J’ai marché aujourd’hui. Seul dans les rues de Montréal. Sans but. Pour réfléchir et essayer de prendre le temps. Tout va vite, tout l’temps. Pas juste pour moi, je sais. Je me le suis dit plusieurs fois ces derniers temps : j’ai besoin d’une pause. Et je ne sais plus tant comment faire.
Faque me suis arrêté dans un café (mais pas le mien) pour écrire. Et prendre le temps.
Les journées sont occupées, les nuits trop souvent angoissées, je commence ma semaine en lion, je la fini en boule, ou presque. Mon repère (et repaire) le plus confortable et réconfortant, c’est mon vieux sofa. Celui qui me suis depuis les dix dernières années, qui a tout vu, tout entendu, tout subi (hehe) et qui me permet de bingewatcher, de me sentir ailleurs, protégé, juste bien. C’est là que je me réfugie quand mes draps me semblent plus lourd que le plus lourd de mes ennuis.
J’ai dit à mon nouvel ex (wiwi, mais on s’aime beaucoup) que de parler de mon quotidien professionnel, de me donner l’occasion de l’exprimer, de creuser en profondeur pour en connaître tous les détails, ça noircit mon âme systématiquement. Parce que chaque fois, les fameuses questions du « comment tu vas ? » suivi du « non mais, comment tu vas pour vrai ? » ouvrent une porte que peu de gens ont vraiment envie d’ouvrir (haha!). Ma tête devient lourde, mes mots aussi, mon esprit brouillé, ça me donne chaud, ça palpite, comme une crise d’angoisse en devenir. J’ai chaud en ce moment même d’écrire tout ça, I-MA-GINE. J’ai convenu avec moi-même d’en parler le moins possible, donc. C’est mieux pour ma santé mentale et celle des autres. Y paraît de toute façon que plus on dit qu’on va bien quand on feel comme d’la marde, plus on a de chance de mieux se sentir. C’est une manière de ne pas s’apitoyer sur son sort, je suppose. Une question de perspective aussi.
Et je vais bien, pour vrai. Même si mon quotidien professionnel est un casse-tête sans fin. Même si je vis au gré des périodes de paie. Même si je ne sais pas quand je serai capable de repartir en vacances la tête en paix. Même si je passe volontairement mes soirées seul chez moi. MÊME si je ne sais plus comment ni si j’arriverai à sortir la tête de l’eau. Je vais bien. J’ai une vision très claire de ce qui de passe et ce qui peut s’en venir. J’ai souvent l’impression que ma job me rend impuissant et stressé et anxieux et lourd, voire malheureux et que j’avance avec l’énergie du désespoir, mais quand je n’y pense pas, tout va. POUR VRAI. Je suis capable re regarder l’avenir avec confiance, d’être groundé, de lâcher prise, de sourire, de rire, d’avoir du gros fun noir entre amis, de me tenir en forme, de bien me nourrir et surtout, d’avoir ESPOIR. Et je m’efforce d’être en mode solutions, de voir au-delà des centaines de milliers de dollars investis ces quatre dernières années, de voir tout ça d’un côté positif, constructif. Parce qu’au final, c’est juste de l’argent. Personne n’est en danger de mort. La Terre n’arrêtera pas de tourner (enfin, pas pour ça). All good.
Ne pas en parler trop donc, c’est ma planche de salut. C’est gros pour moi toi ça. C’est gros pour moi tout seul. Je m’étais dit qu’avec mon front de bœuf, j’arriverais à bout de tout (j’y arrive pas mal, en fait), mais parfois, l’envie de tout abandonner me traverse le corps et l’esprit. Sauf que la procédure d’abandon n’est pas de tout repos non plus. C’est un gros, gros, GROS pensez-y bien. Parfois aussi, j’ai juste l’impression d’être au bout de mes compétences de gestionnaire et de mes capacités intellectuelles et physiques à tenir deux entreprises à bout de bras. Un one man show, c’est drôle et valorisant, mais c’est d’la job en tabarnak. Ça se peut que ce soit trop pour moi tout seul, je ne me cacherai pas la tête dans le sable.
Mais me trouve pas mal bon d’être rendu là, par contre. D’avoir réussi TOUT ça (avec beaucoup d’aide de plein de gens). Ça me rend fier. Quand je compte le nombre d’articles, de livres (dont un de Nouvelle-Zélande), de commentaires positifs qui parlent de mes projets, ça me remplit du sentiment du « devoir » accompli.
La prochaine fois qu’on se croisera, on parlera de toi, de Donald Trump, du projet d’indépendance de l’Alberta (FUCK YEAH!), de ton transit intestinal ou de tous autres sujets pas d’bon sens pour éviter de parler de ÇA. Ça me fera du bien de penser à autre chose. Ça me permettra sans doute de relativiser bin des affaires. Et quand j’aurai vraiment besoin de me vider le cœur, j’appellerai ma vieille mère (Haha! Pauvre elle!) ou on se verra toi et moi et je pleurerai sur ton épaule quelques minutes avant de retrouver confiance en la vie. Ça ne me prend pas grand chose pour retrouver confiance en la vie.
Après le déluge, tu pourras te dire que ça va bien. Même quand il pleut.