Je suis sorti du bar déprimé. Saoul et déprimé. De moi, de mon rythme de vie nocturne, de la vie gay, des hommes. De Facebook, des crisettes dans les bars, des crocs-en-jambe amoureux, des textos malaisants, des situations délicates, des exs croisés ici et là, des changements de bord de rue, des lendemains de fin du monde. De tout. Avec le cerveau en mode scénario catastrophe. Pis quand c’est la nuit, qu’il fait noir, y’en a pas de lumière au bout du tunnel. Tout est pire. C’est sombre, gris, froid, même dans la tête. Surtout dans la mienne à ce moment précis.
C’est cyclique aussi. Ça arrive deux, trois fois par année; je suis rempli d’espoir, je glow in the dark, je suis invincible, mais le bulldozer de la réalité me rattrape et me roule dessus : JE. VEUX. UN. CHUM. Et je n’y arrive juste pas. Je butine trop, je fais des choix épouvantables, je pars avec le mauvais, je laisse partir le bon, j’en ai un, mais je continue de flirter, il l’apprend, c’est la guerre, je suis un pas fin. Toujours la même affaire. Me semble que ce serait l’temps de changer la méthode. Si, après plusieurs répétitions du même osti de pattern tu réalises que ça donne juste d’la marde, change de méthode. C’est juste pas la bonne. Réveille, bout’criss! T’as peur de quoi? De t’attacher? De t’ennuyer? Que ce soit pas le bon? T’as juste peur d’être heureux, p’t’être. Veux tu, j’vais te dire de quoi : tu ne le sauras jamais si tu ne t’investis pas un tant soit peu. Envouèye! Fonce!
Drunk text #1 : Salut, beau toi! Je pense à toi. Hâte à dimanche!
Tiens, ça c’est du concret. Bon, drunk texter c’est toujours un peu pathétique, mais texter le dude qui te plaît et que tu vas revoir dimanche en tête-à-tête, c’est assez positif, il me semble. Note à moi-même : cette fois-ci, concentre-toi donc sur le gars qui t’as romantiquement donné son numéro de téléphone quand t’avais l’air du yâbe au travail. Ce serait peut-être un pas dans une meilleure direction.
Je suis arrivé chez moi et je me suis couché tout de suite. Il devait être aux alentours de 4h du mat. J’avais la tête dans l’cul, j’étais encore déçu et un peu triste. J’ai regardé un peu de porn, je me suis branlé, je suis venu partout, mais sans intérêt, pis j’ai visionné des vidéos de Simon’s cat sur YouTube en somnolent à outrance. Même le chat niaiseux a pas réussi à me faire sourire.
Quand j’ai ouvert les yeux vers 9h, c’est-à-dire beaucoup trop tôt, hangover, avec pas assez d’heures de sommeil et cette dégueulasse impression de fin du monde, ça allait déjà mieux. J’avais quand même besoin de m’aérer un peu. J’ai donc pris une douche qui m’a redonné vie et je me suis habillé pour affronter cette ensoleillée, mais sibérienne journée d’hiver. J’ai pluggué mes écouteurs, et j’ai fait jouer O Holy Night de Céline. Dans l’tapis. Et j’ai marché, comme s’il n’y avait pas de lendemain. J’ai décidé d’aller déjeuner. Tout seul.