– Bin je date un gars depuis quelques semaines, mais ça ne mène nulle part. Il veut, il veut pas, il veut, il veut pas. Quand on est ensemble, il est pas toute là, mais quand ça fait quelques jours qu’on s’est pas vu, il me texte pour me dire qu’il s’ennuie. Yé weird. Beau, grand, sexy, mais weird.
– Comment s’appelle le beau fucké?
– Jonathan. Il est anglophone. De l’Estrie. Ses parents ont un commerce là-bas. Y travaille avec eux, mais il aime pas c’qui fait pis ça le rend bougon, mais y fait rien pour changer. Tsé, là! Quelqu’un qui se donne la chance d’être heureux!
– Quel âge il a, coudonc?
– 35 ans, ‘magine! 35 ans et il ne sait pas ce qu’il veut. J’essaie de l’encourager, de lui faire voir la vie autrement, yé bucké… « my parents need me, I don’t know what else I could do, bla, bla, bla, I don’t want to go back to school, bla, bla, bla.
– Je vois ce que tu veux dire. Me semble que c’est pas la première fois que tu tombes sur un type comme celui-là.
– Non, je peux te faire une liste longue de même de gars comme lui : Rodrigo, Aamir, Felipe, Francesco, name it. C’est pas facile rencontrer quelqu’un de bien, sain d’esprit et prêt à s’engager, laisse-moi te l’dire.
– Je vois que t’as fait le tour des Nations Unies, ahahah! Sans blague, je sais man, je vis aussi déception sur déception. Et avec des avec des Québécois dits « de souche », ‘magine! Faque en gros, c’est compliqué partout!
– Pis je veux pas être défaitiste, là, mais y’a toujours quelque chose qui cloche. Quand il a une belle tête, il a rien à dire, quand il a quelque chose à dire, il m’attire pas. Tout ce que je veux, c’est un corps correct, une tête correcte avec un cerveau dont il peut se servir et un cœur avec un minimum d’émotions. Je dois trop en demander, je suppose? Bref, bref, bref, d’la grosse marde. Mais toi, Sam, c’qui s’passe? T’as des étoiles dans les yeux, on dirait…
– Moi, bin y’a un dude qui m’a laissé son numéro de tel au café hier et je l’ai rejoint pour un verre! Il a dormi à la maison. Man, il est FUCKING hot! Mathieu qu’il s’appelle.
– Fuck you! Y’a juste à toi que ça arrive, ces affaires-là!
C’est quelque chose qu’on me dit souvent, ça. Pourtant, je ne fais rien de spécial. J’essaie de faire attention à moi, de garder la forme en faisant un peu de sport, d’aller chez le coiffeur régulièrement, de tailler ma barbe, de dormir raisonnablement, de ne pas trop abuser des bonnes choses. J’en connais plein qui font tout ça et qui ne rencontre personne. J’ai plein de beaux amis intelligents avec une tête sur les épaules qui peinent à trouver l’amour. Mais il paraît que je glow in the dark. Bin coudonc. Ç’a l’air qu’il faut que j’en profite sans m’enfler la tête. Donc, je profite.
– Faque là, le gars s’est pointé au Starbuck pis y t’a donné son numéro de tel, comme ça, entre deux clients?!
– Oui,m’sieur! Simple de même!
– Pis y’a l’air de quoi?
J’ai essayé de lui décrire Mathieu avec le plus de précision possible, comme j’ai l’habitude de le faire. J’ai raconté la rencontre, la soirée, la nuit, le réveil. J’ai raconté le tout dans le détail, captivant son attention pendant de longues minutes. Et il a écouté avec intérêt, souriant et écarquillant les yeux de temps à autres, au gré des informations que je lui transmettais. Évidemment, dans mon envolée, j’ai un peu oublié que mon histoire pouvait à la fois le réjouir et le déstabiliser. Quand j’eus terminé, j’ai senti qu’il était vraiment content pour moi, mais aussi un peu envieux de ne pas avoir autant de « chance ». Je venais tout juste de terminer mon monologue amoureux que j’ai reçu un texto de Mathieu…