Aide-toi et le ciel t’aidera

Il y a des moments où, financièrement, ça va moins bien. T’as beau vouloir, essayer, espérer, chercher un autre job, trouver l’idée du siècle, les comptes arrivent à vitesse grand V et l’argent fraîchement accumulée (ou pas) disparaît sans crier « terminus d’autobus ». Souvent et inévitablement, c’est durant cette période qu’il y a plus de comptes à payer et de chèques en circulation que d’argent disponible. Life sucks, parfois.

Et si tu crois que t’es seul dans cette histoire, rassure-toi, il y a toujours une institution bancaire qui pense à toi et qui sera toujours prête à te rappeler gentiment que ta vie, c’est d’la marde.

Cette semaine, un ami m’a dit : « ma paye a été déposée ce matin, mais j’avais pu une cenne dans mon compte depuis deux jours pis y’a un chèque qui est passé ». Si j’avais moi-même dit cette phrase-là, j’aurais ajouté un « câlisse » bien senti.

Pas de fond dans ton compte bancaire correspond presque toujours à la mention «frais effet sans provision ».  Accompagné d’un 45$ qui fait mal dans les circonstances. Une petite note assassine qui te rappelle que c’est pas facile dans tes poches ces temps-ci. Une remarque désespérante qui te ramène gracieusement à l’ordre pour te dire que tu gères mal tes affaires. Ou que tu fais jamais assez d’argent.

On sait tous que quand t’as pas une criss de cenne, t’as quarante-cinq belles piastres à flauber dans l’vide. Le « vide » qui correspond aux poches déjà pleine de ton institution financière qui fait des profits sans nom. Me semble que c’est logique. Attends, il est écrit zéro au bout de la ligne, mais c’est pas suffisant, tu peux aller dans le moins. Un peu plus bas, un peu plus loin. Joie.

Je comprends que le quarante-cinq dollars en question est comme une contravention suffisamment salée pour que tu t’organises et que ça n’arrive plus. Comme un ticket de stationnement. À force de te parker au mauvais endroit et de te faire pogner, tu te stationne ailleurs, où c’est permis. En principe. Et je suppose que plusieurs ont abusé par le passé, « obligeant » les banques à punir plus sévèrement. Mais mettons que ça ne t’arrive pas genre souvent slash genre une fois par année parce que t’as oublié un chèque en circulation et que le destinataire a pris huit mois pour le déposer. Mettons. Ça arrive. Un oubli. Une erreur. Me semble qu’une période de grâce pourrait être de mise. Je dis ça d’même.

Ça nous est tous arrivé à un moment ou à un autre d’oublier un paiement en attente. On ne passe pas nos journées à surveiller nos dépenses. Pas moi, en tout cas. Et chaque fois, on a dû payer le fameux frais. Et chaque fois, ça a fait mal à l’orgueil. Chaque fois encore on nous a dit que c’était automatique, que le système informatique opérait tout seul, comme la volonté du Saint-Esprit. Chaque fois, on a négocié avec notre banque pour qu’elle efface cet accroc à notre cote de crédit parce que hé! sans cote de crédit, on n’existe pas.

Je me souviens avoir déjà essayé de faire entendre raison à la madame de la Caisse : « Madame, c’est pas de votre faute, mais si j’ai déjà pas d’argent pour payer cette facture-là, comment pensez-vous que j’arriverai à finalement la payer avec les frais que vous m’imposez? Comment pensez-vous que je vais me sortir de la marde si chaque fois que j’essaie d’y arriver, vous en rajoutez une couche? Pis Desjardins à part de t’ça, c’est pas supposé être une coopérative qui s’occupe de ses membres? Genre, m’appeler avant pour me demander quand le chèque pourrait être déposé pour éviter cette discussion inutile? GENRE!

Mais non, Desjardins, c’est une banque, comme les autres, et elle s’en criss pas mal de tes bonnes intentions. Le profit avant tout, man.

J’ai d’ailleurs passé toutes mes années de vie adulte à tonner contre Desjardins. De tous mes poumons. Pour l’incompétence avérée de ses « conseillers », pour le changement de cap sous le joug de Monique Leroux, pour le manquement à sa mission première qui est d’aider le petit épargnant, pour avoir détruit l’œuvre d’Alphonse-le-Commandeur, pour ses restructurations sans fin, pour les ristournes fantômes. Pour l’ensemble de son œuvre. Vrai, Desjardins a été assez fine pour me prêter pour mon entrée dans le monde de l’immobilier et pour l’ouverture de mon café, mais jamais sans garantie, jamais avec le sourire pis une petite tape dans l’dos. Mettons que pour la coopération en situation de crise, on repassera.

C’est comme les assurances qu’on paye toute notre vie en cas de vol. Fais toi pas voler, parce que tu devras payer un déductible et chèrement par la suite pour les biens qu’ils te remplaceront.

Tout le monde se sert tout l’temps, partout. C’est ça, le capitalisme. Merci à Bernie d’en faire part au monde entier, même si je crois que toute l’opération demeure utopique.

J’imagine que tout ce beau monde-là, les banques au premier chef, a adhéré à l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera ». Parce que ce n’est certainement pas eux qui le feront.

Critique ta vie

Être critique de nos jours, c’est donné à tout le monde. On va au resto, au théâtre ou à un show de musique et, sur le chemin du retour, on peut faire part de nos impressions au monde entier. TripAdvisor, Yelp, Facebook, e tutti quanti.

On l’a lu et entendu à tout vent : à cause des réseaux sociaux, bla, bla, bla. Effectivement, tout le monde peut s’improviser ce qu’il veut quand il veut pour tout et rien. Je l’ai fait, tu l’as fait, tout le monde le fait. Je le fais encore, d’ailleurs. Je blogue.

Il y un an ou deux, j’allais au théâtre compulsivement. J’avais des cossins à régler dans mon for intérieur et le théâtre me permettait de ressentir l’essentiel. À force d’en voir – une vingtaine de pièces en autant de semaines – sans pour autant me déclarer professionnel en la matière, je me suis improvisé critique de théâtre. Selon mes critères, mes impressions, mon feeling. J’essayais de le faire intelligemment et constructivement, mais tsé, tout est sujet à interprétation. Ce qui est bien pour un, ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Entre autres, j’ai fait une critique de la première lecture publique du roman d’une connaissance, le tout mis en scène. Un premier pas, disait-il, vers la création d’une pièce de théâtre en bonne et due forme. Il n’a pas aimé mon texte d’opinion et, à l’époque, je ne comprenais pas pourquoi.

Une lecture, à priori, c’est un laboratoire. C’est à ce moment que l’auteur teste des affaires et qu’il jauge la réception du public et le potentiel à moyen terme. C’est comme ça que j’ai vu la chose et j’ai cru ma critique positive malgré la critique, justement. Le truc, c’est que j’aurais dû lui envoyer personnellement, pas la partager avec mes 555 amis. Parce qu’en fait, ce que j’ai risqué de provoquer, c’est un possible désintéressement par quelques personnes de sa pièce en devenir. J’ai fait une critique dont les points « négatifs » risquaient de nuire à l’image de son projet. Pas que je crois avoir tant de lecteurs ni une notoriété whatsoever, mais tout commentaire négatif peut être attrapé au vol par des yeux inexpérimentés et/ou manquant de jugement. Et le mal, il se fait une critique négative à la fois. Demande à Pauline.

Pis parfois, c’est mieux de ne rien dire. Qui suis-je pour m’improviser critique, anyway.

C’est que, depuis l’ouverture du café, j’ai reçu plusieurs commentaires. Surtout positifs, heureusement, mais quelques personnes, deux au demeurant, n’ont pas aimé telle ou telle affaire. Un n’a pas aimé la température de son café ni notre biscuit sandwich, pourtant un must auprès des clients (trop sucré et « vulgaire », selon lui). Il nous a donné 2 étoiles. L’autre n’a pas aimé l’attente un dimanche après-midi beaucoup plus achalandé qu’à l’habitude (genre l’apocalypse) et est même partie sans avoir consommé les cafés commandés. Elle nous a donné 1 étoile.

Oh well. Que dis-je, virgule, OH WELL.

L’attente, généralement, c’est on ne peut plus involontaire. Ça dépend vraiment du nombre de personnes qui arrivent plus ou moins en même temps et qui commandent aussi plus ou moins en même temps. Et même si on met toutes les mains disponibles à la tâche, ça se peut que ce soit plus long qu’à l’habitude. On a juste une machine. Elle fait des cafés 30 secondes à la fois. Ça ne s’excuse pas, mais une personne sensée devrait comprendre ça. Au pire, si c’est trop long, annules ta commande avant de partir, sinon, on a perdu notre temps tous les deux. Et dans les circonstances, me punir ne sert vraiment à rien.

Un café trop chaud, ça se dit à celui qui l’a préparé, sinon c’est toi qui vis un moins bon moment. Le dire à la Terre entière quand il suffit de le mentionner au barista et peut-être l’aider à faire mieux pour toi et tant d’autres, c’est plus constructif. Enfin, il me semble. À moins que tu ne sois là que pour chiâler. Ça se peut, ça aussi. Qui plus est, refuser que le propriétaire de l’entreprise communique avec toi suite à une critique assassine, c’est un peu lâche. Just sayin’.

Faque j’aurais dû envoyer ma critique à l’auteur, c’eût été mieux.

Une critique, c’est bien, c’est même sain. J’en veux des positives et des négatives. J’ai aussi envie que le client qui fera une critique m’en parle aussi de vive-voix. C’est généralement ce qui arrive et tant mieux. Ça aide à progresser. Pis Jésus veut que tu aides ton prochain. Une critique au comptoir, avec le responsable du café trop chaud ou de l’attente interminable, c’est fucking hot, finalement. Parce qu’une critique émanant d’une frustration passagère reste et fait inutilement baisser la moyenne. Pis ça gosse.

Heureusement, je crois que le monde sait se faire sa propre idée et ne se fie que rarement aux critiques et étoiles galvaudées sur la toile. Quoique.

En terminant, j’ai lu un commentaire sur un autre établissement qui m’a laissé un peu pantois. Et j’ai eu envie de dire (crier) ceci :

Si tu trouves ton expérience bin winner dans un café de troisième vague, mais que tu donnes trois étoiles juste parce que t’aimes PAS le café de troisième vague (tu préfères le Van Houtte, tsé), c’est con. Overall, t’as passé un bon moment et c’est un peu tout ce qui compte.

En gros, comme pour tout dans’ vie, prends ton gaz égal pis toute va bien aller.

Mieux vaut être chauve que mal coiffé

Je sors de chez le barbier. Pis je suis pas content. J’ai payé beaucoup trop cher pour une coupe de ch’feux pis de barbe pas à mon goût. Pis je l’ai même tippé. Câlisse.

J’ai le droit d’avoir des exigences. Je n’ai pas beaucoup de ch’feux, mais ça ne signifie pas que je veux qu’on me fasse n’importe quoi. Je veux justement que ça ait l’air de que « quelque chose » malgré qu’ils soient courts et sans réelle coupe. Si je t’explique comment mon ch’feu pousse, écoute-moi, je sais comment mon ch’feu pousse. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas non plus, t’es pas mon coiffeur depuis 1000 ans, j’ai besoin de savoir que je peux te faire confiance, faque écoute-moi. Un minimum, me semble.

J’ai une belle barbe aussi, fournie, épaisse et colorée. J’ai aussi envie qu’elle soit bien taillée. Tsé, TAILLÉE, pas juste effleurée de ton clipper pendant une demi-heure. Parce que si tu ne me la tailles pas pour vrai, je devrai dépenser le même montant la semaine prochaine pour la faire tailler pour vrai, pis ça, je ne veux pas. Si je te dis que je n’aime pas telle ou telle affaire, j’ai l’droit, après tout, c’est moi qui paye. Et ton rôle, c’est de me faire ce que je demande. Parce que je ne te connais pas. Ni ton style ni tes compétences. Et que les ch’feux pis la barbe, c’est un sujet sensible, me semble. C’est quand même moi qui va me promener avec ça su’a tête pis dans ‘face.

Si j’ai l’air angoissé, ne fais pas subtilement signe à ton voisin-de-chaise-coiffeur-lui-aussi pour me « rassurer » avec un ton condescendant. No fucking way. Dire quoi faire et ce que tu veux à un coiffeur que tu ne connais pas, même si c’est pas super clair, c’est un droit fondamental. C’est son rôle de comprendre ma demande et de s’exécuter le mieux possible. C’est aussi de vérifier en cours de route si tout va comme souhaité. Je suis peut-être un client exigeant. Mais je pense juste aimer en avoir pour mon argent. Faque prends ton gaz égal, c’est moué qui décide.

J’étais aussi entouré de trois gars. Coiffeurs et clients. Assurément straight. Ça parlait de chicks pis de bars de chicks. J’étais donc minoritaire et en terre étrangère. On était quatre dans un espace gros comme un gosse. Une petite gosse. Faque, en expliquant mes affaires, dans les jambes de tout l’monde, j’ai senti qu’on me prenait pour une princesse. Me suis senti jugé sur mes exigences plutôt simples. Je suis une princesse, certes, mais c’est aussi peut-être parce que je sais ce que je veux et ne veux pas. Et je réclame le droit d’être une princesse en tout temps et surtout quand il s’agit de ma tête. Fin de la discussion.

En fait, ça m’a fait réaliser que j’aime offrir un service impeccable. Enfin, essayer de. Ce que j’ai reçu ce matin, n’était pas du tout un service à la hauteur de quoi que ce soit. Sontaient gentils, mais un brin au-dessus de leurs affaires et surtout pas très attentifs. Je ne considère pas que le client a toujours raison, mais presque. Un client qui vient au café et qui n’aime pas mon café, je jase avec lui, je lui en fait un autre et si ça ne convient toujours pas, je ne le fais pas payer. Mon minimum. Si un client me demande de lui faire un grilled cheese sans fromage, on va jaser aussi, je vais possiblement rouler des yeux sans m’en rendre compte, mais je vais lui faire quand même. Avec le sourire. Parce que j’offre un service qui, je l’espère, sera à la hauteur de ses attentes. Un client qui-veut-avoir-raison, mais qui n’est pas arrogant dans sa démarche est un client qui mérite d’avoir raison. Il me semble.

Bref, j’en ai parlé toute la journée. Genre toute la journée. Ça m’a gossé big time. Pis je n’y retournerai pas. Je suis au moins certain de ça.

Tout est bien qui commence bien

C’était un samedi. On m’avait demandé pour prêter le café pour un tournage. FUCK YEAH! Après La Presse +, La Presse format papier (oui, madame!), Canoë.ca, Montreal Addict et Les Petites Manies, j’ai dit oui sans hésiter! C’était pour une émission de télé sur les transgenres qui sera diffusée sur la chaîne Moi&cie en 2016. Pour plein de raisons, je trouvais que c’était louable de le faire.

On m’avait grosso modo expliqué le concept de l’émission : on arrive avec notre équipe, on film une entrevue avec les deux jeunes et un de leur parent, on consomme, on s’en va. L’affaire allait être ketchup! Ce que je n’avais pas vraiment réalisé, c’est qu’on parlait de jeunes. Des adolescents. 13 et 14 ans. J’ai été touché, genre VRAIMENT touché. Sur le coup, je me suis dit : « c’est jeune pour entreprendre un changement aussi important et radical qu’un changement de sexe ». Je n’avais juste jamais imaginé que ça pouvait se passer à cet âge-là. Vivre le drame d’être dans le mauvais corps, oui, mais entreprendre les démarches sérieuses et irréversibles, non. Les personnes que j’ai vu traverser ce « désert » étaient beaucoup plus âgées…et troublées. Des adultes, majeurs et consentants, mais fucking troublés. Nina Arsenault, par exemple.

D’ailleurs, j’ai assisté à son one-woman show, si on peut l’appeler ainsi. C’était un genre de biographie actée, un combat intérieur extériorisé et mis en scène. C’était troublant de détails, de vérités et de points d’exclamation en caractère gras. Décider, avec les moyens du bord et par tous les moyens, de devenir une femme (on parle ici de chirurgies multiples dans des pays où c’est moins surveillé ou d’injections maison de silicone). Beau. Douloureux. Irréel. Bouleversant. Parce qu’après tout ce récit, on comprend que sa recherche de féminité et son combat intérieur, malgré son statut affirmé de femme nouvelle et sa notoriété, n’aura probablement de fin. Sa vie de garçon, trop longue à ses yeux, aura possiblement diminué le bonheur tant attendu d’être enfin femme. Enfin, c’est ce que j’en ai compris.

Les ados de ce fameux samedi de tournage sont décidés. Audacieusement décidés. Ils sont peut-être malheureux dans leur peau originale, ils ont peut-être broyé du noir à un moment ou à un autre, mais ils sont positifs face à l’avenir. Ils savent qu’ils ont la possibilité de vivre comme ils l’entendent dans peu de temps. Ils veulent être du sexe que leur corps leur dit d’être. Et la solution existe, c’est pratiquement déjà acquis.

D’abord, ils sont nés ici, dans une société libre et démocratique, et pour leurs démarches commencées ou futures, c’est un gros plus. Ils sont chanceux et nous aussi. Nous sommes dans un pays de libertés et c’est une chance énorme. Aussi, ils ont des parents en or : ouverts, attentifs, aimants, compréhensifs, indulgents. Finalement et surtout, ils sont articulés. Ils sont capables de décrire leur état, d’exposer clairement les faits, de parler d’eux ouvertement, de leurs sentiments, de leur parcours, de leurs rêves. Ils sont au courant de la marche à suivre, des répercussions à court et moyen terme et des qu’en-dira-t-on. Inspirant au possible.

J’ai souri, j’ai été ému, j’ai pleuré. J’ai félicité ces jeunes-là pour leur force de caractère et de contribuer, d’une manière bien personnelle, à démystifier la « chose » et de faire avancer la société, une vie à la fois. J’ai remercié les deux mamans présentent pour leur ouverture d’esprit, leur grand cœur et de contribuer, à leur façon, au changement des mentalités. C’est à ce moment que j’ai pleuré. J’ai eu l’impression de vivre un moment unique, de croiser des gens d’exceptions, d’être quelque part de vraiment beau où les problèmes n’existent pas et où tout un chacun peut être qui il est sans complexe. Ça se peut tout ça et ça se passe ici.

Ç’a fait ma journée.

Article : Cinq trans, cinq destins heureux – La Presse

Stop in the name of love

Il n’y a pas de mot pour expliquer ou comprendre quand ça se passe. Peu importe les auteurs, l’endroit, peu importe les raisons, la religion, les revendications, il n’y a rien qui explique un tel débordement. C’est indicible. Paris est en deuil. Le monde aussi.

Pourquoi Paris? Pour le passé colonialiste de la France? Pour l’implication des Français en Syrie et en Irak contre l’État islamique? Pour sa croisade main dans la main avec les États-Unis et la coalition? Oui, peut-être, mais pourquoi Paris encore? Londres, Ottawa, Washington, Canberra y participent aussi activement. Ils ont, eux aussi vous me direz, eu leur lot d’attaques. Il y en a eu aussi en Arabie saoudite, en Jordanie, au Qatar, à Baheïn et aux Émirats arabes unis, eux aussi membres de la coalition. Ne faisons donc pas d’amalgames douteux. Ce n’est PAS un problème « arabe ». C’est un problème d’extrémistes. Et des extrémistes, il y en a partout, en Occident, au Moyen-Orient et ailleurs. À côté de chez vous, peut-être. Mais pourquoi Paris, aussi souvent, aussi sanglant? C’est à n’y rien comprendre. C’est nul. C’est triste et inhumain.

On a vu passer des tonnes de photos de Paris, de drapeaux français, des statuts solidaires, attristés, bouleversés. On a vu passer des « hashtags » de paix, de soutient. On a aussi vu passer #prayforparis. Je vous le dis, je vous le demande, ne priez pas pour Paris. C’est possiblement cette même religion qui entre trop souvent dans nos vies à coup de bombes et de kamikazes. Pensez à Paris, soyez solidaires des Français, offrez votre aide si vous êtes là-bas, mais ne priez pas. Il y a mieux à faire.

J’ai aussi eu vent d’un incendie dans un camp de migrants hier à Calais. Vraiment?! Des migrants qui fuient justement les violences et l’extrémisme? Ils ne comprennent rien, ces ignares et insensibles pyromanes. Ces gens, ces RÉFUGIÉS venus de loin dans la douleur et l’impuissance, ne sont pas plus dangereux que vos voisins, compatriotes de « souche ». Ils le sont probablement moins. Certains diront que les accueillir chez nous nous expose sans doute un peu plus à la colère de l’extrémiste. Peut-être, mais je m’en fous. Je préfère qu’on soutienne la paix, l’amour et l’accueil à la guerre, la haine et la peur. C’est clair?

La ville de Québec (cibole!) a aussi son lot de bêtes conservateurs (dans tous les sens du terme). Cette semaine, on a pu lire une banderole installée au-dessus de l’autoroute Henri-IV qui disait « Réfugiés, non merci ». Bande de caves. Depuis quand on réagit comme ça face à la misère? Depuis quand on ferme nos portes aux plus démunis? Bande de caves x 1000. Le Québec et le Canada sont une terre d’accueil et de paix, point. C’est non négociable. Depuis trop longtemps, le conservatisme de droite et d’extrême droite font mal à nos valeurs. La peur de l’étranger a pris le dessus sur le fucking gros bon sens. Réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard et accueille les 25 000 réfugiés Syriens à bras ouverts. Et ce, peu importe les conséquences directes ou indirectes. La peur ne doit JAMAIS gagner. Elle peut être vécue, assimilée, mais pas incapacitante ou récalcitrante. STOP IN THE NAME OF LOVE.

N’ayons pas peur, même si ces actes nous l’inspire. Le président Hollande l’a très bien dit : “ Il y a effectivement de quoi avoir peur, il y a l’effroi, mais il y a face à l’effroi une Nation qui sait se défendre, qui sait mobiliser ses forces, et qui une fois encore saura vaincre […]. ” Soyez forts, Français. Tenez-vous debout pour le meilleur et pour le pire.

Et n’oublions pas, il y a Paris, il y a eu Londres, Ottawa, New York, et tant d’autres en Occident, mais il y a tellement ailleurs, Beyrouth par exemple, aussi sanglant, aussi dramatique, aussi inhumain, tous les jours ou presque. La Palestine, aussi. Ne l’oublions pas. Soyons aussi et autant solidaires, même si on ne les entend pas.

Il y a sans doute une raison à tout ça. Peut-être est-ce l’exportation à outrance de nos « valeurs ». Peut-être est-ce cette recherche incessante de la « paix ». Peut-être est-ce cette recherche de la paix et l’exportation de nos valeurs pour les mauvaises raisons. Peut-être des fous de Dieu, aussi. Des fous tout court, sans aucun doute.

Il y a beaucoup de matières à réflexion. Espérons que les « grands » y verront un signal qu’il faut faire mieux ou différent. Ou qu’il est peut-être déjà trop tard.

Ainsi soit-il

22 septembre 2015.

Ça fait exactement deux semaines que j’ai ouvert la porte de La brume dans mes lunettes. Pis ça va bien. Genre, vraiment bien.

Il y a déjà des gens qui viennent ici tous les jours. Il y a un couple de l’âge de mes parents qui vient souvent et qui demande toujours en entrant « qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui? ». Il y a Marie-Josée Longchamps qui passe régulièrement et Émile Proulx Cloutier qui se pose deux trois fois par semaine. J’ai été interviewé par LaPresse+ et Canoe.ca. Mon beau café/salon de thé/la-troisième-pièce-de-ton-salon a fait l’objet de quelques critiques positives sur différents blogues (et une négative, mais le gars boude aussi Myriade!?). Ça fait deux semaines, mais j’ai déjà l’impression que ça fait des mois. Tout le monde a l’air si habitué d’y passer du temps. C’est beau et ça me fait chaud au cœur.

Je suis tellement reconnaissant.

Je ne réalise pas encore que mon emploi m’a quitté le 27 mars dernier. Ça faisait 14 ans que je n’aimais pas mon travail. Mon dernier patron l’a compris : « tu passes aux communications ou tu t’en vas, on va se rendre service à tous les deux ». J’ai essayé les comms pendant un mois, on devait me faire une offre, mais on a tous réalisé que ça ne fonctionnerait pas. Pas motivé, pas intéressé, pas payant, pas ça. J’ai attendu l’offre qui n’est jamais venue pour finalement être mis à pieds. Dans le calme et le respect, avec un gros « fais donc c’que t’aimes dans’ vie ». Il avait maudiment raison.

Mais faire ce qu’on aime, ce n’est pas toujours simple ni possible. Parfois, on fait ce qu’on peut, pour payer les factures, entre autres. J’aurais bien aimé tripper sur ma job de technicien à 30$ de l’heure et accepter de faire le même travail pendant 35 ans, avec le sourire, sans broncher et le sentiment du devoir accompli. Mais je suis exigeant, je veux plus, je veux mieux, je veux un peu de passion. Et malgré tout, mon but professionnel n’est pas tant de faire de l’argent. Je veux juste ne pas trop avoir l’impression de travailler, avoir envie de donner mon 1000% jour après jour, voyager deux trois fois par année sans trop me priver, faire quelque chose qui me stimule, être heureux. Je n’en demande pas tant.

Me voilà donc, cinq mois plus tard dans ma deuxième maison, le premier jour du reste de ma vie. Pis j’aime ça. Je travaille 82 heures par semaine, j’ai le trou d’c*l en d’ssour du bras, mais j’aime ça. Je ne vois pas le temps passer, je vois du beau monde, j’ai des discussions intéressantes avec des inconnus, je dis bonjour à plein de monde, j’ai un cuisinier et un barista formidables, je souris, sti. Simple de même.

J’ai aussi de la chance. J’ai des parents aussi mongols que moi, une conseillère financière qui a du guts et des amis willing (et aidants) en esti. Pis tout ce beau monde-là passe me voir, régulièrement, pour boire un bon café, jaser, flâner dans les fauteuils dépareillés, refaire le monde le temps d’une journée. Sont fins pis je les aime. D’amour.

Faque merci pour ces deux premières semaines fantastiques !

J’ai juste hâte à demain (pis à une petite sieste).

Mettre Paris en bouteille

Ma très chère Paris,

J’ai dû te visiter une bonne dizaine de fois. J’ai de la chance, tu me diras. On peut dire ça, mais j’ai aussi accès à du crédit, merci pour tout.

J’y suis allé pour la première fois au printemps 2002 quand ton économie prenait le virage Euro et que tes caisses enregistreuses montraient encore la conversion en Francs. C’était aussi tout juste après le premier tour de la présidentielle où ton loose cannon préféré, Jean-Marie, passait au second tour. Au même moment, place Nation était investie de milliers de manifestants du FN sous le regard de bronze de Jeanne-D’Arc la conquérante. Je logeais tout près. Ça scandait fort sous ton ciel, Paris. T’étais effervescente. Un peu mélangée, mais effervescente tout de même.

J’étais là aussi l’année dernière quand ton monde marchait pour la Palestine. C’était explosif, mais tellement vivant.

Une bonne dizaine de fois, donc. Je ne compte plus les étampes « entrée » et « sortie » de ton pays dans mon passeport. Fun, n’est-ce pas? 🙂

Chez vous, j’ai testé les toilettes turques, les chiens dans les restos, les escaliers étroits (et certainement non-conformes), les ascenseurs pour une personne, les sixièmes étages à pieds. J’ai logé dans tes combles et dans tes hôtels 2 étoiles. J’ai abondamment utilisé ton vaste métro et j’ai découvert le plaisir de me promener dans tes rues à vélo. La vélib’erté, quoi!

J’ai aussi et malheureusement expérimenté ton humeur de râleuse et tes indications douteuses. J’ai même failli marcher beaucoup trop longtemps de Melun à Versailles après m’être fait indiquer trois directions contradictoires. Tu peux être drôle quand tu veux.

J’ai aussi goûté à ton excellent foie gras, à tes grands vins abordables et à tes fromages frais, plus accessible qu’à la maison. J’ai A-DO-RÉ tes croissants au beurre tout chauds sortis du four, tes délicieux choux à la crème et ton délicat canard confit. Pour certaines affaires, Paris, tu l’as vraiment.

Cela étant dit, je ne sais pas par où commencer, ni comment te le dire sans t’offusquer : j’en ai un peu marre de me faire paumer chaque fois que je pose les pieds chez toi. Tu vois, si ton offre de services était exceptionnelle, je n’aurais aucun problème à remplir tes coffres à la hauteur de mes moyens. Le problème, c’est que tu me vois, moi touriste, comme une vache à lait qu’on peut traire sans relâche et sans considération. Tu ne respectes pas suffisamment celui ou celle qui se déplace souvent à grand frais dans ta Ville Lumière. En 2015, ma belle Paris, le client recherche avant tout de la reconnaissance, sache-le. Ce que tu nous offres à nous, tes 22 millions de visiteurs annuellement, est aléatoire, outrageusement touristique et certainement pas reconnaissant. À moins de vider mes poches et celles de mon voisin, tes frites sont beiges, ton confit est frit, ton tartare est peu goûteux et ton service désincarné. Quand on me dit qu’on mange bien à Paris, je fais les grands yeux. On manGEAIT bien, je dis. T’as perdu de ton luste, un peu.

Cependant, je peux comprendre que ton quotidien se résume souvent à ne servir que des touristes exigeants et inconsidérants. Mais c’est un peu ce que tu inspires. Voici ce que je te propose pour t’améliorer :

  1. Sois attentive quand je te parle. Arrête de me faire répéter. Mon accent est parfait comme il est, je ne parle pas une langue étrangère à la tienne et je ne suis pas drôle. Ris de mon accent et j’imiterai le tien, et vraiment mieux que toi, à part de t’ça.
  2. Ne me parle pas en anglais parce que tu ne me comprends pas, tu le parles plutôt mal et c’est moi qui ne te comprendrai pas.
  3. Lâche ton ton/air condescendant et/ou exaspéré et/ou désintéressé quand je m’adresse à toi, c’est pas gentil. Commence par me donner un service professionnel et tu pourras avoir l’air bête aussi souvent que tu le souhaiteras.
  4. Le Québec connaît autre chose que Céline Dion ou Garou. Ça devient insultant, sérieusement.
  5. Je suis courtois avec toi, toujours, je suis en vacances et heureux d’être là, montre-moi que tu apprécies ma présence et un peu ta vie.
  6. Essaies d’être drôle quand tu fais des blagues. Tes commentaires sur mon accent, mon accoutrement, mon sens de l’orientation ou mes connaissances géographiques ne sont pas de l’humour, c’est ton opinion et ce n’est souvent pas drôle. Travaille là-dessus.

Heureusement, Paris, tu n’es pas la France. Aussi, pour un temps du moins, je pense avoir fait le tour de tes rues sinueuses, de tes monuments majestueux et de tes places grandioses. Je t’aime toujours, tu sais, mais tu vois, la dernière fois, il y a quelques jours déjà, tu m’as demandé de payer 16 € pour une pointe de quiche, une petite salade, un coca et zéro sourire. C’est un snack à 23 piastres, ça.

Faque c’est ça, là.

Farewell, Monsieur

Jacques Parizeau n’est plus. Qui n’a pas entendu la nouvelle est sourd ou perdu dans la brousse profonde. Quel homme, tout de même! Il a tant fait pour son beau Québec.

Je n’étais pourtant pas un partisan. Je respectais l’homme d’État pour ses convictions indépendantiste et sa fougueuse passion pour le Québec, mais j’emmerdais aussi profondément ses déclarations alambiquées et son rôle hautement assumé de belle-mère. Loose cannon, comme on dit. On aurait joyeusement pu se passer de certaines de ses analyses à des moments charnières. Je n’ai évidemment jamais apprécié ses frondes contre ma première ministre. Mais bon, il était comme ça, il avait quelque chose à dire, il le disait et somme toute, il le disait bien. Ça avait au moins le mérite de brasser les idées, comme souvent seul un péquiste peut le faire. Intelligent, intéressant, articulé, visionnaire, avec une rhétorique irréprochable, il a marqué notre histoire positivement tout au long de sa vie.

Mais le propos de mon texte n’est pas uniquement de saluer son unique contribution au mouvement indépendantiste et à l’ENSEMBLE de la société québécoise, mais de vous faire part de ma réaction face aux commentaires sur sa mort dans le ROC. Parce que oui, nos « amis » Canadiens ont une opinion sur notre premier ministre Parizeau et ce n’est pas jojo.

Évidemment, ça me turlupine. Indépendantiste que je suis, ça gosse. Mais évidemment, je sais aussi, c’est inévitable: « racist pig », « xenophobic asshat », « asshole of Canada », « good riddance to bad rubbish ». Sexy, n’est-ce pas? Ça me pousse à me demander plein d’affaires. Je me demande, entre autres, qui sont les plus racistes, nous ou eux? Il ont l’amour à deux vitesses, on dirait bien. Il nous aime quand il s’agit d’éviter de « détruire le Canada », mais pas quand on est, semble-t-il, « un champ de ruine ». On devient des monstres. J’ai aussi lu: « money & the ethnic vote suspected factors in the death of Jacques Parizeau ». Z’en sont pas encore revenus, faut croire. Le monsieur y’était fâché et déçu – comme des MILLIONS de Québécois – d’avoir perdu le référendum et il a tenu des propos désolants et regrettables. On ne reviendra pas là-dessus, j’en ai déjà parlé, mais le référendum de 1995 a effectivement été perdu, entre autres, à cause de l’argent du fédéral et du vote des nouveaux arrivants. C’est un fait et ce n’est pas raciste de le rappeler. Get a life, sti.

Mais au fond, ce n’est pas vraiment important. Au final, nous on sait que Jacques Parizeau n’était pas raciste ou xénophobe. Il était juste fier d’être Québécois. Il croyait à la nation québécoise, d’ici et d’ailleurs. Il croyait en notre potentiel. Il voulait faire de TOUS les Québécois une nation indépendante, forte, inclusive et ouverte sur le monde. Comme la majorité des indépendantistes. Kessé ça de toujours ramener les indépendantistes québécois à une bande de xénophobes racistes? Godwin point, je suppose. Dans pas long on nous traitera de Nazi, checkez bin ça…

L’autre affaire que je me demande, c’est comment on devrait réagir à la mort d’un politicien ou d’un chef d’État? J’ai déjà dit à mon beauf que je serais incapable de serrer la main de Philippe Couillard (ou autre subterfuge libéral). Ce à quoi il m’a répondu et à juste titre: « tu ne salues pas la personne, mais la fonction ». Il a fucking raison. On a beau détester un politicien pour ses idées, son parti, sa mauvaise gestion, son manque de charisme, il mérite tout de même un minimum de respect. Juste parce que c’est un job que pas beaucoup d’entre nous seraient prêts ou CAPABLES de faire. Faire de la politique, c’est difficile, c’est demandant. Ça prend du temps, la couenne dure, des convictions pis un maudit bon caractère. Toué pis moué, on est trop sensibles pour ça. C’est bin plus simple de faire du 9 à 5. Faque la prochaine fois qu’un politicien meurt, si tout se qui te passe par la tête sont des pensées qui puent, ferme donc ta gueule. D’abord, parce qu’on ne devrait JAMAIS se réjouir de la mort de quelqu’un et qu’ensuite, ça ne se fait juste pas. Mais ça dans ta pipe, ROC.

Pis dernière chose, je comprends pas ce que tu comprends pas, ROC. Si on veut partir de chez vous parce qu’on ne se sent pas chez nous, peut-être que tu devais juste être fin pis pas trop nous faire chier, parce qu’un jour, on pourrait vraiment décider de s’en aller pis tu serais bin mal pris. Nous traiter de racistes à tour de bras n’avance pas le débat. Toi, t’es fier d’être Canadien pis d’avoir ton pays pis ton unifolié. Même chose icitte avec nos fleurs de lys.

En touécas, Farewell, Monsieur. Merci pour le rêve, la conviction et toutes ces années!

Sculpter avec une hache

Le 7 avril 2014, mon rêve de voir Pauline Marois nous amener sur la route de l’indépendance s’éteignait encore une fois. Une deuxième fois, pis pour de bon. C’était il y a un an, jour pour jour. Cette journée-là, au QG, on sentait la tension et l’urgence. La dernière semaine de campagne avait été désastreuse : Pauline avait l’air exténuée, irritée, nos annonces importantes passaient en dernier de toutes les nouvelles de campagne, après la médisance et la calomnie, l’animateur Enquête avait mis le feu à la crédibilité de Pauline et de son mari en crachant des allégations infondées, les dirigeants du parti avaient décidé de tout miser sur la charte. Ark. Malgré ça, les bonzes du parti affirmaient sans douter que les sondages internes étaient très positifs. Nous, au front, au téléphone avec les militants, on savait bien que la soirée électorale allait être difficile. De là à perdre le pouvoir de cette manière, jamais, mais jour 1, on sentait qu’on s’en allait tranquillement, mais surement à l’abattoir. Avec le sourire.

Faque on a perdu. Au profit des Libs. Depuis, on ne parle que d’économie. Juste de ça. Équilibre budgétaire, emplois, coupures, une niaiserie de Barrette, une autre de Bolduc, une dernière de Blais. Du niaisage. Vous me direz que les Péquistes on aussi eu leur lot de dérapages et d’enfantillages, peut-être, mais nous au moins, on avait de grands projets pour le Québec (le Plan Nord de Charest et la Stratégie maritime de Couillard ne sont PAS des projets de société). Ça grouillait, c’était effervescent. Ça brassait, in a good way, comme seuls le PQ réussi à le faire. Depuis un an, c’est calme, oui, mais aussi c’est gris et plate. Pis c’est pas juste l’hiver. L’économie, je vous dis.

Jeudi dernier, je suis allé marcher avec quelques milliers de gens qui ne sont pas d’accord avec les dernières décisions du gouvernement. J’en suis en esti. En fait, la gestion de ce gouvernement-là, nonobstant le fait que je ne digère toujours pas la défaite de 2014, est outrageusement aléatoire. Avec ses ministres pantins qui parlent trop et ses décisions à courte vue, le gars qui parle des « vraies affaires » me donne la vague impression qu’on s’en va nulle part. L’économie, sti, y’a pas juste ça dans’ vie!

Faque pendant cette grande marche, j’ai vu toutes sortes de monde : des vieux à la retraite, des étudiants en grève, d’autres non, des syndiqués, des jeunes du secondaire, des enfants avec leurs parents. Chacun y était pour une raison ou pour une autre. Certains affirment ne pas avoir voté pour ça, d’autres veulent conserver un minimum de filet social, certains croient un tant soit peu à l’État providence, d’autres encore ont la justice et l’équité à cœur. Claro, il y avait un bunch de ce monde-là qui revendiquaient pour revendiquer, des grévistes professionnels, des syndiqués à jamais insatisfaits et d’autres – je les hais vraiment ceux-là – qui ne se déplacent jamais pour voter, mais j’ose encore croire que la majorité était là pour protester contre le difficile-à-accepter.

Un État bien géré, c’est effectivement important, mais tout est dans la manière. Bêtement couper pour économiser, me semble que ce ne soit pas LA solution. Et prétendre que c’est pour le bien des générations futures, connaissant la propension des Libs à favoriser les riches et leurs amis, c’est un peu insultant. Leur plan (il y a un plan, vraiment?!) est vague, mal communiqué et incohérent. Et le problème est bien plus profond que des économies de bouts de chandelle. Il est structurel. Comment l’argent transige entre nos poches trouées, le gouvernement, les ministères et les services à la population. Y’a clairement des claques qui se perdent. Les gouvernements se succèdent, mais personne n’a envie de se lancer dans une vraie refonte des services publics. C’est bin trop compliqué, pis tsé, faut se faire réélire aux prochaines élections! Faque on coupe. Pis ça sonne bin de toute façon l’expression « équilibre budgétaire ».

Ce qui me rappelle, comme je disais plus haut, que je ne vois AUCUN projet de société. À part l’emploi et l’économie, y’a rien qui semble stimuler les Libs. Genre rien.

Quand Barrette prétend repenser le système de santé, il donne plutôt l’impression de prendre une hache pour sculpter un 2″ x 4″. Ni très beau ni très efficace. Quand une réforme affaiblit les services à la population chèrement gagnés et payés, y’a une couille dans le potage. Quand je veux économiser, je vais au Maxi au lieu du Métro, mais je mange pareil. Je fais les mêmes recettes avec des ingrédients qui coûtent moins chers ou j’en essaie d’autres plus économes. Je n’arrête pas de manger et j’économise, c’est ti pas beau? Me semble que c’est pas compliqué?!

Là, ce qu’ils font, c’est vider NOS poches pour remplir celles de BOLDUC, entre autres.

Et comment peuvent-ils prétendre également qu’après avoir sauvagement coupé ils seront en mesure de réinvestir massivement. Je ne suis pas comptable, mais me semble que ça ne tient pas la route. En coupant, du monde perdent leur job, dépensent moins, paient moins d’impôts, les recettes de l’État sont moins importantes, l’économie ralentit. En coupant les subventions aux entrepreneurs, y’a moins de nouvelles entreprises ou de R&D, elles font moins d’argent, paient moins d’impôts et ainsi de suite. En toué cas. Je ne suis pas comptable comme je disais.

D’ailleurs, me semble qu’il serait temps que les entreprises paient un peu plus leur juste part pour la société. Il n’y a que le citoyen qui est considéré comme la vache à lait. Pourtant, il y a en sol québécois des entreprises milliardaires qui pourraient, eux, se serrer un peu plus la ceinture et être fiers de contribuer au ô combien attendrissant « équilibre budgétaire ».

Avec tout ça, pouvez-vous donc m’expliquer pourquoi autant de gens dans la rue prétendent ne PAS avoir voté pour ça et que les Libs soient ENCORE au pouvoir? J’ai beau poser la question, je peux compter sur les doigts d’une seule main les gens que j’ai croisé qui admettent avoir voté pour eux. Et sérieusement, vous avez renvoyé le PQ pour ça? Vraiment?

Gens du pays

Une dérive vers le nationalisme ethnique…tiens donc. C’est ce qui arrive chaque fois qu’un péquiste parle d’immigration. Une déclaration ni maladroite et très adroite de l’aspirant chef PKP a fait sortir de terre les démons des indépendantistes. Et remercions les Philippe Couillard de ce monde de nous le rappeler et de faire peur au monde. Bouuuuaaaaaaah!

Ce qu’il a dit, théoriquement parlant, est vrai. La majorité des immigrants qui atterrissent sur le territoire ont choisi d’immigrer au Canada, pas nécessairement au Québec. Ils sont reçus comme de futurs Canadiens et portent effectivement allégeance à Sa Majesté la Reine. Ceci dit, cependant, ceci ne doit pas expliquer cela.

Autre chose qui est vraie, à leur arrivée, ils comprennent souvent plus ou moins les guéguerres politiques en cours et la question nationale. Ce qui ne les empêche pas non plus, pour la majorité d’entre eux, de s’informer et de se faire une bonne tête sur qui veut quoi. Et je sais que beaucoup d’entre eux se rallient d’emblée à la cause de l’indépendance pour diverses bonnes raisons.

Quand Pierre-Karl parle de démographie, il parle des vieux, de ceux qui avaient mon âge en 1980 quand René Lévesque a prononcé le célèbre « à la prochaine fois ». Et eux, les vieux, ne sont plus jeunes jeunes (vérité de la palice, tsé). Si la tendance se maintient, les indépendantistes de la première heure ne seront plus assez nombreux dans 25 ans pour faire contrepoids aux fédéralistes et aux je-m’en-foutistes (nombre grandissant, apparemment). Parce que les jeunes, il va sans dire, ne votent pas ou ne votent pas en majorité pour le Parti Québécois. Pour eux, à tort ou à raison, un Québec indépendant, ça ne leur dit rien. Il y a le monde devant eux, pourquoi vouloir petit?

Quand Pierre-Karl parle d’immigration, il fait allusion, par exemple, aux 51 959 immigrants que le Québec accueillait en 2013. C’est grosso modo le nombre de personnes qui entrent sur le territoire québécois pour y refaire leur vie chaque année. Entre 49 500 et 52 500. Je l’ai déjà dit, je ressens une grande fierté de voir que mon Québec est ouvert sur le monde et que des immigrants de différentes cultures et confessions s’installent ici pour de bon. C’est un beau geste de parts et d’autres. Ceci dit, il y aura un shift dans la population dite « de souche » et « immigrante » dans les prochaines années. C’est un fait et ce n’est pas raciste de le rapporter.

Ce que je n’aime pas dans le discours de PKP, c’est son pessimisme (et son manque de précision). Ce qu’il faut faire, ce n’est pas de se dépêcher pour éviter de perdre la « base » du parti, majoritairement blanche, francophone et made in Québec, mais c’est de convaincre les jeunes, les vieux et surtout les néo-Québécois que le projet d’indépendance est viable, souhaitable et indispensable à la juste évolution de la société québécoise. Inclure tout l’monde. Rien d’autre.

Je suis péquiste ET indépendantiste. Pourtant, je ne suis pas raciste. Il y a une pas pire marge entre croire que le Québec de par son histoire, sa culture, sa langue et ses espoirs mérite d’être élevé au rang de pays et de penser qu’il ne doit être fait que par et pour les « vrais » Québécois. Penser que tous les péquistes sont racistes, c’est non seulement faux, mais blessant. Si Québec indépendant un jour il y a, il sera créé par tous ceux qui le veulent, TOUS les Québécois, qu’il soient jaunes, blancs ou noirs, d’ici ou d’ailleurs, jeunes ou vieux.

Surtout par ceux d’ailleurs, d’ailleurs.