moins. Puis, plus rien. Y veut, mais y veut pas. Devant ce foul ball annoncé, j’ai daté un autre garçon, me disant que je n’avais rien à perdre, sans trop réfléchir. Ça s’est bien passé, le gars est beau, fin, intéressant, drôle, mais non, je ne sens rien. Je veux celui qui ne veut pas. Classique.

Tout ça pour dire que j’ai peur du vide. Comme presque tout le monde en fait. Ça signifie que devant un échec, plutôt que de le cuver et d’essayer de devenir une meilleure personne, on passe au suivant, en espérant que le suivant soit celui qui nous permettra de se sentir mieux. They tried to make me go to rehab but I said : « no, no, no ». Mais c’est pas d’même que ça marche. Pour rencontrer quelqu’un, faut être prêt à ouvrir son cœur, à partager, à faire des efforts. Parce qu’être en couple, c’est jamais simple. Faut toujours faire des efforts. Quand on est prêt, on est capable de faire tout ça. Faque, j’entre en rehab.

Même si j’ai fait mon deuil, je ne suis pas tout à fait prêt à m’embarquer dans une nouvelle histoire. Officiellement, je ne veux pas. Officieusement, j’ai un peu envie. Mais j’ai des cossins à régler. Je le vois, je le sens. Même si j’ai envie d’essayer quelque chose avec le dude aux étoiles, ma gestion de crise est juste ridicule : j’insiste, j’espère, j’attends, et je répète, inlassablement. Ridule et/ou pathétique, c’est selon. Ce sont des signes ÉVIDENTS qu’il ne me laisse pas indifférent, mais signes ÉLOQUENTS que je ne suis pas encore rendu là. Si j’étais prêt, je serais un peu plus en contrôle de mes émotions et respectueux de mes limites. Pis je laisserais aller, for good. Advienne que pourra, sti. La vie regorge de dudes aux étoiles prêt à prendre ma balle au bond. Mais je pars toujours du principe que rien n’est impossible. C’est positif, je trouve. Mais ça me force parfois à m’acharner. Un peu. Ou beaucoup. Faque, avec tout ça, j’ai décidé de laisser aller, au nom du bonheur. À suivre, donc.

Cela étant dit, ce soir, c’est le début d’un nouveau chapitre. Celui de la reconstruction. C’est à partir de ce soir que j’aurai tout le temps de revoir mes priorités, de cuver mes peines, d’essayer de rencontrer sans trop m’attacher et de réapprendre à être un célibataire heureux. Juste apprendre à respecter mes limites, c’est un excellent début. Pis à prendre actions quand les signaux d’alarme retentissent.

Genre, style, comme.

Micheline la Conquérante

Hier soir, j’ai assisté au 10e combat sur la langue de bois. Tour à tour, des personnalités tous azimuts ont livré leur impression sur ce qu’est, in two thousand sixteen, la langue de bois. On a entendu des exemples parfois très concrets et d’autres plus métaphoriques.

Puis, il y a eu Micheline Lanctôt.

J’aime cette femme d’amour. J’aime son franc-parler, sa verve, son humour, le timbre de sa voix, sa prestance, son attitude-je-m’en-contrecrisse. C’est une boomer et fière de l’être. Elle a été de tous les combats de société depuis la Révolution tranquille. Je l’admire.

Hier, cependant, elle était fatiguée. Elle a répété qu’elle était fatiguée de se battre, d’espérer, de rêver pour la masse qui elle, s’est mise à genoux. Elle prétend que nous, générations X, Y, Z et la C – la nouvelle – que nous ne rêvons plus, que nous acceptons l’ordre établi, qu’on s’aplaventrit devant l’autorité. Qu’au printemps 2012, on a cogné des casseroles quelques semaines avant que le gouvernement nous fasse peur et qu’on se taise. J’ai pourtant souvenir d’un autre moment beaucoup plus effervescent. Il me semble plutôt que nous ayons manifesté pendant des mois, soir après soir, à coup de 400 000 personnes parfois, contre une injustice en éducation et finalement, contre toutes les injustices. Oui, on a arrêté de faire du bruit, mais on a obtenu un petit gain de cause: on s’est débarrassé du gouvernement en place, du moins temporairement.

Hier donc, elle était fatiguée ET frustrée. C’est un peu lassant.

Effectivement, les libéraux sont revenus au pouvoir, plus forts encore, mais je ne crois pas que ce soit particulièrement la faute des X, Y, Z, et des C.

Est-ce que la tournure du scrutin de 2014 fait de nous des perdants ? Je ne crois pas. Est-ce que nous sommes un peu perdus? Possiblement. Est-ce que nos priorités ont changé ? Assurément. Et d’après vous, ça part d’où? On fait un peu avec ce qu’on nous a légué. Ce n’est pas une excuse, mais un fait. Les boomers qui se sont battus pour sortir de la Grande Noirceur l’ont fait parce que l’avenir devant eux était sombre, voire inexistant, du moins pour une partie de la population, les francophones en l’occurrence.

Ce sont eux qui ont bâti les grandes institutions qu’on connaît aujourd’hui. Ce sont eux qui ont créer la « classe moyenne », l’assurance maladie, la Caisse de dépôt, les CLSC, le réseau des universités du Québec, l’assurance automobile. Ce sont eux qui nous permettent maintenant de vivre plus aisément, plus librement, un peu plus en sécurité et plus instruits. Mais ce sont également eux qui tiennent encore les rênes du pouvoir arrachées jadis aux apôtres de l’Obscurantisme. C’est dire que si les nouvelles générations peinent à prendre leur place, c’est un peu parce que les boomers s’accrochent et laissent peu de place au changement. Les cadres qu’ils ont établis pour obtenir plus de liberté et de contrôle sur leur destinée, sont les mêmes qui nous empêchent un peu de progresser.

En somme, ils se sont battus quand c’était le temps et ils ont gagné. Bravo! Nous en sommes fucking reconnaissants. Le ras-le-bol était généralisé et les circonstances le permettait.

Notre avenir n’est pas sombre. Il est brouillé, mais pas sombre. Les possibilités sont encore endless, c’est déjà une nette progression par rapport à la Révolution tranquille. Cela étant dit, une révolution économique, politique, sociale et culturelle est à nos portes et elle est nécessaire, vitale. Il y a urgence d’y réfléchir, de poser ses assises, et il y a urgence d’agir, mais avec mesure. Parce que le système hérité des boomers est mauditement compliqué à contourner. Certes, nous sommes un peu résignés, léthargiques face aux scandales, à la corruption et à la langue de bois, mais ce n’est pas une question de générations. C’est une question de conjonctures.

Et j’oserais avancer que ce sont les vieux qui sont les plus désabusés. Sont fatigués, tsé.

Le jour où nous pourrons renverser un gouvernement par la rue arrive. On le voit partout dans le monde. Le pouvoir retournera vraisemblablement au peuple dans un futur rapproché. Et encore une fois, ce ne sera pas une question de générations.

Au Québec, en 2016, il n’y a pas de films ni de livres mis à l’index. On peut dire ce qu’on veut, quand on veut, à qui ont veut. On peut s’exprimer sur tous les sujets, sur toutes les tribunes. Les femmes ont le droit de vote, les gays ont le droit de se marier, on reçoit 55 000 immigrants annuellement, on profite d’un rare niveau de droits et de libertés fondamentales, on a accès à une éduction abordable, des soins de santé gratuits, de l’eau potable. Ce pourrait être vraiment mieux, mais c’est loin d’être le Goulag.

Pour ce qui est du rêve, je suis entouré de gens motivés, inspirants, idéalistes. Des entrepreneurs remplis de rêves, j’en connais un char pis une barge.

Par exemple, j’ai une amie qui, à 38 ans, un enfant sur les bras, une maison, et quelques dettes, a quitté son emploi après 15 ans de loyaux et dévoués services pour se lancer dans le vide. Elle rêve de mieux, de plus authentique, de plus stimulant, de vivre selon ses principes, de donner à sa fille des outils qu’elle considère essentiels pour l’avenir. C’est une femme remplie de fougue, d’une énergie contagieuse et d’une passion de la vie démesurément inspirante. Elle ira loin.

Il y a moi aussi. J’ai quitté mon emploi stable et payant il y a un peu plus d’un an pour lancer une entreprise dans un domaine fragile. J’ai pris le risque de vivre selon mes priorités, de faire de ma passion un travail et de me bâtir une vie qui me ressemble. Si ce n’est pas ça rêver, je ne sais pas ce que c’est.

Le monde, ça peut aussi se changer au quotidien, à petite échelle, une action à la fois. Pas besoin d’être un mouvement national et concerté à chaque fois pour que ça en vaille la peine. Il n’y a qu’à regarder les gens tous les jours pour constater qu’il y a présentement une révolution silencieuse qui s’opère. Les gens veulent de la qualité, du bio, payer moins, vivre mieux, avoir de meilleurs horaires, être leur propre patron, aimer leur job et VIVRE le reste du temps. Je crois que c’est ça, notre révolution. Voyez, pas toujours besoin de se taper su’a yeule.

J’ai des amis en politique, en finances, dans des OSBL, en coopération internationale, en droit, en entreprenariat. Chacun à leur façon, ils améliorent leur quotidien, pour eux et leurs proches, un projet à la fois. Ce sont eux qui changeront le monde d’aujourd’hui, avec ou sans Micheline Lanctôt.

Qu’elle soit fatiguée ou pas.