Blackout un jour de pluie

Aujourd’hui, jour tendu du Blackout Tuesday, j’ai eu envie de lancer des objets. Je ne me souvenais plus d’avoir été crinqué comme ça dans un récent passé.

D’abord, la nuit dernière, j’ai vu circuler le carré noir sur Instagram et, considérant les récents événements aux États-Unis, je me suis senti interpellé et trouvai justifié de faire de même avec le hashtag blacklivesmatter. Parce que oui, barnak, la vie des noirs importe autant que celle de tous les êtres humains. Parce que JAMAIS dans une société juste, démocratique, sensible et humaine, un événement comme la mort de George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et tant d’autres ne devrait se produire et laisser indifférent. Ni même l’apartheid reconnu en Palestine au vu et au su de la communauté internationale et sous nos yeux injustement impuissants. Ni les morts par milliers dans nos CHSLD pour cause de pandémie et du financement anémique de notre système de santé. Les injustices en ce bas monde sont trop souvent monnaie courante ET toujours inacceptables, point. Peu importe l’origine, la couleur, le sexe, le bagage, l’âge ou l’orientation sexuelle. Il ne devrait pas non plus y avoir de hiérarchie de drame humain.

Un drame humain est un drame humain.

Donc, d’une intention positive, ç’a viré en pointage de doigt. D’une bonne action à poser, ça s’est soldé par une confusion générale et un manque flagrant de coordination dans tout le processus juste, justement, de la défense des droits de ce qu’on ne devrait plus jamais appeler « le droit des minorités », mais les droits humains. Ok, le dièse blacklivesmatter était à proscrire dans les circonstances parce qu’il a couvert un lien utile et vital d’information et de support en ces temps de crise-par-dessus-crise aux États-Unis. J’ai compris, me suis senti con de ne pas m’être informé davantage et j’ai modifié.

J’ai lu sur le sujet, me suis encore senti interpellé, j’ai fait le partage sur toutes mes plateformes autant personnelle que professionnelles.

Après, j’ai compris via les story repartagées que c’était, et je cite, une mauvaise idée de partager le carré noir d’abord, parce que je suis blanc (wooooooké?) et ensuite parce que ça contrecarrait le plan initial de promouvoir les réussites noires, mouvement lancé par Jamila Thomas et Brianna Agyemang au Sud de la frontière pour dénoncer la violence policière envers la communauté noire et l’atroce spectacle de la semaine dernière, dernier en liste d’une interminable liste.

Ok. Ok, ok, ok, ok, ok, ok. Tout d’un coup, ça m’a semblé compliqué et délicat et dangereux de m’y aventurer. J’ai donc tout effacé, plutôt contrarié. Et à tort – je l’ai bin trop vite compris – je me suis servi de ma plateforme sociale favorite pour ventiler mon incompréhension face à la complexité de la solidarité attendue dans ce cas bien particulier et extrêmement polarisant. Comme si j’avais 14 ans et que je voulais bitcher sur un « copain » de classe qui me traite de tapette pendant la récré. WRONG. En plus des « haha » face à mon commentaire, j’ai reçu cette réponse sanglante, insultante et inutilement agressive d’un maintenant ex « ami » Facebook :  » En tant que blanc, privilégié et cis genre, ton seul droit est de fermer ta yeule ». J’ai perdu pied. Les fils se sont touchés forever. Je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas garocher ma colère sur les murs. TA. BAR. NAK.

Il m’arrive d’être mal informé sur certains sujets, limite maladroit sur la manière du comment et je ne comprendrai jamais – ça va de soi – ce que c’est d’être une personne racisée parce que je suis blanc et dixit privilégié, mais me taire parce que je ne suis pas « de la bonne couleur pour comprendre » n’est pas une réponse logique ni pertinente ni édifiante quand on doit, en tant qu’humains, se soutenir devant l’imparfait. Le but de toute l’opération était d’apporter un certain soutien virtuel et une concertée solidarité transfrontalière aux événements de la semaine dernière, mais aussi, de manière plus générale, enfin, je crois, de faire un gros FUCK YOU mondial à l’injustice généralisée.

Mais encore une fois, un bien-pensant a préféré brandir la torche brûlante équivalente au point Godwin pour disqualifier ma réflexion sincère du jour. Comme s’il s’agissait de l’apocalypse.

Pour reprendre les paroles d’un ami qui m’a écouté haïr le monde entier par messagerie : « les petits tyrans de la pensée correcte qui te disent comment réagir et avoir les émotions autorisées…FUCK OFF ». Certes, je ne comprendrai jamais ce qu’est l’ostracisme racial, systématique et systémique, mais on ne devrait JAMAIS dans un débat dont la quête est la justice sociale et l’égalité, miner les intentions sincères et ultimement positives, aussi maladroites soient-elles, du porteur de message parce qu’il est « blanc, privilégié et cis genre ». Ça ne fait aucun sens.

On veut tu s’aider ou on veut tu pas s’aider? J’espère justement que du monde extérieur existe pour défendre les droits de ma communauté LGBTQ2S+ élargie et généreuse. Je l’espère à chaque seconde. C’est l’essence qui fait rouler le moteur des changements sociaux, le monde. Je ne dirai jamais non aux coalitions élargies et positives et bien intentionnées.

Donc, aujourd’hui, après avoir ruminé et ragé sur tous les fronts, je me suis senti comme en 2012 quand j’essayais de défendre mon carré rouge à tous crins sur les réseaux sociaux pis que je réalisais pas encore que ça servait à rien. C’était aussi bien avant que je connaisse l’existence de l’avilissant point Godwin. Ça pis enlever des gensses de ma liste « d’amis » Facebook parce que ça devenait juicy et insultant pour des miettes.

Je nous souhaite de l’ouverture, de la compassion, de l’écoute, de la mobilisation et de la solidarité gros comme la Terre et tous ceux qui la compose. On en a besoin. On aura toujours besoin de la plus petite des attentions pour créer un monde de changements.

Au temps du corona

« Ce sont les plus innovants qui s’en sortiront le mieux ».

Combien de fois j’ai entendu cette affirmation depuis le début de la crise. On pourrait remplacer l’adjectif « innovants » dans cette phrase par inventifs, ingénieux, travaillants, débrouillards, tenaces, avant-gardistes et tant d’autres mots qui pourraient sonner encourageants dans ma grosse tête. C’est anodin et je comprends que c’est sans doute plutôt vrai, que ceux qui en font plus que le client en demande maintenant risquent de sortir de tout ça un peu plus gagnants. Mais bon.

Ça résonne dans ma tête depuis tant de jours. Indûment, ça ajoute une pression sur mes épaules qui, malgré les circonstances, ne sont pas nécessairement plus légères qu’à l’habitude. Avec d’autres et de mon plein gré, j’essaie de ne pas être complètement déconnecté et je discute de solutions possibles pour le pendant puis, de certaines avenues réalisables pour l’après. On se casse la tête pour continuer d’exister dans une période où rien se peut. Ce que chaque discussion me fait réaliser, c’est que je sens que je m’oblige à être à la même hauteur que tous les p’tits vites qui avaient déjà une carte ou deux de plus dans leur jeu avant la Grande Pause. Plus que ça, j’essaie d’être à la hauteur de ce à quoi je pense que les gens pourraient s’attendre de moi. Meh.

C’est lourd.

Pis ça m’tente pas.

J’ai déjà d’la misère à me gérer quand toute va bin, imaginons maintenant.

Avant qu’un pangolin fasse ses petits besoins dans le manger d’un humain, toutes nos affaires allaient bon train. J’avançais vers l’été confiant qu’on allait être capable de le traverser sans trop de difficulté. Pis là, du jour au lendemain, sur ordre gouvernemental et suivant un mouvement mondial, me suis ramassé chez nous un peu soulagé que la roue se mette à rouler pour tout l’monde en même temps. Ma stratégie du moment : me reposer. Un repos bien mérité, je dirais.

Est-ce que j’aurais dû paniquer et essayer de me retourner sur un dix cennes? Ça se peut. Je n’en ai pas senti la nécessité, jusqu’à présent. De toute façon, cette urgence-là, je la vis au quotidien. Chaque jour je réfléchis à comment survivre un ou deux mois de plus. C’est pas plus nouveau avant qu’après l’annonce de la pandémie.

Ce que je sens, c’est que je devrais sentir l’urgence à tout prix pour être un bon entrepreneur. Il faudrait que je me démène jour et nuit pour des grenailles au nom de la survie de mon/mes entreprises. Montrer que j’ai des couilles d’acier, pis un moral d’enfer, que je suis motivé et prêt à renverser ciel et terre pour arriver à la ligne d’arrivée en même temps que le Québec en entier. Mais non. Je ne me suis pas comme ça. Je n’en sens pas la force en ce moment. Et depuis toujours, je suis partisan du « advienne que pourra ». Ça ne signifie pas que je reste sur mon cul à regarder le temps passer. Je me prépare, j’analyse, je continue d’avancer, mais plus lentement. Je finalise des dossiers, je reste à l’affût, je serai prêt pour le retour et espérons-le plus en forme que jamais, des idées plein la tête. J’ai un plan, pis COVID ou pas, ça va se passer.

Il y a les gens, ceux qui sont bin motivés à ma place, et il y a moi. Parce qu’encore une fois, au final, on parle ici de mon cerveau, de mes bras, de mon portefeuille, de ma motivation, de mon entreprise, de mon avenir. Ils sont évidemment bien intentionnés et je me sens mal de leur dire que je préfère ne pas me garocher partout. Ça fait sans doute de moi un real pain in the ass, mais pas quelqu’un de moins ambitieux.

Attendre que la tempête passe un peu, n’est pas la pire des idées non plus. Anyways, tout est ralenti au mieux, arrêté au pire.

J’ai absorbé le choc, j’ai beaucoup dormi, j’ai aussi mal dormi, mais je reprends tranquillement un rythme « normal » dans les circonstances. J’ai bon espoir que tout ça reprenne lentement, mais sûrement. J’arriverai au bout du tunnel, là où il y a la lumière, sans aucun doute plus endetté, mais peut-être aussi moins essoufflé ET en même temps que tout le monde. J’avais tant besoin de reprendre mon souffle.

Les sentiments humains

Il y a longtemps que je n’avais pas senti tout ce poids sur mes épaules, cette fébrilité, cette panique latente. J’avais l’impression de bien gérer les nouvelles en continu et l’ingérable propagation du virus jusqu’à ce qu’un jeune de 22 ans commente sur Instagram les dernières mesures mises en place au café : « Fermez s’il vous plaît, pour le bien de tous ». D’un seul coup, en quelques mots, je me suis senti responsable de propager à moi seul le pangolin virus à la Terre entière.

J’ai ruminé pendant des heures. Un peu pour éviter de sombrer. J’ai essayé de trouver une solution pour moi, mes employés et le bien commun, un truc équitable et sensé dans les circonstances qui ne le sont pas. Dans mon coeur, fermer était la seule solution, mais…j’ai hésité, je l’admets, parce que je n’ai rien devant moi. Il y a tout un tas de raisons à cette valse hésitation qui sont difficiles à comprendre en dehors de mes souliers. Je me suis troublé. Je me suis jugé. Il y a morts d’hommes, c’est assez pour s’encabaner chez soi pendant plusieurs semaines. Mais je pense aussi à la mort clinique et imminente de rêves, de projets tenus à bout bras, de quotidiens heureux, de stabilité financière. Lundi soir, j’ai eu l’impression que j’allais tout perdre et ça m’a déchiré le coeur.

Mais hé! on est pas mal tous dans le même bateau. Rassurant?

J’ai fermé le café, finalement. J’ai fait les relevés d’emploi de tous mes dévoués employés et j’ai mis la clé dans la porte, soucieux que ce soit peut-être pour la dernière fois. Parce que malgré l’aide annoncée (qui ne s’appliquera visiblement pas aux cafés, bars et restaurants) et la bonne volonté de tous, certains d’entre nous devront tourner la page. Ça se peut que j’en fasse partie. On venait tout juste de passer les deux pires mois de l’année en terme de rentabilité (février devrait juste arrêter d’exister). Mars s’annonçait ensoleillé. La clientèle, les revenus et tout le bazar étaient au rendez-vous. Poc! Fini oiseau.

Pur hasard, j’avais un rendez-vous de prévu depuis quelques semaines avec ma médecin soleil. Ça s’est passé au téléphone, distanciation sociale pis toute oblige. Étrange moment de discussion où j’ai eu l’impression d’être entendu et compris, mais hystériquement anxieux pour tout, sauf pour le contagieux virus. Je m’étais fait une liste de « symptômes » physiques qui gossent depuis un bout. C’tu un cancer, une dépression, la glande thyroïde, la sclerodermie, la maladie de Lyme? EST-CE QUE JE VAIS MOURIR, DOCTEUR? Une fois l’appel terminé, j’ai eu envie de m’excuser, de lui envoyer une petite carte me désolant d’être un patient que je n’ai jamais voulu être. Je me sens ouach, je dors mal, j’ai mal partout, mes poches sont plus vides que jamais et j’ai beau vivre d’espoir, l’avenir est plutôt gris pour l’instant. C’est pas une raison pour devenir hypocondriaque, bout’crisse.

À fait dire que je suis anxieux (hahahahahahaha!). C’est juste ça. Chu pas malade, tous mes tests sont normaux, je suis en parfaite santé physique, chu juste fucking anxieux. Pis je ne m’en rends pas tout à fait compte quand ça se passe. J’ai quand même quelques années de pratique dans le déni des petits problèmes, étape que j’ai considérée essentielle pour survivre à ma nouvelle vie de faiseur de projets. Mais ça gruge, finalement. Insidieusement et silencieusement. J’ai toujours quelque chose qui traîne dans mon cerveau, quelque part.

Conclusion heureuse?

J’ai appelé mon psy, j’ai pris ma pellule pis mon gaz égal. Qu’est-ce qui peut bien m’arriver de si grave? La faillite, ok, ça sera pas juste de ma faute (haha!). Toute va bin été, comme dirait l’autre. Ou presque. Toi, moi, la Terre malgré cet étrange événement qui occupe nos journées et qui décime trop de gens. On n’a pas le choix. The show must go on. Je vais faire ce que j’ai à faire, trouver des solutions, faire ce que je sais faire de mieux : croire que tout est possible. On va tous se relever de ça un peu éreinté, décontenancé, mais plus fort, je crois. Parce qu’apparemment, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Même quand il pleut

J’ai marché aujourd’hui. Seul dans les rues de Montréal. Sans but. Pour réfléchir et essayer de prendre le temps. Tout va vite, tout l’temps. Pas juste pour moi, je sais. Je me le suis dit plusieurs fois ces derniers temps : j’ai besoin d’une pause. Et je ne sais plus tant comment faire.

Faque me suis arrêté dans un café (mais pas le mien) pour écrire. Et prendre le temps.

Les journées sont occupées, les nuits trop souvent angoissées, je commence ma semaine en lion, je la fini en boule, ou presque. Mon repère (et repaire) le plus confortable et réconfortant, c’est mon vieux sofa. Celui qui me suis depuis les dix dernières années, qui a tout vu, tout entendu, tout subi (hehe) et qui me permet de bingewatcher, de me sentir ailleurs, protégé, juste bien. C’est là que je me réfugie quand mes draps me semblent plus lourd que le plus lourd de mes ennuis.

J’ai dit à mon nouvel ex (wiwi, mais on s’aime beaucoup) que de parler de mon quotidien professionnel, de me donner l’occasion de l’exprimer, de creuser en profondeur pour en connaître tous les détails, ça noircit mon âme systématiquement. Parce que chaque fois, les fameuses questions du « comment tu vas ? » suivi du « non mais, comment tu vas pour vrai ? » ouvrent une porte que peu de gens ont vraiment envie d’ouvrir (haha!). Ma tête devient lourde, mes mots aussi, mon esprit brouillé, ça me donne chaud, ça palpite, comme une crise d’angoisse en devenir. J’ai chaud en ce moment même d’écrire tout ça, I-MA-GINE. J’ai convenu avec moi-même d’en parler le moins possible, donc. C’est mieux pour ma santé mentale et celle des autres. Y paraît de toute façon que plus on dit qu’on va bien quand on feel comme d’la marde, plus on a de chance de mieux se sentir. C’est une manière de ne pas s’apitoyer sur son sort, je suppose. Une question de perspective aussi.

Et je vais bien, pour vrai. Même si mon quotidien professionnel est un casse-tête sans fin. Même si je vis au gré des périodes de paie. Même si je ne sais pas quand je serai capable de repartir en vacances la tête en paix. Même si je passe volontairement mes soirées seul chez moi. MÊME si je ne sais plus comment ni si j’arriverai à sortir la tête de l’eau. Je vais bien. J’ai une vision très claire de ce qui de passe et ce qui peut s’en venir. J’ai souvent l’impression que ma job me rend impuissant et stressé et anxieux et lourd, voire malheureux et que j’avance avec l’énergie du désespoir, mais quand je n’y pense pas, tout va. POUR VRAI. Je suis capable re regarder l’avenir avec confiance, d’être groundé, de lâcher prise, de sourire, de rire, d’avoir du gros fun noir entre amis, de me tenir en forme, de bien me nourrir et surtout, d’avoir ESPOIR. Et je m’efforce d’être en mode solutions, de voir au-delà des centaines de milliers de dollars investis ces quatre dernières années, de voir tout ça d’un côté positif, constructif. Parce qu’au final, c’est juste de l’argent. Personne n’est en danger de mort. La Terre n’arrêtera pas de tourner (enfin, pas pour ça). All good.

Ne pas en parler trop donc, c’est ma planche de salut. C’est gros pour moi toi ça. C’est gros pour moi tout seul. Je m’étais dit qu’avec mon front de bœuf, j’arriverais à bout de tout (j’y arrive pas mal, en fait), mais parfois, l’envie de tout abandonner me traverse le corps et l’esprit. Sauf que la procédure d’abandon n’est pas de tout repos non plus. C’est un gros, gros, GROS pensez-y bien. Parfois aussi, j’ai juste l’impression d’être au bout de mes compétences de gestionnaire et de mes capacités intellectuelles et physiques à tenir deux entreprises à bout de bras. Un one man show, c’est drôle et valorisant, mais c’est d’la job en tabarnak. Ça se peut que ce soit trop pour moi tout seul, je ne me cacherai pas la tête dans le sable.

Mais me trouve pas mal bon d’être rendu là, par contre. D’avoir réussi TOUT ça (avec beaucoup d’aide de plein de gens). Ça me rend fier. Quand je compte le nombre d’articles, de livres (dont un de Nouvelle-Zélande), de commentaires positifs qui parlent de mes projets, ça me remplit du sentiment du « devoir » accompli.

La prochaine fois qu’on se croisera, on parlera de toi, de Donald Trump, du projet d’indépendance de l’Alberta (FUCK YEAH!), de ton transit intestinal ou de tous autres sujets pas d’bon sens pour éviter de parler de ÇA. Ça me fera du bien de penser à autre chose. Ça me permettra sans doute de relativiser bin des affaires. Et quand j’aurai vraiment besoin de me vider le cœur, j’appellerai ma vieille mère (Haha! Pauvre elle!) ou on se verra toi et moi et je pleurerai sur ton épaule quelques minutes avant de retrouver confiance en la vie. Ça ne me prend pas grand chose pour retrouver confiance en la vie.

Après le déluge, tu pourras te dire que ça va bien. Même quand il pleut.

Les raisins de ma colère

Je ressens beaucoup de colère en ce moment. De la colère entrecoupée de résignation. Et d’espoir. Et de peine. Et d’une envie folle d’aller de l’avant et de réussir. Et ce sentiment d’échec qui perdure malgré tant de petits, mais grands succès. Ma tête est en état de siège de ses contradictions. Je vie le processus de deuil à répétition depuis si longtemps.

Je joue à Candy Crush pour me calmer les nerfs.  Et j’ai souvent les nerfs à vif depuis un certain temps, donc je joue beaucoup. C’est ma façon de vivre dans le déni pendant quelques minutes. Réussir un tableau, ça c’est quelque chose que je peux réussir assez facilement. Ça, j’aime ça.

Ce jeu plutôt stressant me calme, c’est tout dire. La vie va vite autour de moi. Je cours tout le temps ou j’ai l’impression de. Difficile à dire en fait. Je sais que j’ai souvent du temps à revendre et que mes collègues entrepreneurs en font plus que moi, plus vite, plus efficacement, plus beau ou mieux. Mais je n’ai jamais le sentiment d’avoir de pause. Je n’en ai jamais en fait. Je pars en vacances quelques jours, et je reçois des courriels, des appels, je dois régler tel ou tel problème à distance, ou accepter la démission d’un employé. Mon cerveau n’est jamais à off. C’est super. 

J’ai choisi tout ça. Funné, n’est-ce pas? J’ai choisi la liberté pour finalement me sentir souvent emprisonné. Je ne peux pas démissionner ni laisser tomber la serviette. Ça me fait souvent rusher. Les dettes, c’est de la petite bière à côté de tout le reste. Faire faillite, c’est correct, ça se peut, ça fait un peu de mal à l’égo, mais on s’en remet. Je pense plutôt à ceux qui m’ont fait confiance, qui croient en moi et qui y ont mis quelques pièces de leurs économies. Ça aussi, ça me fait rusher.

Je suis fâché. De ce qu’on attend de moi. De ce que je devrais faire. De ce qui me prend du temps. Des tâches qui s’accumulent. Des factures impayées. Des clients qui ne paient pas vite. Du zèle. Du criss de zèle. Des gens qui ne se mettent JAMAIS à la place des autres. Des règles toujours plus contraignantes et multiples. Des émotions déversées sur mon bureau en attente de validation.

J’ai choisi la liberté, comme je disais. 

J’ai souvent envie de laisser tomber la serviette. Genre 10 fois par jour. De dire fuck it, je mets la clé sous la porte, je change d’identité et je vais travailler dans un McDo en Californie. Ce serait si simple. Pour vrai, qu’on me montre où se trouve la maudite switch OFF parce que je ne la trouve pas.

Le plus difficile, c’est de manquer de cohérence, de constance et de positivisme face aux gens que j’aime. Je porte de beaux succès sur mes épaules, mais aussi plusieurs revers tristes et difficiles à accepter que j’ai dû absorber sans trop broncher parce je n’avais pas le temps. Que ce soit désorganisé dans ma tête est une chose, mais je sais que ma vie professionnelle a beaucoup d’impact sur la personnelle (sempiternelle affirmation). Je le sais. On me le dit. Ils ont raison, mais je ne sais juste pas quoi faire. Donc ils partent.

Étrangement, je ne ferais rien d’autre. Ça, ÇA, c’est étrange.

Malgré mon envie insoutenable de garocher ma serviette 10 fois par jour, j’ai 100 illuminations quotidiennement, des moments de profonde lucidité où je me dit que j’ai tout pour réussir, que je vais réussir, que j’en ai les capacités, le talent et le droit (notion que je travaille beaucoup en ce moment). Je finis toujours par trouver une solution quand j’ai le cordon du cœur qui traîne dans’ marde. Parfois c’est long, mais j’ai compris aussi que je devais me laisser le temps de ruminer, de dormir par déni, de procrastiner trop longtemps pour mieux revenir et être prêt à conquérir le monde.

Je sais que je peux manquer de cohérence, mais je fonce aussi souvent tête baissée, sans trop réfléchir, je me teste pour voir comment je vais me sentir ou réagir, si la situation m’est confortable ou non, voir si je suis capable d’en prendre et jusqu’où je suis capable d’aller. J’imagine que c’est un peu ce que j’ai choisi aussi.

Anyway, je retourne bingewatcher une série trépidante sur Netflix le temps que le beau temps revienne dans ma tête et que je remonte sur mon cheval de bataille.

J’ai hâte, mais j’ai toute la vie devant moi.

Le cordon du cœur

Les dernières semaines ont été étranges. Et intenses. Et révélatrices. Rien de grave en fait, juste une grosse dose de malentendus qui ont parfois fini en queue de poisson, sur la broche, calcinée, en miette. Beurk.

Je suis hypersensible, comme la voie lactée s’en doute. Un rien peut devenir une montagne escarpée qu’il est possible que je déboule violemment. J’essaie d’éviter d’en arriver là, assez que j’évite le drame et les conflits à tout prix (ce qui n’est pas toujours idéal ni de tout repos). Comme j’évite les gens qui ont tendance à en faire pour tout et rien. Ce qui fait que lorsque je ne suis pas d’accord, je peux devenir maladroit, sec, expéditif. Parfois mean. À l’intérieur, ça crie fort fort fort « ÉCOUTE-MOUÉ! » pis ça sort comme ça peut. C’est ce qui s’est passé, entre autres.

Je me remets régulièrement en question. À chaque 3 minutes 28 secondes environ. Je voudrais sans cesse être une meilleure version de moi-même. Je prends du recul aussi souvent que possible. Je mets à profit les expériences du passé pour faire mieux, autant que faire se peut. Je veux être une bonne personne. J’y travaille tous les jours. Mais parfois, je m’enfarge. Et parfois, ça ne marche juste pas. Dans mes mots, dans mes émotions, dans le ton. Je pense comprendre ce qui se passe, mais j’interprète, comme tout le monde, et la spirale de l’incompréhension s’emballe. Wiiiiiiiiiiiii!

C’est l’idée que quelqu’un puisse imaginer une intention malveillante de ma part et ne pas prendre le temps de comprendre mon point de vue qui me réduit en miette à chaque fois. Et par ricochet, de sentir que je suis responsable de l’échec des discussions de A à Z. Tout ça, parce que j’émet une opinion, que j’exprime un malaise ou un désaccord que je considère légitime. On me parle souvent de mon ton, celui que, visiblement, je n’entends pas. Mais ce que je veux qu’on entende c’est le propos, mon propos, pas le ton. Qu’on parte de là et qu’on laisse tomber les à priori et les émotions envahissantes (je sais, c’est moi qui dit ça). Est-ce que ça peut blesser, peut-être. Est-ce ma tendance abrasive peut déranger, sans aucun doute.

Mais est-ce qu’on a simplement envie d’écouter et de discuter?

À travers tout ça, le problème, je crois, c’est l’incapacité ou le désintérêt de certaines personnes de se mettre à la place de l’autre. Et business wise, il n’y a pas grand monde qui s’arrête deux secondes pour se demander ce que c’est de courir après les cennes pour 1. payer ses employés 2. juste survivre une semaine ou deux de plus. Je passe mes journées à calculer, à faire des appels, à espérer que ça décolle pour de bon, à gérer des crises, les émotions de autres, à essuyer des revers parfois niaiseux, parfois humiliants, parfois retentissants, à prévoir, à organiser, à vivre quelques succès et à garder le sourire, le cap et mon enthousiasme no fucking matter what. Me faire dire qu’une personne est trop importante pour que je lui parle ne me revient juste pas. Ça m’insulte même. Je n’ai pas le temps pour ça. Je suis en mode survie. Je n’ai pas le temps d’attendre. Il faut que ça bouge. Si la porte est fermée, je vais l’ouvrir. Si on me dit non, j’irai ailleurs. Je. Suis. En. Mode. Survie.

Et me dire quoi faire n’a jamais porté ses fruits non plus. Je n’aime pas ça. C’est sans doute pour ça que je suis mon propre boss. Je préfère qu’on me suggère, qu’on m’accompagne, qu’on m’insuffle le changement, qu’on me présente un chemin plus intéressant. Qu’on sème une graine qui germera sans aucun doute. J’ai besoin de réfléchir, de prendre acte avant d’agir. Tirer sur la fleur ne la fera pas pousser plus vite. Me dire quoi faire, en affaires surtout, ça enlève de l’importance au chemin que j’ai parcouru moi-même, seul dans mes bottes trouées, pour arriver où j’en suis aujourd’hui i.e. pas si mal, après tout. Je suis on ne peut plus ouvert à la discussion, à me raviser, à me repentir, le cas échéant. C’est important de discuter et d’embrasser des points de vue qui ne sont pas les siens. Tout est dans la manière et dans l’ouverture.

Est-ce que ça se peut que je grimpe dans les rideaux à l’occasion? FUCK YEAH. Est-ce que c’est souhaitable et/ou productif? HELL NO. Mais ça arrive et je réclame une fois de plus le droit à l’exagération. Avec les conséquences que ça peut impliquer.

Il y a quelque semaines, j’ai passé un pas pire quart d’heure. Découragé, à bout de nerfs, le cordon du coeur qui traîne dans’ marde. J’ai pris l’après-midi pour dormir. Pour oublier. Au son de la pluie. Je me suis levé avec un mal de tête carabiné, le cerveau en feu, les idées brouillées par trop d’émotions contradictoires et d’imbroglios à répétition. J’ai eu envie de tirer sur la plug de la job, encore une fois. Toute la maudite fucking journée.

Cette semaine-là, suite au trop plein d’émotions, j’ai entendu Zaz au Centre Bell avec ma sœur, une amie et mon étrange semaine dans le corps. Portant toute la pression de mon monde sur mes épaules, j’ai tendu l’oreille et ouvert les yeux. Pendant « Demain c’est toi », on a vu apparaître des petites lumières blanches dans la foule, puis une autre, puis tant d’autres jusqu’à former un truc irréel et beau et inspirant. S’unir pour faire du beau. Avec ce qu’on a. Comme des petites lueurs d’espoir dans les jours trop sombres. Ça m’a fait sourire. Ça m’a redonné foi.

Rien n’arrive pour rien, il paraît. J’y crois beaucoup. Et aussi bien que certains événements arrivent plus tôt que trop tard. Pour me consoler, je n’ai qu’à regarder la famille formidable qu’on s’est bâti dans ces deux entreprises qu’on tient à bout de bras. C’est beau. C’est vrai. C’est motivant. Et ensemble, on fait de grandes petites choses. Un scone à la fois. C’est pas mal tout ce qui compte.

Récolter la tempête

Il y a deux semaines, j’ai reçu l’appel d’une journaliste de la radio de Radio-Canada (Ici Première, je sais, je sais). Je pensais d’abord que c’était pour qu’on discute de salaire minimum, mais non. Elle voulait savoir si j’accepterais de parler du petit dernier : Le vent tourne. Un peu médusé, réalisant du même coup que mes textes plus personnels pouvaient être lu aussi, j’ai dit « oui, pourquoi pas ». Partons du constat qu’on ne parle jamais assez de la maladie mentale, peu importe la forme et la gravité. 

Puis, il y a eu l’entrevue, la diffusion et quelques messages de gens qui approuvaient la démarche. Je me suis quand même demandé s’il était approprié pour un entrepreneur dont je suis, avec, entre autres, une entreprise ayant pignon sur rue, de parler si ouvertement d’anxiété. Ça demeure encore stigmatisant, tout de même, ces problèmes-là. Même si je sais pertinemment que la Terre entière est occupée de gens de plus en plus anxieux et médicamentés, c’est encore tabou. C’est pas cute, le burnout. C’est faible de tomber. Pourtant non, loin de là, mais la dernière chose que je voudrais en ce moment, c’est qu’on me prenne en pitié. J’ai constaté un problème, j’en ai parlé, je me soigne. Rien de plus. Je ne m’apitoie pas sur mon sort (même si j’en aurais tout à fait le droit), je ne me plains pas, je partage plutôt un moment de ma vie où j’ai glissé sur le plancher des émotions. 

Cela étant dit, je vais bien. Malgré quelques petites crises de panique (phénomène jamais expérimenté auparavant), j’ai et je garde le cap. Mon comptable m’a dit que le meilleur remède était de continuer à travailler. Il n’a pas tort. J’ai traversé quelques journées où la peur de sortir de la maison a eu raison de ma motivation, mais traverser cette porte, descendre cet escalier et me rendre au boulot ont été des gestes très salutaires dernièrement.

D’ailleurs, la structure de mon entreprise a quelque peu changée. Ma partner a décidé de quitter. Même si on a travaillé à une rupture adulte et respectueuse, je ne peux pas dire qu’elle a été agréable ni simple pour personne. Nous avons semé le vent et récolté un peu de tempête. Je pense cependant avoir écouté ma petite voix qui ne voulait que mon bien. J’ai tout de même l’impression d’avoir recommencé à respirer et de m’être levé après avoir été trop longtemps assis. Je marche même, et d’un pas décidé. Je suis donc l’unique propriétaire (ou presque) de deux entreprises dont une en démarrage. C’est un beau casse-tête avec lequel je jongle plutôt bien dans les circonstances. Heureusement, je suis bien entouré. J’ai une famille aimante et dévouée, un chum très amoureux et à l’écoute, des amis qui me font beaucoup rire, des employés efficaces et disponibles. Tout ce beau monde rend mon quotidien vraiment plus agréable. 

La suite, je ne la connais pas. Elle me rend parfois anxieux, parfois pas. Ça varie entre « je tire su’ la plug » ou « check moi bin aller ». Ça dépend des jours, de mon sommeil beaucoup et de tellement d’autres facteurs, mais j’ai des objectifs en tête et j’ai envie de voir si je peux y arriver. Ça me pousse à continuer. Le quand et le comment sont assez flous et l’atteinte des objectifs pourrait être un processus plus long que prévu. Mais who cares parce que ce sera fait avec mes besoins personnels à combler en tête de liste. D’ailleurs, je suis à Washington DC venu voir des gens qui me font du bien et flâner sans but pendant que des employés de confiance et la Providence veillent sur mes commerces. Certains diront que je suis inconscient, mais je me rassure en me disant que j’ai appris à faire confiance et à lâcher prise sur bin des affaires. Ça me rassure beaucoup.  

Le vent tourne

Ça fait un bout. Depuis mon dernier texte, il s’en est passé des trucs. J’ai juste manqué de temps pour mettre mes idées en place. Comme dirait un vieil ami à la chevelure volatile, j’ai à peine eu le temps (ou l’énergie) de me laver les ch’feux.

Le temps file et je constate que je ne le vois presque pas passer. Ça fait un peu plus de trois ans que le café existe.  J’y ai passé tant de temps. J’y ai pensé tous les jours que je n’y étais pas. J’y pense encore depuis que je n’y suis presque plus. J’y pense en vacances. J’y pense parfois la nuit. Je regarde les ventes plusieurs fois par jour. J’appelle régulièrement pour prendre des nouvelles. J’essaie de veiller au bon grain de loin. C’est mon quotidien++ et donc, mon sujet de discussion principal. C’est parfois épuisant. Je me gosse souvent. J’appelle désormais le café « le bureau » pour me donner l’impression de parler d’autre chose.

Depuis septembre en fait, j’ai cessé d’ouvrir la porte de La Brume pour me consacrer à un nouveau projet : Le monde est scone. Tâche colossalement herculéenne quand on part de presque rien, avec presque rien. Depuis juin, je dépense de l’argent que je n’ai pas. C’est formidablement stimulant et évidemment, profondément angoissant. C’est un concept que j’ai encore beaucoup de difficulté à accepter et à comprendre : dépenser de l’argent pour en faire. Et dans ce nouveau monde (est scone, haha), j’ai découvert que les clients paient lentement. Yak. 

Au fil des mois, j’ai dû répondre à des questions que je ne me posais pas. J’ai dû trouver des choses que je ne connaissais pas. J’ai rempli des documents interminables (et franchement mal présentés), fait des demandes de prêts et de subventions compliquées, j’ai ouvert des comptes chez plusieurs fournisseurs, signé tellement de cossins utiles ou pas, organisé un local de prod sans trop savoir comment, formé du monde à faire les plus beaux scones du monde, parlé au téléphone trop longtemps, pogné les nerfs pour quelques trucs et contre quelques personnes. J’ai dit des saletés dans ma tête et dans le sous-sol humide des bas fonds de La Brume. J’ai appris pas mal d’affaires.

Mais là, je suis fatigué. Et stressé. C’est moins clair dans ma tête. 

Entre les semaines folles qui prennent toute mon attention, les weekends sont courts et chargés. J’ai besoin de sentir que je vis encore un peu donc, j’exagère toujours un peu. J’ai constaté récemment que je n’avais plus tant de fun. Bâtir la première entreprise a été stimulant et ultra valorisant, surtout constatant aujourd’hui son succès qui ne ment plus. La machine est rodée, ça roule tout seul, c’est beau à voir. Nos employés sont des magiciens de l’accueil. Je suis bien reconnaissant de tout ça.

Mais là, encore une fois, je suis fatigué. La vie, celle que la majorité des gens vivent, celle où il existe des vacances, des jours fériés payés, des fins de semaine sans appel, des weekends getaway, un salaire régulier et conséquent, me manque terriblement. Il m’arrive souvent d’avoir envie de me contenter de flipper des boulettes chez McDo, brainlessly.

Cette fois, je me plains. Je ne fais plus que constater. J’embrasse l’émotion négative et je l’étale sur papier. En espérant que ça s’estompe un peu. Ou que ça disparaisse complètement. 

L’entreprenariat, c’est un ensemble très cohérent. C’est cohérent parce que tout est toujours un défi à surmonter, des objectifs à atteindre et beaucoup de travail pour y arriver. Et surtout, ça n’arrête jamais. C’est la plus grande cohérence de ce monde. Mais à quoi ça sert? Mon idole d’entrepreneur, celui qui me donne l’impression de ne jamais flancher et d’être toujours au-dessus de la mêlée, celui qui semble garder la tête froide en toutes circonstances, m’a raconté ses pleurs incontrôlables en ouvrant le coffre de son auto récemment. Comme ça, parce que. Les nerfs l’ont lâché. Parce que parfois, ça devient vraiment lourd à supporter. Parfois, la pression est si forte que le cerveau ne communique plus les bonnes infos. Le corps s’effondre, la tête et le coeur aussi.

J’ai grisonné de la barbe, je ne réagis plus de la même façon à certaines situations, j’angoisse pour des trucs sur lesquels j’avais un contrôle quasi absolu auparavant, je dors moins bien et moins longtemps. Dernièrement, je ne suis senti éteint dans des situations où j’aurais dû avoir du plaisir à l’infini. J’ai pleuré abondamment, à chaudes larmes, pendant des heures, devant des gens que je ne connaissais pas tant. Ce soir-là, j’ai réalisé bin des affaires. C’est bien beau tout ça, c’est stimulant d’espérer réussir dans ce difficile monde des PME, de se donner corps et âme au succès d’un projet, mais il me manque quelque chose. Ce n’est pas encore clair quoi, mais je mettrais un doigt sur la liberté. Je ne me suis jamais senti aussi coincé que depuis que j’entreprends. C’est désolant. Je m’en désole tellement. 

Quand la boutique de vêtements voisine de notre commerce a fermée, la proprio m’a dit une chose que j’ai profondément ressentie et que je n’ai pas oubliée. Elle était fatiguée, fatiguée de courir après l’argent, d’attendre les clients, de vivre aux crochets de ses parents, mais surtout, de ne pas avoir une vie « comme les autres ». J’ai compris. Je comprends. Je suis rendu là, je crois. Et récemment, la shit hit the fan de tellement de façons et pour tellement de raisons que j’en ai perdu mes assises. Le peu qu’il me restait. 

C’est là que j’en suis. En profonde réflexion. À l’avenir, mon avenir, mon bonheur, ma santé physique et mentale. Il y a des choses comme ça qui n’ont pas de prix.

Et d’autres qui en ont un que je ne suis plus prêt à payer.

Ne pas jeter la première pierre

En cette journée frisquette d’été, j’ai envie de parler de sexe. Peut-être parce qu’hier c’était humide et collant. Ou bedon parce que c’était nouvelle lune. La maudite lune. Qu’on le veuille ou non, elle a un réel impact sur nos vies. Parlez-en à tous ceux qui font du service à la clientèle. La lune pis les tempêtes de neige. Un drame annoncé. Toujours est-il que le sujet, immensément vaste et stimulant, me trotte dans la tête régulièrement, meaning à tou’é’ deux secondes.

Depuis quelques temps, je vois passer sous mes yeux, au propre et au figuré, le livre du yâble « The Ethical Slut ». Le titre est accrocheur ET dérangeant, il attire donc mon attention. Marketing réussi. On m’en a parlé aussi. C’est dans l’air du temps, on dirait. L’ouvrage se veut un « guide pratique au polyamour, aux relations ouvertes et autres aventures » [traduction libre]. Genre what the fuck?! Mais da fuck dans le sens de « ça me parle ».

Pour être bien franc, je suis mitigé (et effrayé et tourmenté et, et, et) parce que je ne m’y connais pas. C’est de notoriété qu’on a peur de l’inconnu. Mais qu’à cela ne tienne cher public, J’ADORE réfléchir ET l’inconnu.

Pas simple de tout démêler quand toute sa vie durant, on a été enveloppé par l’omniprésence de Dieu, de près ou de loin. Pas besoin d’avoir été à l’église ni d’être très pieu pour comprendre qu’on nous a brainwashé le couple uni, fermé, heureux avec beaucoup d’enfants à toutes les sauces, à tous vents et à qui mieux mieux. Société laïque, mon cul.

Nos parents sont les premiers à avoir défendu malgré eux le couple dans sa splendide fermeture. Au mieux, ils s’aiment vraiment et ont une réelle envie de fidélité et tout roule, ce qui ne gâche absolument rien. Au pire, ils s’endurent au nom de l’unité familiale et/ou se trompent secrètement jusqu’à l’implosion. Je grossis le trait, je tourne les coins ronds, mais ça me semble un résumé acceptable. Entre mariages, divorces, remariages, célibat, concubinage, il n’y a pas souvent de place, en tout cas, pas à ce que je sache, au couple uni ET ouvert au sein de cette génération.  Et la nôtre?

La nôtre fait de son mieux. Celle d’après a l’air complètement déjantée aux yeux de nos vieux parents.

Ce n’est pas nouveau dans ma vie, par contre. J’ai vu tant et tant de couples gay ouverts depuis mon coming out il y a – le temps file si viiiiiiite – 16 ans. Mais à l’époque (j’utilise maintenant des mots de vieux), je ne pouvais imaginer l’intérêt ni même la viabilité du couple ouvert : « s’ils ont besoin d’aller voir ailleurs, c’est qu’ils ne s’aiment plus », disais-je fraîchement sorti du four. J’ai répété cette phrase tellement de fois, sans jamais savoir ni poser de question. Je l’admet, je le disais avec jugement et dégoût. Et j’appliquais la même rhétorique à ma propre vie : « si j’en suis rendu là, c’est que mon couple ne va plus, aussi bien passer à un autre appel ». Je me sentais si fort dans la défense de l’amour infini avec toutes ses lettres (pas juste le A).

J’ai donbin garroché de roches, moué là.

Le temps a passé, j’ai rencontré toutes sortes de monde, j’ai baisé – doux Jésus – me suis matché, me suis fait chier, j’ai recommencé. Toujours avec l’idée en tête qu’il était possible 1. de trouver l’homme de toute une vie et 2. qu’on s’aimerait assez pour n’avoir besoin de personne d’autre. Je pense que ça se peut, peut-être pas juste dans le cadre que je connais. C’est que je mélangeais beaucoup trop de concepts. Désir et amour vont souvent de pair et heureusement, mais ne sont pas nécessairement lié. On peut aimer sans désirer et désirer sans aimer. Et, semble-t-il, on peut aimer et désirer plusieurs personnes à la fois. Surprise et étonnement (not).

J’ai, à l’occasion, eu des contacts rapprochés avec des hommes en couple ouvert. Chaque fois, amusé et surpris, j’ai posé des questions. On m’a déjà dit : « j’ai fait l’amour à mon chum ce matin, et je te baise en ce moment et mon chum est au courant ». Petite toux de stupéfaction ici. MAIS COMMENT FONT-ILS? Pourtant, ces couples rencontrés au fil du temps ont l’air profondément heureux. Peut-être parce qu’ils sont plus libres. Peut-être parce qu’ils sont plus honnêtes l’un envers l’autre. Peut-être parce qu’ils communiquent plus que la moyenne. Tous ces facteurs les rapprochent sans doute. Peut-être sont-ils plus intimes et plus amoureux. Je sonde.

Seule chose, l’exposure. J’en ai un peu contre les couples ouverts qui manquent de discrétion. Ceux qui agissent comme s’ils étaient célibataires sans lendemain. Ceux qui s’exposent dans les partys et qui frenchent chacun dans leur coin. J’ai des limites, je crois. Par respect, je me dis. Par amour aussi. Mais je ne suis pas eux. Peut-être que ça leur convient et que ça tient.

Je me demande souvent si je suis adapté à cette nouvelle réalité. À vrai dire, pas exactement, pas encore. Mais est-ce que j’ai envie de faire mieux, d’être plus heureux, d’essayer autre chose, de changer certains paradigmes douteux dans ma vie? Toujours. Imaginez (ALLÔ maman!) la possibilité, sous certaines conditions négociées sous la couette, de satisfaire certaines pulsions à l’extérieur du nid conjugal ET de retrouver le plus souvent possible la personne merveilleuse avec qui on partage notre vie. Me semble que ça fait du sens (de l’anglais it does make sense) et que ça doit effectivement rendre heureux. On jase. On jase tout l’temps.

Je lirai donc ce livre maudit. J’espère qu’il sera révélateur et éducatif. On s’en reparle.

Bye les chums ❤

 

Quelques minutes de gloire

Allô les gens. Allô les 45 000 (and counting) nouveaux lecteurs ou les ceuzes et ceux qui ont décidé de me suivre. C’est bon, pas trop de pression, je vais essayer de pas trop vous faire honte (haha! c’pas vrai!).

C’est bin pour dire, mon texte sur le salaire minimum a été lu 20 636 fois sur mon blogue personnel (not anymore), partagé des centaines d’autres sur les réseaux sociaux (une mention spéciale à l’Association des restaurateurs du Québec), sans compter l’inattendue exposure de 4019 likes et 24 433 lectures sur la page d’Urbania (genre ALLÔ!). Grâce à ce texte, ma grosse face est passée à Radio-Canada, RDI, TVA et CTV pour parler de ce sujet intarissable. Je suis si reconnaissant de ce spotlight. Je ne compte plus les commentaires convergents échangés ici et là et les tapes dans le dos données et reçues depuis sa publication. Et je ne parle que des petites entreprises comme la nôtre. Je parle aussi des moyennes qui, malgré le lustre de leur bannière, rushent jour après jour pour offrir services, qualité et avantages à leur clientèle et employés avec une marge de manoeuvre pas toujours évidente.

Toujours est-il que le sujet n’est pas clos. Oui haut et fort et all the way à l’augmentation du salaire minimum, du pouvoir d’achat et du niveau de vie des classes plus défavorisées (dont je suis, malgré l’entreprenariat), mais pas au détriment de la diversité des modèles d’affaires. Pas non plus en faisant reposer le fardeau sur les petits épargnants et les petites entreprises. Une révision de la fiscalité s’impose. BIG TIME. J’ai entendu dire à travers les branches comptables qu’un rapport sur la refonte de la fiscalité au Québec existe, mais comme tant d’autres, il est tabletté et accumule la poussière parce qu’impopulaire politiquement. Vrai ou pas, cette vision des gouvernements électoralistes qui gouvernent à court terme m’empêche de dormir la nuit. Malheureusement, les prochaines élections générales provinciales n’augurent rien de bien stimulant pour la suite. Blanc bonnet, bonnet blanc.

La CAQ, ark.

Une lectrice a écrit la phrase suivante : « équilibrer la richesse est la solution à la pauvreté ». C’est simpliste, mais il n’y a rien à ajouter. Il me semble que ça va de soi. Il me semble que ça devrait déjà être le cas. On ne devrait même plus en parler tellement c’est logique. Comme tant de gens, je rêve d’un monde rempli de social-démocratie, d’un équilibre entre les politiques de gauche et le capitalisme sauvage, où chacun a la possibilité de réussir à la hauteur de ses moyens. Une société (plus) juste. Un peu comme le rêve américain sans le bling-bling et la ségrégation systémique.

Avec tout ça, à travers tout ça, mon cœur est comblé depuis un certain temps. Presque cinq mois de beau temps (sans aucun nuage, c’est bin pour dire). On dit souvent que les gens heureux ne font pas les nouvelles. Grosso modo, ça veut dire tout va bien sous le soleil. Le moral est au beau fixe, le cœur aussi. L’ordre actuel des choses est satisfaisant (et enivrant et effrayant et euphorique et déstabilisant). Cet état émotif positif rend instantanément toutes les situations désagréables beaucoup plus faciles à supporter. Parce qu’au-delà des tracas, il y a la vie, celle qui nous permet de juste être bien et d’en profiter. J’imagine que c’est un peu ça, le couple.

Genre.

Quand je vous disais que ça doit être simple, c’était pas pour être cool. Une relation amicale ou amoureuse doit être simple, sans exception. Sinon, ça ne vaut pas tant la peine. J’ai côtoyé des gens dit « toxiques » qui siphonnaient constamment mon énergie et exigeaient tant de choses que je n’avais pas tant envie d’offrir. J’ai aussi eu des non-relations-loin-d’être-amoureuses qui, dès le départ, sentaient le pneu brûlé tellement le char faisait du sur place. Pourtant, je me suis acharné sur certaines d’entre elles avec l’espoir que ce soit différent. Simple, je vous dis. SIMPLE.

Deux règles TRÈS importantes à retenir :

  1. Keep it simple, stupid (garde ça simple, idiot).
  2. Never miss a chance to have sex or appear on tv (ça se passe de traduction).

Ça se passe assez bien pour moi en ce moment.

Babaille, là.