Dzzzzit, dzzzzit.
Un texto de Mathieu: Salut, joli garçon! Hâte aussi à dimanche! Tu fais quoi aujourd’hui? 🙂
C’est à ce moment précis que j’ai arrêté de réfléchir.
Moi : Rien de prévu. Je suis au resto et je me remets d’une pas pire cuite. Toi?
Lui : Ahah! Je pensais aller chercher un thé au David’s tea et me rendre jusqu’au Mont-Royal.
Moi : Geeeez! Fâ pas un peu frette pour jouer dehors?
Lui : Oui, mais j’aime bien les marches hivernales en bonne compagnie! 🙂
Moi : Ok! Ça m’tente pour la deuxième partie!
Lui : Excellent! On se rejoint au David’s tea sur Mont-Royal à 13h00?
Moi : YAY! Avec GRAND plaisir! 🙂
J’ai donc accepté, comme ça, à brûle pourpoint, sans réfléchir aux tenants et aboutissants du pourquoi et du comment, une invitation de Mathieu. Je me félicite! Two thumbs up pour ma belle attitude! Parfois, la vie te parle, écoute-la.
David’s tea, avenue Mont-Royal, 13h02
Comme je disais plus tôt, j’ai arrêté de réfléchir il y a quelques heures déjà, je suis donc entré dans la boutique sans analyser quoique ce soit. Il est déjà là, près du comptoir. Il est en train de commander. Cette fois, il porte un manteau noir court Canada Goose sport. Un autre! Misère…J’espère qu’il l’a acheté avant que tout le monde parte en fou. Il lui va bien, cependant. Il a sa grosse écharpe de laine rouge bien enroulée autour du cou et un chapeau noir de style chapka avec de la fourrure à l’intérieur. Il porte le jeans taille basse, semi-ajusté, bleu foncé, mais légèrement délavé. Quel cul! Et quelles jambes! J’avais pas vu ça! J’aime ses bottes aussi, agencée avec le reste : une belle botte noire à mi-chemin entre la botte de travail haute et la botte de combat. Il a du style cet homme. Et ce qu’il est sexy! À côté de lui, avec mon manteau un peu trop petit qui ferme mal, mon écharpe colorée H&M vieille de deux ans et mes bottes brunes que-j’ai-achetées-vite-parce-que-j’en-avais-pas, j’ai l’air ordinaire…
– Bonjour, m’sieur Laporte!, dis-je en m’approchant, tout sourire.
– Bien le bonjour, monsieur Turgeon, le beau garçon.
– Arrête! Toi beau. J’ai l’air de la chienne à Jacques!
– Tut tut tut! C’est moi qui décide aujourd’hui!, dit-il un sourire en coin accompagné d’un clin d’œil moqueur.
– Oui, chef! Qu’est-ce qu’on boit?
– Ça s’appelle « Briller de mille feux », c’est un thé noir avec des cristaux de sucre. Ça goûte le ciel pis la canelle, fait-il avec le même air espiègle. C’est moi qui t’invite!
– Encore?! Mkay! J’accepte, mais demain c’est moi qui invite pour le souper! Hummm, ça sent donbin bon!
– Ça sent Noël. Je trouve ça réconfortant.
– Ouais, c’est vrai. Sensible, va…
Il m’a regardé avec un léger sourire gêné et j’ai cru apercevoir un début d’étoiles dans ses yeux. Il a payé, j’ai remis mon foulard, j’ai zippé mon manteau et on est sorti au grand froid. Je me sens bien malgré le froid, c’est déjà ça.
Il s’est mis à me parler de ce qui le réconforte dans la vie. ll a parlé de Noël dans sa famille, des beaux réveillons animés dont le faste culinaire ostentatoire rendrait jaloux n’importe qui, de son thé préféré, le « Briller de mille feux », qu’il boit en quantité industrielle et qu’il associe à un petit moment de bonheur quotidien. Il était plus volubile que la première fois. Plus volubile, mais toujours aussi posé. Il a l’air d’un bon vivant pas compliqué. C’est rare, tout ça, il me semble.
Toujours est-il que je l’ai beaucoup écouté en posant quelques questions à l’occasion. J’aimais ce que j’entendais. J’aimais l’écouter parler. Sa voix chaude me faisait du bien au cœur pendant que le thé délicieux me réchauffait le corps. On a marché toute l’avenue Mont-Royal jusqu’à à l’avenue Du Parc. Lentement, sans se presser. On a marché dans le parc au pied du mont en longeant la piste de ski de fond. Puis, on a escaladé le grand escalier pour atteindre le sommet, en courant pour la dernière volée. J’ai gagné, on a ri, il était beau. Tout est devenu tout à coup beau et simple. Pas de malaise, pas de silence, pas de rien. Un agréable sentiment de plénitude et d’être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Juste du beau. Le soleil, le froid, la neige, mon kit de chienne à Jacques, le monde autour, même les laids.
Après notre mini course au bout de l’escalier, on s’est arrêté près de la clôture pour regarder la ville puis, il s’est retourné vers moi. Il a pris quelques secondes pour me regarder. Juste moi. Son sourire énervé-post-course est tombé pour faire place à un sourire de contentement. Il a découvert ma bouche de mon foulard, avec délicatesse et précision, et s’est approché lentement. Il m’a embrassé avec toute la douceur et présence possible. Puis, après son doux baiser, il a chuchoté :
– Je suis content de t’voir. Vraiment…
Je n’ai pas répondu, mais j’ai souri, satisfait. Si j’avais eu à dire quelque chose, c’eut été : « Moi aussi. Oooooh! que oui ».
Je l’aurais même crié : « MOI AUSSI! »