Des paillettes de solidarité

Martineau, tu m’as mis le feu au cul. Parce t’as encore dit des niaiseries. Ce qui me décourage, c’est que t’es payé pour le faire. Mais plus encore, tu ouvres la porte à des imbéciles qui se permettent des aberrations d’intolérance. Liberté d’expression, tu me diras. Mais il y a des limites à la liberté quand elle entache celle de l’autre. Ton « incompréhension », aussi anodine soit-elle, mais publiquement avouée, génère des commentaires d’une gênante étroitesse d’esprit qui n’a pas sa place nulle part.

Je m’adresse à toi et à certain de tes lecteurs.

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Toi, le blanc hétéro sans histoire, tu ne comprends pas l’importance de célébrer la Fierté gaie. Tu trouves qu’on est exagérés, déplacés, exubérants et qu’on devrait juste « être » et faire « comme tout le monde ». Pas besoin d’être fier de quoique ce soit de toute façon ou de se montrer avec des plumes dans l’cul, on a le droit d’adopter des enfants sur « votre » bras, c’est bin assez.

Toi, le blanc hétéro sans histoire, tu rejettes l’idée d’un défilé parce que toi, le blanc hétéro sans histoire, tu n’en as pas, toi, de défilé. Tu prétends ne pas avoir à être fier d’être blanc, hétéro et sans histoire. Et s’il fallait qu’on fasse un défilé pour tous les « gens différents », il y en aurait tous les jours.

Toi, tu ne te réveilles pas un matin de tes 6 ans avec du désir gros comme la Terre pour un copain du même sexe que toi sans comprendre pourquoi. Tu n’as jamais eu peur d’en parler, toi. Toi, à 6 ans, tu joues avec tes autos miniatures et tu ne penses pas à ça. Au mieux, tu joues au docteur avec ta petite voisine et ça, c’est drôle et mignon, tsé.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de vouloir être « normal » aux yeux de gens comme toi. Tu n’as jamais eu à mentir sur qui tu es intrinsèquement pour avoir l’impression d’être accepté de gens comme toi. Parce qu’être pointé du doigt parce que t’aimes pas les mêmes choses que « tout le monde », tu ne connais pas ça.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de faire rire de toi par des p’tits cons de ton école. Entouré de blancs hétéronormatifs, l’enfant « différent », qu’il soit blanc, gay, noir ou jaune, ne fait pas partie de la norme, il est donc risible, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 16 ans, une blonde pour être « comme tout le monde » et être amoureux de ton meilleur ami. Tu ne sais pas ce que c’est de ne pas pouvoir lui dire parce que ce n’est pas « normal » ou « acceptable ». Les questions que tu peux te poser sur ton orientation sexuelle ne t’empêchent pas de dormir, toi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 15, 20 ou 30 ans, d’être un gars (ou une fille) et de devoir annoncer à tes parents que t’aimes quelqu’un du même sexe que toi. Aussi compréhensibles et humains soient-ils. T’as rien à annoncer de spécial sauf, peut-être, que t’as rencontré quelqu’un et ça, pour tes parents, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas cette peur d’être rejeté par ceux que t’aimes parce que la société te considère comme différent. On ne rejette pas un gars qui présente une fille à sa famille, à ses amis ou à ses collègues. Ou l’inverse.

Toi, tu n’as pas à avoir peur de marcher sur la rue et de tenir la main de la personne que t’aimes. Et toi, tu peux le faire partout dans le monde. C’est normal d’être toi. C’est accepté partout, comme VISA. Moi, pas si loin que ça, je peux me faire jeter d’un resto parce que j’aime un gars. T’as déjà pensé à ça?

Toi, t’as peut-être oublié qu’il n’y a pas si longtemps, à Montréal, on coffrait des gens parce qu’ils se retrouvaient dans des endroits dits clandestins parce que ce n’était pas légal d’être eux. Ils se cachaient pour être heureux. T’as peut-être oublié aussi qu’ils se faisaient tabasser sans autre raison que leur différence et que leurs bourreaux étaient impunis et parfois même, applaudis.

Toi, tu soutiens parfois les syndiqués ou les étudiants dans leur lutte pour l’équité, mais tu ne soutiens pas des gens qui font encore parfois les frais de commentaires homophobes, d’humiliation, de licenciement injustifié et de violence. Tu ne réalises pas que 77 pays dans le monde ont des lois pour condamner les homosexuels et qu’ils imposent parfois la peine de mort. Toi, as-tu peur d’être tabassé parce que t’es blanc, hétéro et sans histoire? Tu te souviens des deux jeunes gay iraniens qui ont été pendus par leurs pairs parce qu’ils s’aimaient? C’est ça, tu crois, la vie?

Toi, tu penses que de payer des taxes et d’avoir des avantages fiscaux est suffisant. Toi, tu penses qu’on s’est battus juste pour ça. Mais tu ne comprends pas qu’on s’est avant tout battu pour être respecté et accepté, non pas juste toléré. On s’est battu pour rester debout.

Dimanche, la vie était belle. Des gens s’amusaient, défilaient le sourire aux lèvres, dansaient et fêtaient la fierté du chemin parcouru pour la communauté LGBT ici et à travers le monde. Qu’on le fasse avec exubérance, des plumes dans l’cul, enveloppé de latex ou les fesses à l’air ne change rien. On est là pour faire du bruit et rappeler que la différence existe. Et c’est beau, la différence. Qui plus est, ça aide parfois quelques âmes en détresse à sortir la tête de l’eau et vivre. Tsé, vivre.

Plus important encore, on a vu défiler tous les organismes communautaires qui donnent sans compter afin de rendre plus humaine la vie des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres dans le besoin.

Finalement, on a gardé une minute de silence en l’honneur de ceux qui sont morts du SIDA et de l’intolérance et de ceux qui marchent toujours pour leur liberté au péril de leur vie. C’est pour ça, qu’année après année, lors de la minute de silence, je lèverai le poing afin de signifier que je les soutiens dans leur combat. On appelle ça la solidarité.

Bref, j’aimerais que tu prennes deux secondes pour réfléchir à tout ça. Parce que toi, tu n’as peut-être jamais eu à te battre pour exister.